Billet d'humeur (23) Le jour où j'ai lu 100 pages de La Vérité sur l'Affaire Harry Québert de Joël Dicker

Agecanonix par Uderzo

Cinq ans après la parution de ce roman d'un écrivain inconnu qui a raflé le Grand Prix de l'Académie Française et le Prix Goncourt des Lycéens, je profite d'un peu de temps pour enfin lire ce livre qui a tant marqué la rentrée littéraire de septembre 2012.

Etant donné le pavé - plus de 700 pages - je m'étais donnée comme objectif d'en lire au moins 100 pour décider si oui ou non je continuais. Cette décision n'est pas anodine, car je me souviens de certains papiers plus que circonspects quant à la qualité du roman. Passons...

Au moins la quatrième de couverture est déjà réussie ; l'accroche aussi : elle promet thriller et étude sociétale le tout dans un milieu littéraire. Mais bon, moi quand je lis ça j'ai l'impression de lire une quatrième de couverture d'un roman de Dan Brown.
Ce qui m'a agacée d'emblée c'est la suffisance du personnage principal, alias Marcus Goldman (un prénom romain + un nom qui signifie 'homme en or" quoi de mieux ?) aussi surnommé dans sa jeunesse Le Formidable (rien que ça), narrateur du récit et écrivain connu et reconnu grâce à son seul et unique roman. Le pauvre chou a une panne d'inspiration et il doit gérer les gros problèmes de son meilleur ami et mentor Harry Québert, empêtré dans une affaire criminelle vieille de trente années.
Heureusement, c'est sans compter sur son incroyable forme physique (n'oublions pas qu'il fut un champion de l'équipe de cross et de course à pied du lycée), son sens de l'analyse et son incroyable sens de l'amitié.
Les cent premières pages peuvent se résumer à Marcus Goldman racontant le nombril de Marcus Goldman à des lecteurs qui n'ont pas la chance d'être comme lui. Mais le plus dérangeant dans tout ça, ce sont les poncifs en tout genre utilisés par le narrateur pour justifier le fait qu'il soit exceptionnel. Rendez vous compte : lorsque le proviseur du lycée se souvient de lui, il en a des trémolos dans la voix tant il en garde un souvenir ému, et Marcus admet se servir des gens pour entretenir sa réputation d'homme parfait !
Certes, un roman tient aussi pour son intrigue, mais quand il est porté par ce genre de personnage, il devient difficile à lire quand on est un tant soi peu exigeant.

La fameuse affaire Harry Québert est une affaire de disparition d'une mineure de quinze ans dont le corps a été retrouvé trente ans après dans le jardin de son amant. L'amant en question était (on s'en doute) Harry Québert, et il aurait pu presque être son père. Et dans l'Amérique puritaine, ce genre d'histoire d'amour, ça ne passe pas. Alors Harry est arrêté et il crie son innocence tout en se rappelant sa brève et intense histoire d’amour le temps d'un été avec une gamine qui adorait lire ses textes. En plus, le corps a été retrouvé avec le manuscrit de son roman incroyable Les Origines du mal, directement inspiré de leur histoire. Bref, c'est bancal, on se croirait dans une série française de TF1.

Néanmoins, je continue quand même ma lecture car les pages défilent rapidement tout en me posant une question sur le contenu sociétal promis par la quatrième de couverture. Bon, c'est vrai, il reste six cents pages à découvrir, mais quand on promet du lourd et qui plus est sur les Etats Unis d'Amérique, il vaut mieux commencer tôt, tellement il y a de choses à révéler ! 
L'action se situant en 2008, deux faits sont suggérés à travers le récit : la campagne démocrate pour les prochaines présidentielles et là, le très républicain avocat de Québert s'offusque de la possibilité d'un président noir ou d'une femme, et la fellation présidentielle qui a secoué durablement la société (sic). On flirte avec l'analyse formelle, sans blague ....

Vous aurez compris que je n'en pouvais plus, pourtant je vous promets que j'ai commencé ce roman sans vraiment d'a priori, et puis cinq ans après la parution, il y a prescription. Simplement, j'ai abandonné car l'ensemble était trop factice, trop fabriqué pour mes exigences de lectrice. Trop d'exagérations tue l'exagération, je ne suis simplement pas formatée à ce genre de texte. Il y manque un je ne sais quoi de supplément d'âme pour rendre crédible une trame surfaite et faire du héros un être sympathique (car quoi qu'on en dise, il en faut toujours un dans un livre).
N'empêche, j'attends de voir la série américaine adaptée de ce roman avec Patrick Dempsey (Docteur Mamour dans Grey's Anatomy) et réalisée par Jean-Jacques Annaud. Parfois les mauvais livres font de très bons films.

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