Roman noir, Agnès Michaux

Quand Alice Weiss atterrit sur l'île de Pondara, elle ne sait pas que sa vie va prendre un autre tournant, devenant enfin l'écrivain qu'elle aurait tant voulu devenir.


Alice a connu le succès littéraire mais cela remonte déjà à quelques années. Depuis, la page blanche ne la quitte plus et pour changer d'air, elle décide de se rendre sur l'île de Pondara, une île de la Fédération, lieu dont elle garde des souvenirs émus en famille.

Dès son arrivée à l'aéroport, elle décide d'aller de l'avant, de  se réinventer, de n'être plus ce qu'elle est devenue et qu'elle déteste tant.
"C'est ce qu'elle veut. Que la femme meure. Elle veut renaître. Réinventer sa vie. C'est pour cela qu'elle part".
Alors pourquoi ne pas se prendre pour l'écrivain Célia Black le temps d'une course en taxi ? Le chauffeur attend cette romancière renommée dans le hall mais apparemment elle n'a pas l'air d'être présente au rendez-vous...

Alice, dans la voiture, se met dans la peau de Célia et pense que le stratagème se dévoilera de lui-même quand elle atteindra la villa de l'auteur. Or, les gardiens l'accueillent comme si elle était Célia. Commence alors une aventure déroutante où tout le monde la prend pour l'écrivain aux best sellers internationaux, dont tout le monde parle mais que personne n'a réussi à approcher.
"Célia Black avait créé l'illusion suprême : un visage que tous croyaient avoir vu bien qu'elle ne l'eût jamais montré, masque flamboyant toujours renouvelé d'un carnaval qui tenait lieu de réalité. Le vide encore, partout reconnu et aimé".
Dans le même temps, la police de Pondara cherche à identifier le corps d'une femme immergée pendant des mois dans l'eau du port.

Alice/Célia s'habitue vite à sa nouvelle vie ; elle accepte même d'écrire un roman que l'agent de Célia lui a demandé de livrer. La nuit, elle sort avec la jet set locale et s'abandonne aux moments faits de luxe et d'oisiveté. Sauf que le matin, elle redevient Alice et se demande ce qu'il va se passer quand la supercherie sera dévoilée. Elle se met du baume en cœur en se disant qu'elle remplit le vide artistique et sociale d'une femme trop célèbre à son goût qui a réussit à faire fortune de sa plume.
"Célia Black avait installé son trône dans le grand vide contemporain. C'était ce vide que les lecteurs reconnaissaient et aimaient".
Néanmoins, la tromperie a un goût amer. Alice se perd, ne sait plus très bien qui elle est réellement.
"On ne changeait pas de peau impunément ; Elle le savait  mieux que quiconque. On le faisait pour guérir le malheur de sa vie. Erreur de diagnostic et mauvais remède".
Finalement, le seul remède serait de tout dévoiler et partir sans se retourner, mais cela est-il encore possible, surtout au moment où le chef de la police Fritz Kobus semble lui porter un intérêt tout particulier ?
"Que faire ? Être une autre fatiguait. Être soi était douloureux".


Roman noir utilise les codes du polar sans en être vraiment un.  La trame narrative est surtout centrée sur le personnage d'Alice Weiss et de la manière dont elle gère son changement de personnalité dans un univers qu'elle découvre et dont elle ne maîtrise pas toutes les subtilités..
"Ce paradis est un nid de serpents venimeux. Ça brille, c'est doré c'est facile. Mais si on regarde bien, ça a un reflet noir, une face cachée. Ça tourbillonne, ça se dissipe, ça ne voit pas qu'il y a quelque chose qui corrompt tout".
L'île de Pondara cache bien son jeu. Les faux-semblants sont partout si on s'attarde sur les détails. A force de se réinventer, Alice/Célia doute et se perd. Que veut-elle vraiment ? Et pour aller au bout de la supercherie, la voilà contrainte à écrire le roman d'une autre, d'où une intéressante réflexion sur l'écriture et la fiction.
Dans Roman noir, rien n'est légitime et le dénouement risque d'étonner plus d'un lecteur.


Ed. Joëlle Losfeld, avril 2018, 240 pages, 18.50€

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