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NOUVELLE CHRONIQUE

Généalogie du mal, Jeong You-Jeong

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Quand Sujin revient à lui, il est dans sa chambre sur un matelas maculé de sang. Bientôt, il découvre le corps sans vie de sa mère au rez-de-chaussée. Commence alors une longue introspection ponctuée de souvenirs et de ruses pour cacher le drame.
"L'oubli est le mensonge le plus abouti, le mensonge le plus parfait que l'on puisse faire à soi-même. C'est aussi la dernière carte que pouvait jouer mon cerveau".
Sujin est un jeune homme de vingt-six ans en apparence en bonne santé. En apparence. Car, il vit chez sa mère qui le surveille étroitement depuis le décès accidentel de son époux et de son premier fils qu’elle adorait. Ses relations avec le cadet ont toujours été plus difficiles surtout depuis que la tante des enfants a vu en Sujin un futur sociopathe.
"Si ma mère et ma tante sont les personnes qui ont manipulé ma vie, les médicaments sont les cordes qui m'ont ligoté. A chaque tournant majeur de ma vie, je me suis pris les pieds dans ces cordes et me su…

La Maison Golden, Salman Rushdie

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On ne peut pas complètement effacer son passé ; un jour ou l'autre il nous rattrape. A travers les yeux d'un apprenti cinéaste, Salman Rushdie nous raconte la tragique histoire de Neron Golden et de ses fils, nouveaux résidents de la petite communauté des Jardins...
Ils sont arrivés à Greenwich Village, le jour de l'investiture de Barack Obama. Ils sont arrivés en taxi, fiers, sûrs d'eux, investissant une des maisons des  Jardins et suintant la richesse par leurs pores. René, un de leurs voisins, les a vus arriver, posté en voyeur. Il ne savait pas encore que Néron Golden et ses trois garçons, Petronius, Lucius et Dyonisos allaient devenir les personnages de son scénario en devenir.
"Mon grand projet, inspiré par les Golden, devait être écrit et tourné sous la forme d'un documentaire mais scénarisé et joué par des acteurs". René, fils uniques d'universitaires, se rapproche des nouveaux venus. Cette famille l'intrigue ; elle ne dit rien de son passé…

Le Chien rouge, Philippe Ségur

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Qui est ce chien rouge, cet homme révolté contre la société et contre lui-même ou plutôt ce qu’il représente dans la société ? Philippe Ségur raconte l’histoire de Peter Seurg, un professeur d’université s’éloignant peu à peu de sa petite vie routinière pour foncer vers l’inconnu afin d’y trouver - croit-il – du nouveau. Dès le début du roman, le lecteur est en droit de se demander si Peter Seurg est le jumeau fictionnel de l’auteur, tant le choix du prénom et du nom (anagramme de Ségur) fait résonance. D’ailleurs, Ségur a l’air de bien connaître son personnage, au plus intime, dans les moindres méandres de ses réflexions et ses souffrances.
Peter Seurg est un grand admirateur d’Herman Hesse au point que de nombreuses personnes lui disent qu’ils se ressemblent fortement. Seurg veut écrire. Il s’est d’ailleurs éloigné de sa vie d’universitaire en prenant un congé sabbatique, et s’efforce de trouver l’inspiration dans sa maison isolée à la montagne. Sauf qu’il est un être torturé, et rien…

L'abattoir de verre, J.M Coetzee

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Elizabeth Costello, femme écrivain indépendante déjà croisée dans l'oeuvre de Coetzee, vieillit et son rapport au monde et à son entourage se modifie. En sept nouvelles de qualité narrative égale, l'auteur pose les questions existentielles qui nous concernent tous lorsque le clap de fin approche. Elizabeth se pose, écrit moins mais elle observe le monde avec un sens aigu de celle qui a vécue. C'est une femme solitaire qui s'est volontairement exilée en Australie alors que sa fille vit en France et son fils a fondé une famille aux Etats-Unis. Alors, lorsque ses enfants tentent de la rapprocher d'eux, elle comprend qu'elle a franchi la frontière entre une femme vieillissante et une vieille femme.
"La vérité c'est que tu es une vieille dame qui a besoin de soins".
Pourtant, Elizabeth reste un être farouchement indépendant. Sa solitude la fait rapprocher des animaux en général et de la condition animale en particulier. Comme elle, ils sont farouches et…

Brève histoire de sept meurtres, Marlon James

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Comme le titre ne l'annonce pas, ce roman dresse un long portrait de la Jamaïque de 1959 à 1991 par le prisme d'une affaire ayant failli coûté la vie à son chanteur charismatique, Bob Marley.
La Jamaïque touristique, celle qui accueille les touristes blancs sur ses plages de sable fin et dans les boites de nuit, n'a rien à voir avec la Jamaïque dans laquelle Kingston est dirigée par deux ghettos opposés, et dont les Etats-Unis craignent qu'elle vire communiste comme Cuba.
Alors, la CIA y a implanté des agents là-bas afin d'organiser les petites magouilles de trafic de drogue, de guerres des gangs sur fond d'appartenance aux deux partis politiques, le JLP et le PNP. Cette Jamaïque là est remplie de cadavres, d'adolescents shootés prêts à tout  pour se faire une place au soleil, même s'il faut pour cela porter atteinte au Chanteur, idole du reggae et figure emblématique du mouvement rasta.

"On a donc le Chanteur, avec deux truands liés à un parti poli…

Dix-sept ans, Eric Fottorino

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Pas facile de traduire avec des mots le silence entre un homme et sa mère. Par le biais de la fiction, Eric Fottorino raconte ou plutôt se raconte et parle enfin à celle qui lui a donné naissance à dix-sept ans et dont il a longtemps cru qu'elle était sa grande sœur.
"Le récit aurait été irrespirable, je ne veux pas être prisonnier d'une mémoire, quelle qu'elle soit. Le roman permet des digressions et la liberté d'inventer, de créer, de renaître", raconte Eric Fottorino à Sophie Daull dans un entretien pour l'Express. C'est pour cela qu'il existe onze versions de ce roman  mais toutes racontent la même histoire : un narrateur qui porte un chagrin d'amour ou si peu pour celle qui a été une mère (trop) lointaine."C'était plus obscur, de l'ordre du non-dit : j'étais le survivant d'une histoire trouble qui nous avait séparés, une histoire douloureuse oubliée à dessein". Pour ne plus ressentir cette impression d'être ce…

Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives

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On ne connaîtra le prénom de cette maman qu’à la fin, car elle incarne toutes ces mères célibataires, « solos » comme la société se complaît à les identifier, qui se débattent chaque jour à garder la tête hors de l’eau.
Carole Fives a fait le choix d’un roman court, coup de poing, anxiogène parfois pour la lectrice-maman que je suis tant on arrive à s’identifier à certaines situations. Car la fiction énoncée rejoint souvent notre réalité ou celle d’une personne de notre connaissance.
A l’heure d’internet et des réseaux sociaux (qui n’ont de social que le nom) la maman décrite par l’auteur reste seule avec ses interrogations une fois le clapet de l’ordinateur fermé. Alors, pour évacuer les problèmes quotidiens d’argent, de travail, mais aussi pour s'éloigner un instant de sa relation fusionnelle et difficile avec son petit garçon, elle fuit le cocon de son appartement pour un aparté dans la rue alors que son bébé de deux ans est censé dormir.
A chaque fois la culpabilité est présente…