Articles

NOUVELLE CHRONIQUE

Les Orphée, Eric Metzger

Image
Deux histoires croisées, deux quêtes de l'impossible, avec toujours chez Eric Metzger, Paris by night... Orphée est un trublion de la nuit. Contrairement à celui dont il a emprunté le nom, il ne se retourne pas sur son passé, mais il est toujours en quête de la femme parfaite, une Eurydice qui serait à son image, provocatrice et unique. Il n'est pas le premier à fantasmer sur  cette représentation féminine idéale et insaisissable, il en est bien conscient, mais de fait, Orphée "creuse avec la certitude de l'échec". Sa quête justifie sa plongée dans le Paris nocturne, au fond des boites de nuit interlopes, à chercher celle qu'il aura décidé d'aimer. Or, "l'orgueil le fait échouer". Au moins la nuit a le don de tamiser la réalité.
"Dans la pénombre, ils sont tous beaux, égaux et faux. On ne voit plus la transpiration, les imperfections, les gestes maladroits". De l'autre côté de Paris, un homme reste cloîtré chez lui, en tête à têt…

A Moi pour toujours, Laura Kasischke

Image
Sherry Seymour, professeur de lettre à l'université, a tout pour être heureuse : un métier qui lui plaît, un mari, Jon, qui l'aime encore même après de nombreuses années de mariage, et un fils Chad, qui vient de décrocher l'admission dans une faculté prestigieuse. Sauf que, depuis le départ de Chad, rien n'est plus pareil...
Sherry a l'impression constante de glisser, comme si sa vie si stable était construite sur des sables mouvants. Elle sent qu'un grain de sable dans cette perfection apparente pourrait tout remettre en cause. "Je me regardais, terriblement ordinaire dans cette glace au beau milieu de la nuit, et je me disais : j'ai construit ma maison sur du sable".
Ce grain de sable c'est le petit mot qu'elle trouve, le jour de la Saint Valentin, dans son casier à la fac, un morceau de papier jaune déchiré d'un bloc note sur lequel est écrit :"Sois à moi pour toujours". Sherry a un admirateur secret, et connaître son identit…

Dans la grande violence de la joie, Chanelle Benz

Image
La fiction est une grande aventure. Elle traverse le temps, l'espace, plante le décor et invente des personnages parfois improbables. Ce recueil de nouvelles dévoile un auteur à l'imagination débordante et à la plume prolifique.
Que ce soit entre les murs d'un saloon rutilant ou dans un futur proche parmi les décombres d'une secte millénariste, en passant sur les routes du sud ségrégationniste, Rachelle Benz promène ses lecteurs au fil de ses inspirations. N'empêche que tous ses personnages, quel que soit l'époque à laquelle ils évoluent, ont en commun d'évoluer dans la grande violence de la joie, expression oxymorique étrange et forte qu'on peut mettre en parallèle avec la fureur de vivre.
"Il n'y a rien à pardonner. Car dans la grande violence de la joie, n'y a-t-il pas un désir de jurer son dévouement ? Mais ensuite ? Quand est-ce jamais accompli à la lettre" ? En tout cas, au fil des dix nouvelles, le lecteur est confrontée à toutes…

Des jours sans fin, Sebastian Barry

Image
Deux amoureux au cœur tendre au milieu de la guerre contre les indiens puis de Sécession, ce sont les aventures de Thomas et John dans la jeune Amérique en plein chaos, personnages principaux d'une superbe fresque où la bonté humaine se mêle à la sauvagerie. Parce qu'il crève de faim et que de toute façon sa famille entière est morte, Thomas McNulty quitte son Irlande maudite par la famine pour rejoindre le nouveau continent.
"J'adorais mon père quand j'étais encore un être humain. Puis il est mort, j'avais faim, puis ça a été le bateau. Puis l'Amérique. Puis John Cole. John Cole était mon amour, tout mon amour était pour lui". Très vite, il rencontre John Cole et tous les deux décident de se donner en spectacle dans un saloon en se faisant passer pour un couple. Thomas a les traits fins, le corps taillé comme celui d'une femme et il aime porter des robes.
Ce jeu de scène leur permet de survivre avant de s'enrôler comme soldats dans la guerre q…

Soundtrack, Hideo Furukawa

Image
Dans un Japon uchronique, si le pays n'avait pas décidé de lutter contre la prolifération des chèvres sur leurs îles, Touta et Hitsujiko auraient vécu toute leur vie sur la petite terre qui les avait accueillis après leur naufrage....Pendant presque trois ans, alors que Touta, l'aîné, n'avait pas encore sept ans, les deux enfants ont vécu en autarcie et en complète harmonie avec la nature et les éléments, au point d'en oublier leurs souvenirs enfantins de vie civilisée. Dès lors, le début du roman peut se comparer à une version moderne du mythe du Paradis Terrestre qui va se briser avec l'arrivée (forcément) de la civilisation."Il n'y avait personne. Seulement eux deux. Exactement comme dans le monde fini du village abandonné." Placés en foyer puis en familles d'accueil, les deux enfants vont développer un système de défense bien particulier contre les agressions de la civilisation. Tandis que Touta se réfugie dans le silence et une certaine dista…

Il n'en revint que trois, Gudbergur Bergsson

Image
Gudbergur Bergsson raconte le destin d'une famille islandaise vivant isolée sur la lande et qui, à l'image de l'île, va voir son quotidien chavirer à cause de la seconde guerre mondiale.
Avec le vieux et la vieille vivent le fils et les deux filles des sœurs absentes. L'habitation est isolée, les visites sont rares. Ils connaissent les nouvelles du village d'en bas quand l'ermite passe devant chez eux avec ses bêtes. Le vieux passe ses journées dans son canapé et la vieille tente de donner une bonne éducation aux deux gamines. Finalement, ils doivent leur survie qu'à la chasse aux renards dont le fils s'est fait une spécialité. D'un naturel hautain et malveillant, il se moque du choix jadis de ses sœurs de partir en ville et exerce sur ses parents une forme de mépris permanent.

Au fil du temps, deux britanniques puis un allemand en fuite passent devant la ferme du vieux couple et échangent avec eux. Les britanniques leur racontent qu'une autre g…

Où Les eaux se partagent, Dominique Fernandez

Image
Lucien est un bourgeois bohème qui tente de vivre de sa peinture et trouve en Sicile le décor unique pour se ressourcer. Sa compagne Maria, est une italienne du nord, ethnologue de formation, remplie de préjugés sur les habitants de cette île aux traditions ancestrales. Pourtant, ils y achètent une casina pour s'y retrouver et s'y ressourcer.
Cette résidence secondaire est rudimentaire, vantée par le prince du coin qui y voit un lieu de toute beauté, isolée de tout mais au bord de la mer, là où les eaux se partagent. D'abord réticente, Maria s'est laissée convaincre par la beauté des lieux, puis elle se dit que plus elle sera à l'écart, moins elle sera obligée de fréquenter les siciliens pour qui elle a le plus grand mépris.
"Maria comprit ainsi le geste du prince et déclara que, même si nous n'avions aucune intention de l'acheter, elle visiterait volontiers une maison où l'on pouvait rêver d'une autre vie que l'existence frivole des capital…