Ostwald, Thomas Flahaut

Ed de L'Olivier, août 2017, 175 pages, 17 €

Ostwald, petite ville de l'agglomération de Strasbourg devient, le point de chute depuis que la région ressemble à un camp retranché après le grave incident survenu à la centrale de Fessenheim.


Noël et son frère Félix ont grandi dans un milieu ouvrier. Ils ont connu les grèves et les manifestations quand leurs parents les emmenaient pour s'opposer à la fermeture d'Alstom. Après, ils ont connu aussi le délitement du couple - celui de leurs parents justement - qui ne sont pas sortis indemnes de la vague de licenciements. Félix se croit un peu le protecteur et le père de substitution de Noël, étudiant à Strasbourg. Pour couronner le tout, ils aiment la même jeune femme, Marie, fille indépendante et incapable de choisir entre les deux hommes.
A Ostwald, il y a le père avec qui ils entretiennent des relations éloignées depuis l'éclatement de la famille. Ce dernier croit montrer son attachement en leur donnant des choses dont il veut se débarrasser. La conversation entre les trois hommes n'est jamais bien profonde. Heureusement, leur mère a toujours été là pour eux. Alors quand les médias parlent qu'un grave incident est survenu à la centrale nucléaire de Fessenheim, elle les supplie de venir la rejoindre sur Marseille où elle se trouve en séminaire. Or, les deux frères prennent leur temps, doutent même de la gravité des événements...
"Puis ce sont des cortèges de bus et de camions militaires, des pompiers au visage couvert d'un masque à gaz, des dizaines d'homme vêtus de combinaisons jaunes. Sous leurs silhouettes identiques, à la démarche comique, défile en boucle le même message. Lettres blanches sur un bandeau rouge.
GRAVE INCIDENT LA NUIT DERNIERE
A LA CENTRALE DE FESSENHEIM  "

Quand ils se décident enfin, il est un peu tard et sont évacués par l'armée dans un camp improvisé en pleine forêt. La région grand est est évacuée par mesure de sécurité dit-on, mais l'effet d'annonce fait boule de neige : autoroutes bouchées, voitures abandonnées, supermarchés vandalisés, peu à peu les grandes villes se vident.
"Si, comme le Vésuve à Pompéi, Fessenheim avait été un volcan, c'est dans cette frénésie immobile que la nuée ardente nous aurait tous saisis".
Dans le camp, une certaine routine s'installe, mais Félix attend le bon moment pour s'enfuir, surtout que les soldats en faction sont loin d'être amicaux, comme s'ils surveillaient une prison. 
"Mais nous étions effrayés et perdus, sous le regard d'hommes et de femmes qui l'étaient tout autant. Ce lieu où attendre, Félix le sait depuis le début, on ne le construira pas pour nous, on ne nous y conduira pas. Il faut le trouver, ou l'inventer".
Après un événement dramatique, les deux frères décident de reprendre la route et se rendre sur Ostwald, point de chute le plus proche, pour y rejoindre leur père...

Dans ce roman, mine de rien, tout tombe en ruine : les liens familiaux, les liens sociaux, la confiance en l'état, la croyance en l'amour. Et tout cela est symbolisé par la centrale de nucléaire de Fessenheim qui, à son tour, provoque une catastrophe. 
Ostwald est le roman de l'instant. On n'est pas encore dans le récit post-apocalyptique, mais plutôt dans celui du délitement, et la scène de l'incendie du parlement de Strasbourg ne fait que conforter cette impression que tout fout le camp. On se trouve à la veille d'autre chose, et c'est à Noël et Félix de se donner les armes pour croire encore à un avenir possible.
Les frères, au fil des pages, donnent un sens à leur désir de fuite. Désormais elle a un but ; elle n'est plus une errance, et s'oppose ainsi aux scènes dont ils sont les témoins. C'est quand le reste de la population fuit le danger qu'ils décident de rentrer chez eux.
"C'est peut-être ça, aussi, la démocratie. Le droit pour tout le monde de s'enfuir".

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