Dans la grande violence de la joie, Chanelle Benz

La fiction est une grande aventure. Elle traverse le temps, l'espace, plante le décor et invente des personnages parfois improbables. Ce recueil de nouvelles dévoile un auteur à l'imagination débordante et à la plume prolifique.


Que ce soit entre les murs d'un saloon rutilant ou dans un futur proche parmi les décombres d'une secte millénariste, en passant sur les routes du sud ségrégationniste, Rachelle Benz promène ses lecteurs au fil de ses inspirations. N'empêche que tous ses personnages, quel que soit l'époque à laquelle ils évoluent, ont en commun d'évoluer dans la grande violence de la joie, expression oxymorique étrange et forte qu'on peut mettre en parallèle avec la fureur de vivre.
"Il n'y a rien à pardonner. Car dans la grande violence de la joie, n'y a-t-il pas un désir de jurer son dévouement ? Mais ensuite ? Quand est-ce jamais accompli à la lettre" ?
En tout cas, au fil des dix nouvelles, le lecteur est confrontée à toutes les émotions et comportements humains : la lâcheté, l'amour, le deuil, la quête d'identité, la peur, le courage... Jeune fille de bonne famille, gamine abandonnée recueilli par son frère délinquant, archéologue en proie à des questions intimes ou encore esclave poète dans le sud raciste, tous affrontent l'adversité en le regardant droit dans les yeux, et tant pis si une mort prématurée et violente est la seule issue.
"Très peu de choses peuvent me choquer. J'ai passé beaucoup de temps au milieu d'innombrables exemples d'humanité viciée.
- Vous pensez que j'en suis un ?
- Je suppose que  vous êtes né pour vous égarer comme tous les autres hommes. Vous êtes devenu adulte dans une époque pourvoyeuse de peur".
Dès lors, il y a de l'héroïsme et du courage en chacun de nous même si notre humanité est viciée inexorablement par le contexte dans lequel nous évoluons. Tel est le message de l'auteure ;
Il y a quelque chose de darwinesque dans ces récits polymorphes. S'adapter pour survivre est la trame de chaque histoire, si on s'y attarde plus près.
"Nous savons ce que c'est que survivre à la fin du monde tel que nous le connaissons. Être abandonnés".
 Dans La grande violence de la joie est une plongée intense, haletante, dans les cœurs de nos semblables.

Ed. Seuil, collection Cadre Vert, traduit de l'anglais (USA) par Bernard Hoepffner, janvier 2018, 256 pages, 20€

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