Après et avant dieu, Octavio Escobar Giraldo

Ed. Actes Sud, novembre 2017, traduit de l'espagnol (Colombie) par Anne Proenza, 224 pages, 19.8 €
Titre original : Despuès et antes de Dios


A partir d'un fait divers réel, l'auteur invente la fuite de la narratrice matricide, pétrie de religion et remplie de désirs coupables.


La narratrice - jamais nommée- est la fille unique d'une grosse famille de la ville de Manizales située au cœur des Andes colombiennes. Avocate et propriétaire d'une agence immobilière, elle vient d'être la victime de l'escroquerie d'un de ses amis, prêtre de son état. Les pertes financières sont très grandes et elle ne peut compter que sur sa mère, figure locale de la bourgeoisie catholique.
Même si, comme sa famille, la narratrice est pétrie de religion, elle n'hésite pas à commettre un matricide pour pouvoir sortir la tête hors de l'eau. Mais Dieu lui pardonnera-t-il son geste criminel ?
"Nous priâmes des heures, murmurant à peine, les yeux fermés, pénétrées. L'effet de la prière est merveilleux, on répète et répète les paroles sacrées, et, si on le fait avec une foi véritable, les préoccupations s'éloignent et l'esprit s'élève".

Comme elle ne peut pas rester à Manizales où tout l'accuse, la jeune femme décide de fuir, accompagnée de son amante et femme de ménage, Bibiana, pour se cacher dans la maison de campagne d'un ami de la famille, professeur d'histoire et admirateur dans l'ombre des néonazis.
Sur la route, la narratrice tente de trouver la voie de la rédemption, tout en montant un plan de fuite qui lui permettra peut-être d'entamer une nouvelle vie aux Etats-Unis.
"La foi, pour moi, c'est autre chose : elle naît et grandit à l'intérieur, elle émane d'une lumière intime qui nous met en contact avec Dieu. C'est une communion de la culpabilité vers le pardon, qui nous donne conscience que nous chutons et que le Seigneur reconnaît et comprend nos faiblesses".
Seule ombre au tableau et pas des moindres, son oncle, acoquiné avec les malfrats locaux qui a décidé de la retrouver...

Au fil des pages, le vernis des apparences se craquelle et cède la place à des personnages remplis de contradictions. La religion est leur roue de secours pour assumer ce qu'ils sont ou ce qu'ils ont fait. Or, leur relation avec Dieu est forcément compliquée puisqu'ils ont cédé aux sept pêchés capitaux.
Giraldo dresse le portrait très inquiétant d'une société corrompue. Ainsi, la Colombie est atteinte de corruption au cœur de son pays. Personne n'est épargné, même le prêtre de Manizales est un escroc patenté.
Après et avant Dieu utilise les codes du polar sans pour autant être complètement un roman noir. Ainsi, l'épilogue est beaucoup plus ouvert que ne laissait présager la situation initiale.
Tout au long du récit, la narratrice tente de négocier avec sa conscience, d'accepter ses dilemmes moraux, et ses actes condamnables.  "Dieu est la grande énigme et la grande réalité de [sa] vie", mais à elle toute seule elle rassemble plusieurs pêchés, alors que son amour de dieu semble incommensurable. Hélas, ses prières semblent inefficaces, le poids de la culpabilité la rattrape, l'obligeant à penser à sa mère.
"Je me consolai en pensant que son corps ne serait déjà qu'une prison vide et qu'elle était en train de profiter du repos éternel dans la contemplation de Dieu. En réalité, elle était déjà avec les saints auxquels elle croyait tant".
Cette plongée dans la société colombienne est une réussite. L'attention du lecteur n'est jamais mise à rude épreuve, et on suit ce road movie féminin à la Thelma et Louise avec intérêt.
Avant et après Dieu apparaît ainsi comme le roman des faux-semblants et de l'hypocrisie religieuse.

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