A part ça (25), OURAGAN

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...



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Tu tiens enfin dans ta main ce qui va transformer ta vie, crois-tu. Fini cette existence de misère faite de petits boulots étriqués, mal payés, de fins de mois à crever de faim, de coups de fil intempestifs de la banque ou des pleurs de ta femme qui ne sait plus comment jongler avec ce qui reste en réserve.
Tu as souvent lorgné sur l’opulence de ton voisin, sa belle berline toujours très propre, ses habits, sa villa avec sa grande piscine donnant sur la baie alors que ton appartement était posé sur un terrain en friche entouré d’un grillage misérable. Tu savais qu’il traficotait, mais ton éducation et ta crainte des autorités t’empêchaient de suivre le même chemin.
Alors tu galérais, encore et encore.
Mais depuis hier, tout a changé sur ton île. Le destin a voulu que tu te sentes fort après l’ouragan. Tu as survécu, ta femme et le bébé aussi. Tu fais partie des chanceux ! Alors, lorsque tu passes devant cette armurerie éventrée, c’est un signe du destin, tu en es persuadé.
Ce reflet argenté, cette crosse lourde et puissante, c’est ta chance !
Désormais, on te respectera, c’est toi la loi. De toute façon Irma a tout détruit sur ton passage. Tout le monde pleure alors que toi tu y vois un signe de Dieu : enfin égaux ! Les riches vont enfin morfler ! Comme toi, ils vont apprendre à vivre avec ce qui reste.
Tu tiens dans ta main ce qui va enfin transformer ta vie, et cette arme est le prolongement de ton bras. Elle est l’incarnation de ta puissance, de ton nouveau moi enfin révélé.

©Virginie Neufville

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