vendredi 21 décembre 2018

UNE ANNÉE S’ACHÈVE



Mon année de lectures s'achève et j'ai besoin de me reposer, de me ressourcer, de m'éloigner.

A bientôt pour de nouvelles aventures livresques !

jeudi 20 décembre 2018

Cahier d'un retour de Troie, Richard Brautigan


"Ce livre constitue le calendrier du voyage d'un homme au cours de quelques mois de sa vie"

Le titre français fait référence aux divers voyages de Richard Brautigan dont il fait référence dans ses fragments de récits qui constituent le calendrier d'un écrivain qui tente désespérément de coordonner passé et présent, remords et désirs, vie et mort.
Oui, la mort est sans cesse présente. Elle s'incarne dans la disparition de deux femmes bien connues de l'auteur, dans les flammes d'un incendie, dans le temps qui s'écoule inexorablement et sape la volonté de vivre.
"Il est permis d'espérer qu'il se passera bientôt quelque chose de plus passionnant",
désire l'auteur. Or, tout se complique. Même le voyage à Hawaï se réduit à une visite au cimetière pour évacuer la torpeur et la léthargie. Plus tard,en Alaska, seules ses conversations avec un parlementaire alaskan givré lui permet de faire le point et de vouloir atteindre :
"dans une certaine mesure, une sorte de paix intérieure, prendre un peu plus de distance par rapport aux frustrations et aux souffrances de ma vie, qui sont si souvent de mon propre fait".
Chicago, San Francisco, Hawaï, Alaska, Montana, autant de chemins, de rencontres qui n'ont pas permis de trouver un fil conducteur à ce livre que Brautigan ressent comme un échec :
 "L'un des échecs programmés de ce livre consiste à essayer de faire constamment fonctionner passé et présent de façon simultanée".
"Ma vie est strictement dépourvue de toute dynamique depuis plus d'un an, et je n'arrête pas de passer beaucoup trop de temps à faire des choses très simples, et mon cœur est depuis quelque temps comme une colonie implantée sur la lune et peuplée d'une sorte très particulière de stalactites qui ne connaissent apparemment rien aux transitions de phase".
Dernier ouvrage avant son suicide, ce récit sans cesse recommencé est un testament littéraire de l'auteur. Il y exprime avec une infinie pudeur son mal être, sa difficulté à vivre le présent et son incapacité à entrevoir l'avenir.
La mort, ou plutôt l'idée de la mort, devient une compagne quotidienne. Elle devient une alternative à une délivrance mainte fois cherchée dans les voyages mais que Brautigan n'arrive pas à obtenir.
Même les souvenirs heureux n'ont plus la même saveur, même la famille (ici sa fille) ne lui permet pas de se raccrocher à la vie.
Ainsi Cahier d'un retour de Troie devient le miroir de la sensibilité de l'auteur et de son impossibilité à accepter son existence.


Ed. Bourgois, collection Titres,  traduit de l'anglais (USA) par Marc Chénetier, 160 pages, 8€
Titre original : An Infortunate Woman

lundi 17 décembre 2018

Onze jours, Lea Carpenter

Pour Sara la vie s'est arrêtée il y a neuf jours quand les autorités l'ont prévenue de la disparition de son fils Jason en mission commandée en Afghanistan. Depuis, suspendue à d’hypothétiques nouvelles, elle tente de comprendre ce qui a mené son fils à incorporer les Navy Seal.

"Tu es le fruit d'une très mauvaise décision, mais tu es ce qu'il y a de plus important dans ma vie".
Jason est le fruit des amours de Sara avec David de trente ans son aîné. Elle est devenue mère à vingt ans et a élevé seule son petit garçon promis à un avenir brillant, plus proche de ses parrains que de son père qui lui rend visite de loin en loin.
Et pourtant, les attentats du 11 septembre ont réveillé chez Jason son instinct patriotique. Tout comme David, il veut servir son pays, mais lui ne veut pas rester dans un bureau. Il veut de l'action, du terrain. Sa volonté et son courage le mènent tout naturellement vers le corps militaire le plus élitiste qui soit : les Navy Seal. A défaut d'intégrer la Heavy League, il intégrera la crème de l'armée.
"Cette volonté de se mettre en orbite de la terre était dans l'ADN de Jason. Commencer une formation militaire n'était pas le signe qu'elle avait espéré".

