La Faute à Saddam, Samira Sedira

Issus du même quartier, Cesare et Adel sont inséparables depuis l'enfance. Alors quand l'un a décidé de s'engager dans l'armée l'autre l'a suivi. Mais le désert, la peur et l'attente du combat ont creusé un fossé entre les deux amis.


Pour Adel, rejoindre le régiment des Spahis, anciennement une unité de cavalerie de l'armée d'Afrique du Nord mise au service de la France, était une évidence. Dès le bac en poche, il s'engage comme soldat pour prouver à tous qu'on peut être issu de l'immigration et vouloir servir la France. Comme Cesare ne conçoit pas son existence sans son ami, il rejoint la même unité. Leur amitié semble indéfectible, au point que même la sœur de Cesare, Gabrielle, a fini par détester Adel par jalousie de leur relation.
"Du jour où Adel avait fait intrusion dans son existence, il avait crée une sorte de déséquilibre affectif, lui subtilisant le cœur et l'attention de son frère".

La guerre du Golfe éclate et les inséparables se retrouvent en Irak. Là, le désert, l'attente et la solitude mettent leurs nerfs à vif.
"Leur quotidien se résuma alors en une suite de luttes sans fin. Lutte contre le sable, lutte contre la chaleur, puis contre le froid, lutte contre la solitude, le silence, le vent, lutte contre l'interminable attente".
Adel, d'un naturel timide, accepte sans broncher les remarques et les moqueries de plus en plus racistes de ses collègues soldats. Cesare, au début, reste proche de son ami, puis s'en éloigne, n'intervenant même pas quand il l'entend pleurer en cachette.
" Dans le désert, quand le vent souffle, on peut sanglote misérablement, et mourir sans gloire, derrière un mur de sable".

Cesare est rentré en France, pas Adel. Il s'est suicidé dans le désert. Depuis Cesare traîne sa culpabilité, rempli de haine contre lui-même et contre son ami qui s'est retourné son arme contre lui. Il est seul désormais à affronter une vie qu'il n'a plus le goût de prendre à bras le corps. Comment s'en sortir ?

Samira Sedira raconte avec pudeur une amitié amputée par la mort. Le survivant, ombre de ce qu'il était avant la Guerre du Golfe, tente de ne pas sombrer et s'accroche à ses souvenirs.
La Faute à Saddam fait du désert et de l'attente des catalyseurs de cruauté. On devient fou au soleil du Moyen-Orient quand les esprits ne sont pas occupés.
En commençant par la fin, ce roman montre qu'il ne veut rien cacher à son lecteur. Ainsi, le cœur du récit est ailleurs. Il est dans l'amitié, la psychologie du personnage de Cesare, et dans les mécanismes qui font qu'on peut devenir un lâche dans des circonstances bien précises.

Ed. Le Rouergue, collection La Brune, mars 2018? 112 pages, 13.5€

Posts les plus consultés de ce blog

Après la fin, Sarah Moss

Noir sur blanc, Tanizaki Jun'ichirô