Un Été près du lac, Heather Young

Ed. Belfond, Collection Le Cercle, traduit de l'anglais (USA) par Carla Lavaste, 384 pages, 21.5 €
Titre original : The Lost girls



Premier roman qui ravira les amateurs(rices) d'histoire familiale entachée par un secret plombant et un drame non élucidé, sur plusieurs générations.

Quand Justine apprend par un avocat qu'elle vient d'hériter d'une maison au bord du lac et d'un compte en banque bien fourni, elle ne réfléchit  pas, fait ses bagages, et quitte avec ses deux filles la banlieue de Sans Diego pour sa nouvelle propriété dans le Minnesota. Qu'importe si le climat est radicalement différent et  qu'elle abandonne sans laisser d'adresse son nouveau petit ami, Patrick, un compagnon (trop) parfait à son goût.
Justine vient en fait d'hériter de Lucy, sa grand tante qui a toujours vécu au même endroit avec sa sœur Lilith et sa mère. D'elle, la jeune femme ne conserve qu'un souvenir d'enfance assez flou mais néanmoins heureux, c'est pourquoi elle désire que son nouveau logis soit le signe d'un nouveau départ avec Angela et Melanie ses deux filles pas toujours faciles avec elle. Fini les galères de fin de mois, le loyer à payer et attendre que Patrick veuille bien lui donner son argent de la semaine ! Elle veut profiter du dernier cadeau de Lucy pour enfin repartir du bon pied et oublier son ex-mari ainsi que son compagnon du moment.

Retour aux années 30 ; la maison près du lac était alors une maison de vacances pour la famille bourgeoise de Lucy . avec ses deux sœurs, Lilith et la petite dernière Emily, elles profitent des jours d'été, de leur mère, et des jeux avec les gamins qui habitent le lodge voisin, Abe et Arthur Miller. Leur père est souvent absent pour raisons professionnelles, mais quand il revient, on sent tout de suite qui dirige la maison ; les filles le craignent mais quand Lilith décide de lui tenir tête, il y a comme un vent de révolte qui se lève au dessus du chalet...
Soixante ans après, Lucy décide de raconter sous la forme d'un journal ce qui s'est passé ce dernier été au bord du lac, car un drame s'est joué qui depuis, n'a toujours pas été résolu. Coucher sur le papier ses souvenirs, c'est aussi une forme de confession car la vieille dame ne veut pas disparaître sans avoir tout révéler. Elle désire seulement que sa petite nièce Justine trouvera les notes lorsqu'elle sera dans la maison.
"Mais ce n'est pas aussi simple. J'ai des dettes. Des promesses à honorer. Et puis ces morts sans défense, aimés ou non, ne sont pas tous vertueux. Si je n'avais pas trouvé ce carnet, j'aurais sans aucun doute gardé le silence et laissé ma mort régler cette affaire. Ses pages blanches m'offrent un compromis que j'accepte avec soulagement, moi qui ai  si rarement eu le courage de faire des choix irrévocables".

Heather Young a visiblement mélangé les genres pour offrir un premier roman dont les actions se déroulent à soixante ans d'écart. Le polar flirte avec le drame familial avec une description en arrière plan du fonctionnement des familles bourgeoises américaines dans les années 30 : religion, poncifs sur la société, culture du secret ont permis à un drame de rester non résolu, alors que tous les éléments portaient à une résolution rapide de l'énigme. C'est pourquoi l'auteur a privilégié une ambiance lourde, très lourde, avec une exposition lente jusqu'à la catastrophe. Dès lors, le lecteur d'Un Eté au bord du lac sent tout de suite que les apparences sont trompeuses et que le vernis de la famille parfaite va vite s'écailler. Quant aux aventures de Justine, elles servent de prétexte à une narration voulue entre deux époques ; c'est ce qui est sûrement la faiblesse de ce roman qui se lit finalement très facilement.

Posts les plus consultés de ce blog

Simple, Julie Estève

Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives

La Neuvième heure, Alice McDermott