Miss Wyoming, Douglas Coupland

Ed. Au Diable Vauvert, Traduit de l'anglais (Canada) par Walter Gripp, août 2017, 415 pages, 20 €
Titre original : Miss Wyoming


Miss Wyoming est une parodie sociale avec un grand P qui égratigne à la fois le paraître hollywoodien, les relations superficielles entre les personnes, la société de consommation et le rapport malsain qu'on peut entretenir avec l'argent ou la célébrité. Tout cela à travers deux personnages miroirs qui se cherchent.


Depuis l'arrêt de la série télévisée où elle incarnait la fille de bonne famille, la carrière de Susan Colgate stagne. De toute façon, jouer la comédie est au-dessus de ses possibilités, - elle-même en est consciente - car depuis l'enfance, sa vie est une vaste mise en scène. Sa mère, à défaut de trouver un emploi stable et rémunérateur, l'a traînée de concours en concours de mini-Miss afin de pouvoir un jour décrocher le jackpot. De ces années là, elles en  ont gardé une relation conflictuelle faite de reproches et d'amertume.
" Susan était toujours considérée comme le soutien de sa famille, la brave petite garce qui protégeait les siens de l'intrusion destructrice d'une assistante sociale et les empêchait de toucher le fond et d'aller vendre des hamburgers chez Wendy's. D'un coup, elle se rendait compte qu'en suivant le circuit des concours, elle ne faisait que nourrir le feu de son propre enfer".

Miraculeusement rescapée d'un crash d'avion, Susan décide de se cacher des médias et de sa famille pendant un an pour reconstruire sa vie et recentrer ses priorités. Durant cette absence, sa mère en profite pour attaquer la compagnie aérienne afin de toucher des dommages et intérêts. En effet, tout le monde croit que Susan est morte.

Un autre personnage d'Hollywood a lui aussi tenté de changer de vie. John Johnson, producteur à succès, a eu une vision alors qu'il était hospitalisé après une overdose. Une femme ressemblant terriblement à Susan Colgate lui enjoignait de tout quitter et de parcourir l'Amérique afin d'y trouver le vrai amour. Non seulement, il se débarrasse de ses biens matériels, mais en plus, pendant un an, il sillonne le pays comme un indigent. 
"John était un imbécile magnifique. Son plan d'évasion à travers le pays, sans aucune préparation, ni organisation, était voué à l'échec depuis le début. Naïf et romantique, il n'avait rien anticipé. Il s'imaginait de façon assez mièvre que se débarrasser des privilèges de son existence allait le changer en profondeur, le régénérer - le sacrer roi de l'Amérique des fast-foods et de son réseau de bitume infini".
Pendant tout ce temps, Susan l'obsède et la nouvelle de sa disparition le fait revenir vers la Californie.
"Moi, j'ai l'impression que c'est elle qui a mes clés. Et qu'elle connaît mon code alors que je n'arrive pas à le retenir moi-même".

Après le retour de Susan devant les médias, John la rencontre dans un café. Il est persuadé qu'elle est la femme de sa vie et il est prêt à tout pour la conquérir...
"Susan voyait une forme de logique à ce que cet homme aux yeux tristes et pâles comme la neige d'un écran de télé ait vu en elle un refuge, et ensuite la rencontre. Elle avait cessé de croire au destin depuis des années. Une niaiserie, le destin. Et pourtant, avec John, voilà qu'elle sentait de nouveau son picotement".

Par de savants allers-retours passé-présent, Douglas Copland établit le portrait de deux personnages hors du commun, victimes malgré eux de la machine holywoodienne. Peu à peu, ils apprennent à ne plus être dans l'excès permanent et de profiter de l'instant présent.
"Vous avez été reine de beauté, pas vrai ? Demanda John. Miss Wyoming.
- Oh mon dieu, ouais. J'ai intégré le circuit des prix à l'âge de Jon Benét-et-demi, ce qui fait, genre, à quatre ans. J'ai également été une enfant star de la télé, une has been, une mariée rock'n'roll, une survivante de crash aérien et un mystère public.
- Et ça vous plaît d'avoir été tant de personnes différentes ?
Susan réfléchit un instant avant de répondre. Je n'y ai jamais pensé comme ça. Oui. Non. Vous croyez qu'il existe une autre façon de vivre ?
- Je ne sais pas, répondit John. 
  Ecrit dans un rythme qui ne faiblit à aucun moment, Miss Wyoming dénonce le paraître et la récupération des médias. Les situations sont parfois rocambolesques si ben qu'on sourit souvent et Susan Colgate devient bien moins antipathique.

Miss Wyoming est la tornade littéraire fraîche et pétillante de cette rentrée.



Posts les plus consultés de ce blog

Les Insoumis (tome 2): le chemin de la vérité, Alexandra Bracken

Idaho, Emily Ruskovich

La Toile du paradis, Harada Maha