Les Complicités involontaires, Nathalie Bauer

Ed. Philippe Rey, août 2017, 287 pages, 20 €

Quand Corinne, psychiatre, reçoit Zoé, elle la reconnaît tout de suite : c'était son ancienne amie de lycée un peu mystérieuse et un peu fofolle aussi. Zoé consulte pour troubles de la mémoire et ne reconnaît pas le médecin. Alors, enfreignant sciemment les règles de la profession, Corinne décide quand même de devenir sa thérapeute.


Au gré des séances de thérapie et des enveloppes laissées au médecin, le roman est construit comme un puzzle, faisant des allers-retours réguliers entre le présent et la relation entre Corinne et sa patiente, et le passé, avec l'histoire dans l'Histoire de la famille juive de Zoé.
C'est justement parce qu'elle veut reconstituer l'histoire de sa famille paternelle que Zoé consulte. De nature fragile et mélancolique, elle n'en est pas à sa première thérapie, mais espère avec celle-ci déverrouiller ses souvenirs enfouis. En effet, Zoé est persuadée de souffrir d'amnésie et ce trouble lui permettrait de se protéger et de ne pas sombrer.
"C'est pour votre autre casquette, celle de psychanalyste, que je suis là. Vous savez, j'ai oublié des pans entiers de mon existence, j'ai beau m'y efforcer, je n'arrive pas à les retrouver. Ma mémoire... croyez-vous qu'elle reviendra ? Par exemple, je ne sais plus ce qui est arrivé entre mes vingt et mes trente ans ans. Parfois, une image resurgit, mais elle s'évanouit au bout de quelques instants".
De par sa profession, Corinne peut aider cette femme, mais elle y reconnaît sa vieille amie de lycée. Normalement, les règles sont claires, elle n'a pas le droit d'être sa thérapeute. Mais, trop curieuse de connaître enfin les origines de la troublante personnalité de Zoé, elle se tait et décide de la prendre en charge, malgré le danger d'une telle décision.
"La pureté de son regard bleu, voilà ce qui m'avait gênée, la pureté de ce regard abasourdi, car il promettait porosité, sincérité et loyauté, des caractéristiques pour moi synonymes de danger".
Au fil des rendez-vous, les souvenirs de jeunesse reviennent ; ils interviennent à un moment clé de la vie de Corinne, mariée et sans enfant, et dont le couple n'est plus que l'ombre de lui-même.
Il n'y a pas que Zoé qui est envahie par la nostalgie et par les choix à faire...

Nathalie Bauer développe tout au long de ce roman un jeu des miroirs assez trouble entre deux femmes autrefois proches et maintenant étrangères. Passé et présent se confondent pour alimenter l'enquête que mène Zoé sur sa famille. Photos, lettres, témoignages, mais aussi hypothèses lui permettent d'avancer à tâtons et pourquoi pas de trouver les réponses aux silences récurrents de son entourage. A aucun moment le lecteur ne se sent perdu et suit avec intérêt le déroulement de cette bien étrange quête. En filigrane, le roman porte aussi une réflexion intéressante sur la cinquantaine et le bilan à faire sur sa vie, ses choix, et aussi ses regrets.Car, entre ce que nous voulions devenir à vingt ans et ce que nous sommes devenus, un océan d'événements s'est formé et a pétri, forgé, mûri notre personnalité.
Les Complicités involontaires démontrent à quel point il peut être salutaire ou dangereux de trop se pencher sur le passé.

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