Sara n'empêche pas les choix de son fils alors qu'elle sait qu'il lui échappe et qu'ils se verront de moins en moins.. Elle écoute, évite de donner une opinion trop tranchée quand elle entend dans la bouche de Jason les mêmes discours qu'elle retranscrit dans son travail pour le Pentagone. A-t-elle failli dans l'éducation de son fils ou est-ce le fantôme de David qui prend le dessus ?

L'annonce de la disparition de Jason est un choc. Sa vie passe de l'ombre à la lumière. Des inconnus lui rendent service, des journalistes campent devant chez elle. Alors, elle court pour fuir tout cela, pour se donner de l'espoir et puis pour comprendre ce qui a bien pu mener Jason sur cette voie.
"Et comme tous les instants de la vie qui défient les diktats de la raison, celui-ci passe du choquant au théâtral en l'espace d'une heure, comme l'intrigue d'un feuilleton télé".
A travers les mails imprimés de son fils, les souvenirs de ses rares visites et ses conversations avec Max l'ami blessé de Jason, Sara chemine vers la compréhension et entrevoit un Jason qu'elle ne connaît pas, un homme sûr de ses choix et non plus le petit garçon qui pouvait jouer pendant des heures avec des petites cuillères. Le récit intime se transforme. Il se mue en une réflexion sur l'engagement et les silences étudiés.
"La fin de ses premières missions, son idylle avec l'armée s'était muée en un amour durable et fidèle teinté de respect et de sens du devoir".
Onze jours raconte "la dérive effrénée du chaos" de Sara ponctuée par les apprentissages de Jason dans le corps d'élite de l'armée américaine. Lea Carpenter explique comment un jeune homme issu de la vie civile devient un vrai guerrier grâce à une connaissance intime de soi. Dans le même temps, elle analyse le point de vue d'une mère vivant dans une attente sans fin, en proie à ses souvenirs.
Dans le dernier tiers, Onze jours est aussi le récit de la fin d'une attente et des retrouvailles. Par extension, il est un formidable roman d'amour maternel bien ancré dans notre société contemporaine, jamais larmoyant et surtout très bien écrit.
Un premier roman vraiment réussi.



Ed. Gallmeister, collection Americana, septembre 2018, traduit de l'anglais (USA) par Anatole Pons, 266 pages, 22€

mercredi 12 décembre 2018

American Elsewhere, Robert Jackson Bennett

La toute nouvelle collection Imaginaire chez Albin Michel nous propose avec American Elsewhere un roman de 2013 à la fois fantastique, horrifique et profondément humain, dans lequel les mauvais ne sont pas forcément ceux qu'on croit...


Robert Jackson est un auteur qui prend le temps. Il pose les bases de son roman, les explique, pour ensuite prendre l'intrigue à bras le corps et lui donner du sens. American Elsewhere c'est la petite ville de Wink (clin d'oeil en français), bourgade perdue en plein désert, protégée par une mesa, et qu'aucun GPS ne semble localiser. Pourtant elle existe bien puisque Mona Bright, l'héroïne du roman, vient d'hériter de la maison que ses parents possédaient là-bas.
"Une femme lui dit : bizarre que vous vous rendiez là-bas. Je ne me souviens pas de la dernière fois où quelqu'un y est allé. Et à la réflexion, je ne me rappelle pas non plus la dernière fois que quelqu'un en est venu".

Cet héritage impromptu tombe bien car Mona avait besoin de prendre du champ par rapport à sa vie et à son passé de flic. "Elle est vide et ce vide la rend monstrueuse". Surtout, elle espère trouver à Wink les réponses aux questions qu'elle se pose depuis longtemps sur la personnalité de sa mère Laura, personnage dont elle ne garde que peu de souvenirs et qui s'est suicidée en emportant ses secrets.

