Jardin de printemps, Tomoka Shibasaki

Ed. Philippe Picquier, avril 2016, traduit du japonais par Patrick Honnoré, 144 pages, 21 euros.

Paradis perdu


Au cœur de Tokyo, une maison bleue avec un jardin qui attire l’œil puisqu'elle a un style occidental. Tarô la voit tous les jours, car elle se situe en face de l'immeuble où il réside, prochainement voué à la démolition.
Un jour, il apprend par sa voisine Nishi qu'un livre de photographies, appelé Jardin de printemps, a mis cette maison à l'honneur. C'était il y a une vingtaine d'années, et les locataires de l'époque s'étaient mis en scène dans les diverses pièces. Page après page, défilent les caractéristiques architecturales et insolites de la demeure. Nishi est sous le charme, c'est même devenue une obsession : il faut qu'elle entre pour pouvoir découvrir les secrets de la maison bleue. Tarô veut bien l'aider, même s'il juge son idée un peu saugrenue.
Seulement, entre temps, la maison inoccupée jusque là, s'est réveillée, et la famille Morio s'est installée :
"Le temps qui s'était arrêté tant que la maison était restée à louer, repartait. Si la construction était rigoureusement la même qu'une semaine plus tôt, la présence et la couleur du lieu avaient complètement changé. Non seulement des gens vivaient à l'intérieur, mais soudain, la maison elle-même semblait revivre".
Les Morio ignorent tout du passé de leur habitation, et ne voit qu'en elle une demeure spacieuse, pratique et ben située. Nishi fait en sorte de rencontrer la famille et de se lier d'amitié avec elle afin de pouvoir entrer et comparer pièce par pièce avec les photographies de l'album. Parfois, il faut faire preuve d'imagination et d'espièglerie pour arriver à ses fins, et Tarô n'hésite pas à la seconder, oubliant ainsi ses soucis quotidiens.

Les lieux sont immuables, malgré le temps qui passe et les différents occupants. Par ce roman frais et léger, Tomoka Shibasaki fait d'une demeure insolite un paradis perdu chargé d'émotions et de mystères. Elle agit comme un aimant sur les voisins d'un immeuble "en bout de vie" qui doivent bientôt déménager. L'histoire de Jardin de Printemps file la métaphore ; elle est un récit imagé de la vie de Tarô : un mariage, un divorce, une reconstruction, une nouvelle vie ...
Percer le secret de la demeure, c'est aussi comprendre pourquoi ce bijou au cœur de Tokyo a envoûté ses anciens locataires au point d'y consacrer un album de photographies. Une fois à l'intérieur de ses murs, on s'y sent bien, on ne veut pas quitter les lieux.

Jardin de Printemps est un roman très agréable, au sujet insolite, envoûtant, la parfaite illustration d'une réflexion de son auteur : "La fiction a la capacité d'ouvrir un chemin vers un autre monde et entre des personnes différentes".

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