Une Forêt de laine et d'acier, Natsu Miyashita

Tomura a toujours été un solitaire. Quand un soir, il observe un accordeur venu "soigner" le piano du lycée, il décide d'en faire son métier.


Ce sont les sons produits par les soins d'Itadori sur le piano qui ont fait chavirer les espérances de Tomura. Alors qu'il n'est pas musicien et encore moins pianiste, le son du piano est pour lui une révélation.
"Il me semblait pourtant découvrir ce grand instrument noir d'un œil neuf. Tout du moins était-ce la première fois que je voyais ce que cette énorme bête ailée avait dans le ventre. Surtout, c'était la première fois que je ressentais ses vibrations de façon aussi charnelle. Un parfum de forêt, à l'automne, à la tombée de la nuit".
 Itadori est un maître accordeur. Comme lui, il sera accordeur et tentera de retrouver dans les soins qu'il prodigue à l'instrument cette impression d'évoluer dans "une forêt de laine et d'acier".

Le diplôme en poche, il est employé par le même magasin qu'Itadori. Afin de prendre confiance en lui, il accompagne les accordeurs. En leur compagnie, il apprend les bons gestes, la patience, et l'art d'être au service du client qu'il soit un pianiste du dimanche ou un concertiste. Néanmoins Tomura reste un jeune diplômé effrayé car il se sent tellement inférieur aux autres !
"A chaque humain sa place dans le monde, à chaque piano son écrin".

Lors des visites, il fait la connaissance des jumelles musiciennes Yuni et Kazu qui, par leur gentillesse et leur écoute, font permettre à Tomura de se sentir confiant. Et puis, le jeune homme sent son cœur s'emballer quand elles jouent du piano !
"Je compris alors que j'étais un enfant perdu, à la recherche des dieux. Je n'avais même pas conscience de m'être égaré. Divinité ou repère, c'était ce timbre que je cherchais. Tant qu'il y avait ce son, je vivrais".

Une Forêt de laine et d'acier est un roman d'apprentissage qui fait de la patience le maître mot. Au fil des pages, le lecteur suit le jeune Tomura dans son apprentissage, ses doutes et les leçons qu'il retient de ses maîtres accordeurs. Le texte est construit comme une partition. La musique se comprend à travers de vastes métaphores ressenties par un jeune homme qui autrefois ne comprenait rien à la musique classique. Ainsi, l'auteur montre que les notes, lorsqu'elles sont jouées avec justesse, peuvent toucher tous les cœurs. Grâce à elles, Tomura trouve peu à peu sa place dans le monde et son cœur s'apaise.
"C'était ce même sentiment que j'avais retrouvé dans les entrailles du piano. Cette sensation d'être en harmonie avec le monde, sa beauté miraculeuse que je ne pouvais exprimer à travers les mots, je voulais les transmettre par le timbre. Je voulais reproduire cette forêt à l'aide du piano".

Ed. Stock, collection La Cosmopolite, mars 2018, traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon, 272 pages, 20€

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