vendredi 27 décembre 2013

Découvrir José Saramago (1) Les intermittences de la mort

Ed. Points Seuil, février 2009, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, 261 pages, 7.1 euros
 

Au fait, c'est comment la vie sans la mort?

 
"Le lendemain, personne ne mourut", telle est la première phrase de ce curieux roman dans lequel la mort (avec une minuscule, elle y tient) joue avec les nerfs des vivants que nous sommes. Dans un pays sans nom, la mort décide pendant sept mois de ne plus faire mourir les gens. Pays béni des dieux ou puni? En tout cas, les futurs trépassés sont en "état de vie suspendue": pas tout à fait mort et plus assez vivant...S'ensuivent des organisations inédites à laquelle le gouvernement doit faire face: aider les pompes funèbres à ne pas déclarer faillite, agrandir les hôpitaux pour accueillir des lits, et honteusement, payer la maphia (avec ph au lieu de f pour ne pas confondre avec l'autre) à transporter les "futurs morts" à la frontière. En effet, une fois passée la frontière on recommence à mourir normalement, d'où la mise en place d'un honteux trafic engendrant la culpabilité des familles se débarrassant de leurs proches trop encombrants. Mais cette vie sans mort efface les fondements religieux, et là Saramago s'en donne à cœur joie. Ainsi, il donne la parole à un délégué des religions du secteur catholique: "le Paradis, paradis ou enfer, ou rien du tout, ce qui se passe après la mort nous importe bien moins qu'on ne le croit généralement, la religion est une affaire terrestre, elle n'a rien à voir avec le ciel, Ce n'est pas ce qu'on nous a habitués à entendre, Il fallait bien dire quelque chose pour vendre la marchandise attrayante, cela signifie-t-il qu'en réalité vous ne croyez pas en la vie éternelle, Nous faisons semblant."Un jour, la mort décide de tout rétablir "à la normale" mais propose aux gens de les prévenir une semaine avant leur décès afin qu'ils puissent régler leurs affaires...Le plus surprenant, c'est que la mort devient un personnage qui doute, qui parle avec sa compagne la faux et qui envoie du courrier à ses futurs clients! Le renvoi systématique d'une de ces lettres violettes va plonger le lecteur dans une fantasmagorie où la mort va commencer à apprécier la vie. Parabole certes, mais écrite avec un réel talent et un style unique (phrases longues et dialogues enchaînés) qui n'empêche pas une lecture facile et agréable.