La Toile du paradis, Harada Maha

Deux experts sont réunis à Bâle pour décider si oui ou non un tableau d'Henri Rousseau dit le "Douanier Rousseau" est un vrai, plongeant ainsi le lecteur néophyte dans une enquête puzzle au sein du monde de l'art et ce jusqu'au dénouement inattendu.


Orie a eu une enfance privilégiée au sein d'une famille cultivée et discrète. En l'an 2000, cela fait longtemps qu'elle n'a pas rouvert la boîte de Pandore du monde de l'Art, se contentant d'un emploi comme surveillante de musée, lui laissant ainsi le temps de contempler des chefs-d'oeuvre de la peinture. Parce que le musée de Tokyo prépare une rétrospective sur la peinture d' Henri Rousseau, que son nom est recommandé par le conservateur du MoMa de New-York, Tim Brown qu'elle va renouer avec sa passion. Car avant de se retirer, Orie était une historienne de l'art, experte du peintre français.

Retour en 1983 ; Tim Burton, alors assistant du conservateur du MoMa reçoit un étrange courrier qui l'invite à se rendre en Suisse afin d'expertiser un tableau inconnu dans le répertoire de Henri Rousseau. Ce peintre, c'est toute sa vie depuis qu'enfant il a été rempli d'émotion à la vue du Rêve exposé au musée où il travaille.
"C'était précisément parce que son œil de peintre n'avait cessé d'observer le vivant, les hauts faits de l'activité humaine, les divins secrets de la nature, qu'il était parvenu à reproduire avec autant d'ingénuité la beauté de la vie et la pluralité des paysages sur ses toiles. Comme autant de paradis sans égal"...
Même s'il pense que ce courrier est plutôt destiné à son homonyme et patron Tom Brown, il décide de vivre l'aventure, l'occasion pour lui de rencontrer le mystérieux Beyler, un collectionneur dont la rumeur évoque la possession de tableaux de grands maîtres jamais vus par le public et les experts.

A Bâle, il fait la connaissance d'Orie Hayakawa, consœur nippone et spécialiste reconnue de Rousseau. Dans le plus grand secret, Beyler leur montre une toile certifiée du peintre et inédite : J'ai rêvé. Celle-ci est accompagnée d'un manuscrit que les deux experts vont devoir lire chacun leur tour pour décider de l'authenticité ou non du tableau.
"Le mode d'expertise qui leur était imposé était des plus insolites. Chaque jour, l'un après l'autre, Tim et Orie devait lire un chapitre du récit contenu dans le livre ancien que leur avait soumis Beyler. Le septième jour, à l'issue de la lecture du dernier chapitre, chacun se livrerait à un examen critique et le collectionneur accepterait la conclusion la mieux argumentée".
Ils entament alors une plongée dans le paris du début du vingtième siècle, dans le monde artistique dans lequel Rousseau côtoyait Picasso, Apollinaire et Yadwiga, sa voisine et blanchisseuse qui deviendra la femme de la toile Le Rêve.
Seulement, le projet de Beyler commence à se savoir dans le monde de l'art et nos deux personnages subissent alors des pressions...

Ecrit par une historienne de l'art spécialiste de la peinture de Rousseau, La Toile du paradis est une plongée réussie dans le monde fermé de l'art et de l'expertise. Le lecteur novice (ou non) se prend de passion pour cette enquête construite comme un puzzle temporel et mystérieux dans lequel Henri Rousseau et son modèle Yadwiga deviennent des personnages clés.
On ne se sent jamais perdu car l'auteure a veillé à ce que son roman soit accessible tout en étant instructif. Ainsi, jusqu'à la fin, on a l'impression de lire un texte original et beau qui rend hommage à la peinture française au-delà de l'intrigue  dont le suspens est maintenu jusqu'au dénouement.


Ed. Philippe Picquier, tradit du japonais par Claude Michel-Lesne, mai 2018, 320 pages, 20€
Titre original : Rakuen no canvas

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