La Vie effaçant toutes choses, Fanny Chiarello

Neuf portraits féminins d'âges et de conditions sociales différentes dont le point commun est d'aspirer, chacune à leur manière, à un d'absolu où elles pourraient être complètement maître de leur destin, affranchies des carcans de leur existence.


Qu'elle soit une jeune fille qui s'ouvre à la sexualité comme moyen de décompresser ou une vieille dame qui ne désire pas autre chose qu'être complètement libre de ses mouvements, toutes ont en commun de se révolter dans leur coin, de manière différente, pour enfin accéder à leur soif d'absolu.
Fanny Chiarello propose trois portraits de femmes en trois cycles qui à chaque fois ne se connaissent pas, ce croisent pourtant par le fait du hasard, mais écoutent la même radio, et plus précisément la même voix féminine qui propage sur les ondes sa voix douce et mélodieuse, promesse matinale d'une journée qui pourrait devenir leur journée, celle où tout va enfin basculer.

Époux ou compagnes sont souvent les catalyseurs de la tempête qui s'annonce. Une rupture mal digérée, une grossesse non voulue, la sinistrose d'un couple qui s'enlise dans la routine, chacune a une bonne raison de sentir asphyxiée par sa vie. Alors, la colère, l'empathie, la dépression sont autant d'expressions du changement qui s'annonce.

De plus, à travers ces portraits, on se rend compte qu'il n'y a pas d'âge pour prendre sa vie en main et oser dire NON à ceux qui décident pour vous. Le sentiment amoureux souvent perçu à tort comme un refuge, n'est plus qu'une expression violente du refus. Dès lors, l'étreinte n'est plus un moment de douceur mais un corps à corps violent, éperdu, un besoin de s’annihiler l'espace d'un instant.
"Piégée. Aujourd'hui elle ne peut concevoir l'amour que comme une déformation semblable à celle des pieds bandés, une violence faite à l'intégrité des corps mais aussi de l'esprit".
La vie effaçant toutes choses est un doux euphémisme pour annoncer des cataclysmes. Effacer tout ce qui nous dérange, ce que nous n'avons pas choisi ou que nous subissons pour enfin vivre comme nous l'entendons. C'est pourquoi le personnage de Rita, sans domicile fixe, est l'incarnation du titre du roman. Bien qu'elle ne soit pas l'héroïne d'un des portraits du livre, elle apparaît plusieurs fois en filigrane, comme la symbolique de celle qui vit dans l'instant, privée de ses biens et d'un toit, expression brutale et absolue de celle qui est allée au bout de son destin. Énigme pour les uns, folle pour les autres, elle s'affranchit de ce qui l'entoure pour remplir sa vie.

S'effacer pour renaître, se révolter pour exister, autant de formes de mutineries féminines que Fanny Chiarello transcende avec fantaisie.

Ed. de L'Olivier, mars 2018, 240 pages, 17.5€

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