Au Soleil couchant, Hwang Sok-Yong,

Ed. Philippe Picquier, octobre 2017, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, 168 pages, 17.50 €
Titre original : Haejip muryeop

Au soleil couchant de sa vie, un homme qui a réussi, prend enfin le temps de revenir sur son passé grâce aux messages que lui envoient une femme qui l'a jadis aimé.


Park Minwoo est l'incarnation même de la réussite. Directeur d'une grande agence d'architecture, il a participé aux grands projets de constructions sur Séoul tout en se préservant de la corruption qui règne dans ce milieu. Côté vie personnelle, il est divorcé et sa fille est partie vivre en Amérique, mais il garde des contacts avec les deux femmes de sa vie.
"Avec le temps, on filtre les choses, on les déforme, on les rejette. Et même la petite quantité qu'on garde finit par rester enfermée dans le grenier de la mémoire, comme autant d'objets vétustes et sans utilité".
Un jour, alors qu'il se rend au chevet d'un ami d'enfance dans le coma, il décide de ne plus tenter d'oublier ses souvenirs de jeunesse. Une vague de nostalgie le submerge d'autant plus qu'une femme qu'il a jadis côtoyé et qui l'a reconnu sur une campagne publicitaire a décidé de le recontacter.
"Sans y porter beaucoup d'attention, j'ai lu le nom écrit en gros caractères sur le papier. Je l'ai répété dans ma tête. Cha Soona. Un nom oublié, enfoui au fond de ma mémoire depuis des décennies".

Park Winwoo est un fils de commerçants spécialisés dans la fabrication et la vente de pâte de poisson. Il a grandi dans les quartiers populaires de Séoul où la violence n'était pas un concept : il fallait très vite se faire respecter pour ne pas devenir une tête de turc. C'est en livrant les commandes qu'il fait la connaissance de Cha Soona une jeune fille timide. Mais après une agression, cette dernière décide de ne pas livrer ses sentiments, persuadée que son amour serait un frein au brillant avenir de Park.
Quand on compare les deux destins, Park a baigné très vite dans l'opulence alors que Cha Soona a mené une vie correcte qui s'est vite détériorée après le décès de son époux. Leur fils a bien essayé d'aider sa mère, mais vaincu par ses états d'âme, il a vite baissé les bras. D'ailleurs, en parallèle du récit des souvenirs de Park, le lecteur suit ceux du fils de Cha Soona, Kim Minwoo grâce au récit de sa meilleur amie.
Ainsi, par le biais de ces deux histoires, c'est tout un pan de la société coréenne qui est décortiqué, marquant le fait que la population a dû s'adapter très vite à un mode de vie en pleine mutation, symbolisé par la modification profonde du paysage urbain. Forcément, un changement rapide entraîne toujours des laissers pour compte, et les cicatrices de l'âme ont du mal à se refermer.
"En me retournant, j'avais l'impression de sortir d'un autre monde par un tunnel. En fin de compte, tout est rêve. N'est-ce pas vrai ? Un rêve non encore concrétisé finit par devenir réalité avant de s'envoler comme un rêve. Les immeubles en béton armé et les charpentes métalliques qui se dressaient ici et là dans la plaine avaient à mes yeux la réalité du monde virtuel d'un jeu vidéo".

Au Soleil couchant propose deux parcours de vie radicalement différents pourtant issus de la même classe sociale. Ainsi, le lecteur occidental découvre les pratiques faites dans le milieu de la construction immobilière, ainsi que la difficulté de vivre dignement dans un pays où l'accumulation de deux ou trois emplois n'est pas une exception.
Enfin, on ne peut qu'être touché par les destins de Cha Soona et de son fils, victimes collatérales d'un pays en transformation qui oublie les petites gens.

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