Très vite on sent que tout ne tourne pas rond à Wink. La petite ville apparaît comme une ville témoin avec des habitants qui semblent avoir un mode de vie modèle. La criminalité n'existe pas et tout semble parfait. Mona sent bien que quelque chose de louche existe derrière les façades immaculées, et le laboratoire scientifique Coburn fermé depuis quelques années et installé à la sortie de la vie porte peut-être quelques responsabilités. Enfin, les habitants de Wink ont souvent un regard vide d'expression et évitent de répondre quand les questions de Mona sont trop insistantes. Seulement, à force de ténacité, elle va découvrir des secrets qui vont à l'encontre de tout entendement.
"Quelque part dans les bois s'étend une frontière, et ce qui se trouve d'un côté est très différent de ce qui s'étend de l'autre".

American Elsewhere construit son récit sur le on ne nous dit pas tout et les théories selon lesquelles les laboratoires scientifiques travaillent dans le secret avec d'autres entités intelligentes. Robert Jackson Bennet distille le doute, bascule son roman dans la fantastique par petites touches bien réparties dans la trame afin de ne pas perdre l'attention du lecteur. En effet, son roman est long et pâtit ça et là d'un manque de rythme qui peut nuire à l'attractivité du récit. Heureusement, Wink constitue à elle seule un personnage captivant de par les secrets qu'elle protège et les habitants qui ne sont pas ceux qu'ils semblent être.


Ed. Albin Michel, collection Imaginaire, traduit de l'anglais (USA) par Laurent Philibert-Caillat,  septembre 2018, 784 pages, 29€


lundi 10 décembre 2018

Les Héros de la frontière, Dave Eggers

A travers l'histoire de Josie qui fuit sa vie en Alaska en compagnie de ses enfants, Dave Eggers raconte ces héros anonymes qui ont choisi de renoncer à leur confort routinier pour trouver ailleurs plus d'authenticité.


Il a fallu qu'une patiente l'attaque en justice et que son ex-mari refasse sa vie en Floride pour que Josie décide d'abandonner son cabinet dentaire et de partir avec ses enfants sillonner les routes d'Alaska en camping car. Là-bas y vit une sœur de cœur qui pourra peut-être la conseiller.
"Quoi qu'il en soit, elle en avait terminé. Avec la ville. Avec son cabinet, avec les couronnes en céramique, avec les bouches de l'impossible. Elle en avait terminé, elle s'en était allée. Elle avait mené une vie confortable, or le confort est la mort de l'âme, qui est par nature interrogatrice, insistante, insatisfaite".
Car, dans la tête de Josie rien ne va plus. Son mariage était une grave erreur. Carl n'a été qu'un géniteur et un homme lâche vivant à ses crochets. Josie a tout géré, tentant de combler auprès de Paul et Ana un père inconsistant. Seulement, la mort en mission d'un de ses jeunes patients et la plainte d'une autre ont rompu les digues. Elle n'en peut plus, submergée par les soucis et la culpabilité, elle ne veut plus de cette vie qui la tourmente.

Fini le confort de la maison, désormais les enfants et elle vont apprendre à vivre dans un vieux camping-car. L'Alaska en été offre des paysages grandioses et sauvages, parfois meurtris par des incendies géants, mais qui permettent à Josie de faire le point. En effet, ce voyage improvisé est une fuite déguisée. Il est sans espoir de retour. Il va falloir préparer les enfants à ce nouveau mode de vie et surtout apprendre à faire le vide et oublier le confort passé.
"Voilà peut-être la cause de toutes les névroses modernes, pensa-t-elle, le fait que nous n'ayons pas d'identité fixe, pas de certitudes absolue. Que toutes nos vérités fondatrices soit sujettes au changement".

