Le Chat qui venait du ciel, Hiraide Takashi


A travers les liens qui se tissent entre un jeune couple et un chat c'est toute la beauté et la poésie de l'univers littéraire de l'auteur qui resplendissent.


Lorsqu'ils ont emménagé dans le pavillon d'une ancienne demeure entouré par un jardin luxuriant, le jeune couple a tout de suite décidé de prendre du temps afin de profiter au mieux de leur nouveau logis. C'est que cet écrin de verdure niché au cœur de la grande ville est une denrée rare, et même si le couple de vieux propriétaires ne veulent pas d'animaux domestiques, il n'a pas pu empêcher les chats du quartier de faire  du lieu un terrain de jeux.

Très vite, nos jeunes gens ont vu aller et venir un jeune chat au collier rouge et à la robe couleur de lune. La clochette qui y est suspendue annonce son arrivée. Il semble appartenir aux voisins de l'autre côté de l'allée, mais il prend très vite ses habitudes, si bien que la jeune femme lui donne un nom : Chibi.
"Je savais que les chats n'abandonnent leur cœur qu'à leur maître, révèlent leur splendeur qu'à lui seul".
Chibi est comme les pattes de chat ou le félin dessiné par Qu Lan dans le roman : il apparaît et disparaît quand bon lui semble, prend ses aises avec ses maîtres d'un moment, mais ne se laisse jamais vraiment approcher. Il se fond dans la végétation et l'observer dans ses pérégrinations dans les hautes herbes fait partie des loisirs du couple.
"Quand le portillon qui conduisait au jardinet n'était pas fermé, il avait pris l'habitude de jeter un coup d’œil dans la maison, à l'aller et au retour. Pas la moindre trace de contrainte à l'égard des êtres humains. Cependant, était-ce un trait de son caractère, une grande méfiance le faisait nous observer tranquillement, la queue bien droite, sans s'aventurer dans la maison. Dès qu'on tentait de le prendre dans ses bras, il fuyait avec la rapidité de l'éclair".
Chibi a très bien compris  que la paix et l'harmonie règnent dans la propriété, c'est pourquoi il devient très vite "le maître du jardin". Même les jeunes gens sentent un changement en eux.
"Loin de moi l'idée d'utiliser à dessein le mot de 'Fortune', mais à mesure que le petit chat des voisins nous rendait des visites de plus en plus régulières, j'ai compris qu'il y avait des choses qu'il était impossible d'exprimer d'une autre manière".

Or, un soir, il oublie de rendre visite au jeune couple.

Le Chat qui venait du ciel est une parenthèse poétique. L'auteur prend son temps, et à travers la narration du jeune homme, explique qu'il faut profiter pleinement de ce qui s'offre à nous. Chibi est celui qui apporte la sérénité au point que ceux qui le côtoient ne veulent plus le quitter. Le jardin de la propriété est une enclave enchantée et enchanteresse où les animaux et insectes qui y foisonnent n'ont pas peur de l'Homme.
"Chibi restait imperturbable. Sur son visage impassible, on lisait son désintérêt pour le monde des humains, seuls les étoiles et le monde animal et végétal pouvaient l'intéresser. Ses oreilles pointues semblaient écouter un courant qui s'infiltrait uniformément à travers un interstice qu'il ne nous était pas donné de voir".
Cependant, les parenthèses ne sont jamais éternelles et la vie avec ses soucis nous rattrapent. Alors, grâce à sa rencontre avec le chat, le couple appréhende plus sereinement l'avenir et les décisions délicates à prendre. Et de toute façon, on ne quitte pas vraiment un lieu où on y a trouvé la joie et l'amour ; il reste à jamais dans notre cœur.

Ed. Philippe Picquier, octobre 2017 (réédition), traduit du japonais par Elizabeth Suetsugu, 131 pages, 13€
Illustrations de QU Lan
Titre original : Neko no kyaku

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