Les Grandes marées, Jim Lynch

Miles O'Malley est un passionné de l'océan, plus précisément de ses coquillages et crustacés que les eaux libèrent à chaque marée basse. Lorsqu'il parcourt la plage, un sentiment de plénitude l'envahit, ce qui lui permet d'oublier ses tracas. Jusqu'au jour où il fait une découverte étonnante...

"Même dans la lumière du jour, le calamar paraissait irréel. On aurait dit une licorne, un dahu ou quelque autre créature imaginaire : une gigantesque pieuvre croisée avec la queue d'un marsouin ou avec un autre mammifère en forme de torpille. Mais ce qui surprenait le plus, c'était son aspect puissant et indestructible".

D'un seul coup, Miles passe de la transparence à la notoriété locale. Il attire les curieux, les touristes, et même une secte qui voit en lui la probable messie. Au début, l'adolescent se prend au jeu, puis s'en lasse quand il se rend compte que la célébrité si petite soit-elle envahit son quotidien et sa tranquillité. Lui, ce qu'il voudrait finalement, c'est que tout cet engouement l'aide à charmer Angie, sa voisine, ou permette à ses parents de ne pas se séparer. A défaut, il trouve un peu de repos et de sérénité en se rendant chez Florence qui habite comme lui dans une maison sur pilotis, et dont le grand âge l'empêche de se mouvoir comme elle veut.

A force d'être harcelé par les médias, Miles se lâche et, ce qui pour lui est un moment de pure sincérité, devient pour les autres une prophétie :
" C'est à ce moment là que j'ai dit ce que j'ai dit. C'était une répartie désinvolte, le genre de chose que j'avais entendu à la télévision dans la bouche de gens importants quand on leur posait des questions impossibles. Je pourrai mettre ça sur le compte de la fatigue, mais une partie de moi-même y croyait. Quoi qu'il en soit, tout ceci importe peu, car je l'ai dit :
- Peut-être que la Terre essaye de nous dire quelque chose".
Dès lors, Skookumchuck Bay devient le lieu où un jeune homme sans histoire a prédit qu'il faut rester attentif à ce que l'océan tente de nous expliquer. Plus sérieusement, la plage que Miles arpente de nuit comme de jour devient un lieu d'étude pour les océanographes, intrigués de voir que des monstres marins viennent s'échouer inexplicablement. Pour Miles, c'est un soulagement, il retrouve enfin un statut de gamin, mais cela ne règle pas ses autres problèmes.
"En un sens, ce fut un immense soulagement de constater que je n'avais pas été choisi pour quoi que ce soit mais j'avoue avoir été déçu de savoir, avec certitude, que j'étais aussi ordinaire que j'avais le sentiment de l'être".

Les Grandes marées pourrait être perçu comme un roman initiatique, le passage de l'enfance à l'âge adulte, avec les obstacles à franchir. Il l'est un peu sans doute, mais ce roman est avant tout l’histoire d'un adolescent en communion avec la nature en qui il trouve ce qu'il n'arrive pas à obtenir dans son quotidien. Miles est un bon gamin, le stéréotype de celui pour qui l'adolescence est un passage pénible à passer et qui porte son fardeau le mieux qu'il peut sur ses frêles épaules. Ses amitiés, ses amours lui donnent de la dimension et une profondeur inédite. Il a une aura qui illumine le récit. Ainsi, Skookumchuck Bay n'est plus l'arrêt obligatoire pour ls miracles ou les remèdes mais celui où vit Miles O'Malley.
Les Grandes marées procure un très grand plaisir de lecture par son intelligence, sa trame et le message qu'il transmet.

Ed. Gallmeister, janvier 2018, traduit de l'anglais par Jean Esch, 273 pages, 9,20€
Titre original :The Highest Tide

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