Dans ce périple rempli de grandes et petites mésaventures, de moments uniques de communion et de rencontres étonnantes, Josie va tenter de faire la paix avec elle-même. Elle va franchir la frontière entre une vie bien réglée et celle au jour le jour. Surtout elle réapprend à aimer ses enfants en étant à leur écoute. L'Alaska agit comme un baume sur son esprit chaotique.
"Elle était certaine que Paul la fixait. Il ne dit rien, mais dans le noir elle sentit qu'il lui disait qu'il la connaissait. Qu'il savait tout d'elle. Combien elle était faible. Imparfaite. Petite et humaine. Il lui fit comprendre qu'il l'aimait comme elle était. Qu'elle appartenait à ce monde, qu'elle n'était pas un être infaillible venu du ciel".

Les Héros de la frontière est un road movie existentiel souvent drôle, jamais larmoyant mais qui interroge le lecteur sur le sens de l'existence. Josie et ses enfants ne sont pas des héros au sens donné par la littérature, mais des héros ordinaires qui avancent malgré les obstacles et qui apprennent à apprécier les petits plaisirs du quotidien. L'état reculé de l'Alaska incarne à la fois la frontière réelle franchie par les protagonistes et celle métaphorique d'une rupture entre deux modes de vie radicalement antagonistes.
Que faire de ma vie ? se demande Josie tout au long du roman. Dave Eggers explore des pistes, décrit des paysages merveilleux et emmène ses héros vers une quête authentique.

Ed. Gallimard, collection Du Monde entier, novembre 2018, traduit de l'anglais (USA) par Juliette Bourdin, 400 pages, 24€
Titre original : Heroes of the frontier

jeudi 6 décembre 2018

Gwendy et la boîte à boutons, Stephen King et Richard Chizmar

A douze ans, Gwendy accepte le cadeau d'un inconnu. C'est une boîte à surprises, objet bien encombrant qui va déterminer les choix de sa vie.

" Je suis ce qu'on appelle un nomade. L'Amérique est mon territoire. Je tiens certaines personnes à l’œil, je prends de leurs nouvelles de temps en temps".
Voilà comment se présente Mr Farris venu à la rencontre de Gwendy alors qu'elle montait en trottinant vers le belvédère de Castle Rock. Elle ne le connaît pas, ne l'a jamais vu dans les environs, mais il a de suite exercé sur elle de la confiance teintée de malaise.
Cet homme au chapeau melon noir lui donne en cadeau une boîte avec des boutons de couleurs. Sa consigne est claire : à chaque fois qu'elle appuiera sur l'un des boutons, il y aura une conséquence à son acte.
Très vite, ce cadeau encombrant envahit la vie de la jeune fille. Les années passent, les cachettes se multiplient et Gwendy se demande toujours ce qu'il se passerait si elle osait appuyer sur d'autres boutons que ceux qui lui procure un chocolat fondant ou une pièce de un dollar en argent de collection recherché par les numismates.
"L'exploration, Gwendy ! A la fois la maladie et le remède"!
Ainsi, la vie de Gwendy et son arrivée dans l'âge adulte va se structurer autour de cette boîte. Grâce à son argent, elle peut se payer ses études à l'université. Mais la peur grandit. Un jour, elle a osé appuyer et un malheur est arrivé de l'autre côté du globe. Est-ce le hasard ou porte-t-elle une part de responsabilités ?
"Est-ce que cette boîte est devenue toute ma vie"?
Dans cette longue nouvelle, Stephen King interroge le sens que nous donnons aux choix de notre vie. Gwendy va déterminer ses choix en fonction d'une modeste boîte à boutons qui, à ses yeux, va prendre des proportions gigantesques au point de la soupçonner détentrice de pouvoirs magiques édifiantes. Et si le battement d'un papillon dans votre jardin provoquait un désastre de l'autre côté du globe ?
Alors faut-il avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête pour se construire et réfléchir au sens que nous donnons à nos actes ?

En tout cas, on retrouve dans ce texte tout l'univers de Stephen King et ce qui en fait son rayonnement : une écriture fluide, des personnages qui ressemblent aux lecteurs et une intrusion du fantastique dans le quotidien qui donne de la profondeur au sujet. Et surtout il nous permet de ne pas oublier (même si le texte est écrit à quatre mains) que Stephen King est avant tout un grand nouvelliste.

