Titre original : Number 11
La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...
On connaissait le chiffre 7 porteur de chance, le nombre 13 indicateur de futur bonheur pour les uns, annonciateur de malheurs pour les autres, mais pour le 11 pas de référence connue sauf le 11 septembre 2001, mais c'est une autre histoire...
Me voilà donc en train de lire la signification et le symbolisme de ce nombre 11 sur un site internet spécialisé. De cet article auquel je n'ai pas compris grand chose, je retiens cependant deux notions : l'inspiration et la contradiction.
Peut-être Jonathan Coe a-t-il consulté un site similaire pour se documenter sur la valeur du 11, palindrome mathématique (excusé du peu) et à l'origine de ces Quelques contes sur la folie des temps.
Car, de près ou de loin, chaque récit qui s'enchevêtre a un rapport au 11 : cela peut-être 11 étages souterrains qui se creusent et enferment une bête monstrueuse (réelle ou chimérique ?), un bus 11, refuge calme pour femme en proie au doute, ou encore le 11 Downing Street, adresse du Second Lord du Trésor de Grande-Bretagne, appelé de nos jours Chancelier de l'Echiquier.
Alors oui, on lit un auteur inspiré qui invite le lecteur à entrer dans un roman à tiroirs qui se contredit parfois, mais qui, au fil des pages retrouve une complète cohérence.
L'auteur a préféré le mot conte à celui de récit, peut-être pour bien marquer le fait que son texte se
marque d'une certaine forme d'intemporalité. Pourtant, on y trouve des critiques féroces de notre société actuelle : la téléréalité, émission poubelle qui coupe les vidéos au montage pour créer une nouvelle réalité , le journalisme à sensations où tout est bon à dire pourvu qu'on flaire le gros coup et tant pis s'il y a des dommages collatéraux, et enfin l'argent, celui qui rend fou au point de devenir corrompu, ou qui vous pousse à des extrémités quand on en manque cruellement.
Rien de bien original me direz-vous, mais Numéro 11 est intéressant d'un point de vue structurel. le nombre 11 est un fil d'Ariane, un nœud à ne pas oublier dans la multitude d'intrigues qui vont et viennent. Arrivé aux trois quarts du roman, le lecteur s'aperçoit que rien n'a été laissé au hasard, et que la famille Winshaw de Testament à l'anglaise continue à exercer une influence néfaste sur la "bonne société" londonienne sous couvert d'un Héritage Winshaw, un gros livre retraçant les influences multiples de ses membres.
Et ça fonctionne ! Malgré un début poussif, on se prend vite au jeu des intrigues multiples ; le roman à tiroirs est bien rôdé, on sympathise avec les personnages, même si on peut regretter le manque de passages forts , de fulgurances littéraires qui auraient donner un plus à un ensemble déjà bien garni.
Quelques passages :
"Tel est le paradoxe : pour ne pas perdre la raison, j'en suis réduite à me dire que je deviens folle".
"- Il est doctorant, il écrit une thèse sur L'Homme invisible". Comme il la regardait d'un oeil vide, elle précisa : "De H.G Wells.
- Une thèse entière sur un seul livre ? demanda Freddie, incrédule.
- L'auteur fait de l'invisibilité une métaphore (..) une métaphore politique. Il décrit comment les gens deviennent invisibles, comment le système les perd de vue."