La Légende de Sleepy Hollow, Washington Irving

De la légende je ne connaissais que l'adaptation cinématographique (1999) de Tim Burton avec Johnny Depp. Même si le film est plaisant je me rends compte maintenant qu'il est vraiment librement adapté du texte de Washington Irving, auteur américain du dix-neuvième siècle. Comme quoi, il faut toujours retourner à l'oeuvre première...


Ichabod Crane arrive en terre du Val Dormant pour y exercer la profession de maître d'école. D'aspect souffreteux, il est loin de ressembler aux stéréotypes du vaillant paysan courageux et charpenté. Lui préfère se réfugier dans les livres, notamment dans un recueil de sorcellerie.
"Il connaissait à fond l'Histoire de la sorcellerie de la Nouvelle-Angleterre de Cotton Mather, à laquelle, soit dit en passant, il croyait d'une croyance à toute épreuve. C'était, en somme, un singulier alliage de médiocre rouerie et de crédulité ordinaire. Son appétit de merveilleux n'avait d'égal que sa capacité à l'absorber, et l'un et l'autre n'avaient pas cessé de croître pendant tout le temps de son séjour dans cette contrée enchantée." 


 Les habitants du Val Dormant ont des aïeuls hollandais et en ont gardé les mœurs et coutumes. Très vite, Crane tombe amoureux de la fille de l'homme le plus puissant du village ; or il n'est pas le seul et doit faire preuve de ruse et d'esprit pour attirer l'attention de la belle. Seulement, par son attitude, il s'attire l'animosité des autres prétendants de la belle Van Tassel.
 Mais Ichabod Crane a un autre souci qu'il arrive de moins en moins à masquer : c'est un peureux ; il sursaute pour un rien et quand les soirées se terminent avec les légendes horrifiques du coin, il est terrifié de devoir reprendre la route sur le dos de sa carne. Pas facile de rester calme et distant quand on frissonne intérieurement.
Justement, après une soirée chez les Van Tassel où il ne pût encore une fois s'attirer les douceurs de sa dulcinée, et où il fut contraint d'écouter les histoires horrifiques des vieilles du village, notamment celle du Chevalier sans tête, il se retrouve seul, dans la plaine, alors que sa monture récalcitrante n'en fait qu'à sa tête. Il fait nuit, la brume monte, et rempli d'angoisse, il se sent suivi...
"L'air même qui soufflait de cette région hantée était contaminé ; il propageait une atmosphère de songes et de chimères qui  infectait tout le pays".

Quel plaisir de retrouver la prose du dix-neuvième siècle dans laquelle l'atmosphère, le décor et le contexte donnent de la hauteur au récit !
"Toute la contrée paraît soumise à une influence qui porte au sommeil et au rêve, et imprègne l'atmosphère elle-même".
Car la légende à proprement parler n'occupe que le dernier tiers du récit et fait frisonner le lecteur grâce aux considérations apportées précédemment par l'auteur.
Ainsi, la légende de Sleepy Hollow fait partie des textes qu'il faut avoir lu afin de ne pas avoir une connaissance biaisée du contenu à cause du film éponyme de Tim Burton.

Ed. Folio, janvier 218, traduction de  Philippe Jaworski (traduit de l'américain), 96 pages, 2€


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