Plus d'infos sur l'actualité de Stephen King, c'est par ici : https://stephenkingfrance.fr/

Ed. Le Livre de poche, traduit de l'anglais (USA) par Michel Pagel, 160 pages, septembre 2018, 6.70€
Titre original : Gwendy's Button Box

lundi 3 décembre 2018

Si Clara, Martha Baillie

Clara est pris en tenaille. Sa folie lui grignote chaque jour un peu plus de lucidité. Pourtant, Clara n'est pas seule. "Les émissaires redoutées de la Réalité Quotidienne" veillent sur elle.


"Nous, les malades mentaux, nous sommes aussi des réfugiés" pense Clara. Tout comme l'héroïne de son roman, Kamar, réfugiée syrienne fraîchement débarquée à Toronto. Pour écrire, Clara a essayé d'être aussi lucide que sa sœur Julia. Dans sa plume, elle y a mis tout son cœur, mais au moment de chercher un éditeur, elle se sent incapable de gérer l'après.
"C'est en faisant d'être Julia que j'ai pu écrire ce roman. C'est mon roman, pas le sien. Elle ne sait pas qu'il existe. La langue n'est pas en guerre avec Julia, elle ne se casse pas en mille morceaux au milieu d'une phrase".
D'ailleurs, Bridget et Kevin, les voix perpétuelles qui vivent dans sa tête, ne l'aident pas à assumer. Alors, elle dépose son manuscrit à la porte de Daisy, femme écrivain, en lui demandant de le publier sous un prête nom.

Chez Clara, la fuite est un état permanent. Sa psychose lui ronge ses instants de lucidité. Elle reproche à sa mère Alice une maltraitance passée chimérique. Quant à Julia sa sœur, leurs rencontres sont sporadiques. Julia s'inquiète de l'état de santé de la jeune femme. Gérante d'une galerie d'art, elle est à la place qu'aurait dû  occuper Clara croit-elle, car cette dernière était beaucoup plus douée. Julia développe une forme de culpabilité, et s'use d'être un intermédiaire entre une mère et une fille qui ne se comprennent pas.
"Clara dépend d'Alice. Je menace en raison de ma perplexité chronique devant la femme que ma sœur est devenue. Je n'arrive pas à me convaincre que sa maladie est un état permanent".
S'éloigner des autres, s'éloigner du quotidien, trouver de la logique à tout ce qui l'entoure, tous ces éléments enfoncent Clara.
"Son besoin de trouver une explication logique à tout ce qui lui arrivait, lui faisait entrevoir des connexions là où les autres n'en trouvaient aucune".
De fait, le langage magnifié par l'écriture est la seule incarnation de la lucidité défaillante de Clara.
"Si je respire, c'es parce que je respire le langage. Il y a tellement de mots autres que maman qui s'empilent en moi que son amour est poussé vers les abysses, je ne le vois plus, et je reprends des couleurs, comme on dit".
Martha Ballie a fait le choix d'un roman choral pour brosser le portrait de Clara. La choralité pour expliquer un personnage fuyant, "un espace nié" qui remplit pourtant les esprits de ceux qui l'entourent. Ainsi, Julia, Daisy et Maurice, le collègue de Julia prennent la parole chacun leur tour.
Néanmoins, la grande absente reste Alice, la mère de Clara. En filigrane, on comprend que cette femme est celle qui détient les clés pour apporter un peu de répit dans l'esprit de sa fille malade.
"Les malades mentaux sont des espaces niés. Je suis l'espace qui entoure les plus ancrés",
commente l'héroïne du roman. Si Clara raconte la collision des vies qui gravitent autour d'une femme dont les voix lancinantes dans sa tête la poussent un peu plus chaque jour à vivre en marge du monde.Au fil des pages, se dresse le portrait d'une nouvelle écrivain, auteur d'un manuscrit génial, sorte de testament déposé d'une raison qui disparaît.

Ed. Jacqueline Chambon, traduit de l'anglais (Canada) par Paule Noyart, 208 pages, 21.50€