lundi 30 octobre 2017

L'obscure clarté de l'air, David Vann

Ed. Gallmeister, octobre 2017, traduit de l'anglais (USA) par Laura Derajinski, 261 pages, 23€
Titre original : Bright air Black

Médée sur la proue de l'Argo regarde au loin le navire de son père Eétès. Afin de le ralentir, elle jette à la mer des morceaux de son frère, car son père les récupérera pour lui offrir une sépulture décente. Elle n'a pas hésité au fratricide pour permettre à Jason de fuir avec la toison d'or.
"Le navire de son père dérive (...) Médée n'a plus de mots, plus de pensées. Elle a dénoué le monde, elle a tiré un fil vital, tout s'est détissé. (...) Sa tâche est de calculer prudemment, d'utiliser les morceaux de son frère avec parcimonie".
Dès le début du roman, on sent que Médée est prête à tout par amour. Le pire ne lui fait pas peur, pourvu qu'elle arrive à ses fins.
"Tu es à moi, dit-elle dans une langue qu'ilne comprend pas. Par les étoiles d'antan tout là-haut et par les nouvelles étoiles d'en bas, je régnerai sur ton cœur. Tu es la contrée que je vais conquérir".
Parce qu'elle est née femme, elle était promise à une condition d'esclave. Sa fuite lui donne les cartes en main pour choisir son destin. Elle veut régner et être crainte, dût-elle pour cela goûter au sang de son petit frère et renier sa famille, même si cela lui coûte.
" Elle ne sera pas esclave. Elle éprouvera ce besoin d'aider son père mais elle n'en fera rien. Elle pleurera son frère et s'agenouillera parmi sa dépouille démembrée, mais elle jettera un nouveau morceau par dessus bord quand le moment viendra. Elle ne se laissera pas dompter. S'il est naturel d'être esclave, alors elle sera contre nature".
Pourtant petit fille du dieu du Soleil Hélios, la clarté s'éloigne à son passage, et les ombres dominent. Il est trop tard maintenant pour retourner en arrière et tout recommencer.
"Aucune de ces étoiles n'est fixée. Projetées en orbites par le passage de Médée et de son équipage, un ciel bien plus réactif, ce qu'elle aurait toujours voulu des cieux, qu'ils ne soient pas aussi froids et distants.
Médée sent qu'elle est étrangère à elle-même. Elle vogue vers des contrées inconnues et vers un avenir incertain.
"Elle s'est exclue, elle se sent étrangère à elle-même. Pourquoi a-t-elle fait cela, elle l'ignore. L'amour, l'effacement de tout, un aveuglement pire que celui du soleil. La folie sans raison. Un acte, puis un autre, inévitables, incoercibles, jamais remis en question". 
Médée, Eugène Delacroix (1838)
Après des jours d'errance en méditerranée, les Argonautes arrivent enfin sur les terres de Iolcos où les attend le roi Pélias, oncle de Jason et usurpateur du trône. Forcément, la quête de la toison d'or n'aura servi à rien et le couple est réduit en esclavage. Médée fait peur, car elle est prêtresse d'Hécate et magicienne. N'est-elle pas une sorcière qui n'a pas hésité à tuer son frère pour sauver l'amour de sa vie ?
"Un seul et même homme : Hélios, Eétès, Pélias. Implacable, inflexible, effaçant tout le reste, et cet effacement doit être combattu".
Réduite en esclavage et battue régulièrement par quelques filles de Pélias, Médée rumine sa vengeance ; elle sera terrible, aussi improbable que cruelle : les filles du roi, par le conseil de Médée, tueront et découperont en morceaux Pélias pour le faire bouillir dans un chaudron, dans l'espoir qu'il ressuscite plus jeune !
Elle fuit avec ses deux garçons, puis Jason arrive à les rejoindre. Destination Corinthe, le royaume de Créon...

"Née sans mère, elle a donc peut-être été forgée. Dans un autre métal, plus léger que le cuivre et plus liquide que l'étain, plus profondément fusionné et encore en fusion (...).  

Pas la peine de raconter la suite, elle est encore plus terrible, car le le lecteur curieux sait ce que symbolise Médée. Elle est l'incarnation de l'infanticide, du mal absolu.
Dans ce récit, David Vann ne tente pas une réhabilitation de ce personnage mythologique. Il tente juste de décortiquer le raisonnement de la magicienne. Médée est un prénom issue de la racine du verbe grec μηδομαι / mêdomai qui signifie méditer. L'auteur, décrit une femme froide, manipulatrice, qui médite beaucoup sur ses actions futures. Car Médée est sûre de deux choses : elle ne veut plus être soumise à qui que ce soit, et elle veut régner.
Parfois, on sent une Médée à bout, bien consciente de l'horreur de ses actes. On sent aussi une Médée fusionnelle avec ses deux fils, prête à tout pour qu'ils soient reconnus à leur juste valeur, comme les fils du roi (sans trône) Jason. Or, comment ne pas être crainte alors qu'on est les fils d'une magicienne criminelle ? Même Jason, son mari, s'en méfie.
"Jason ne discute pas. Il tourne simplement les talons, quelque chose en lui s'est résigné".
L'Obscure clarté de l'air se lit comme un véritable roman, même si on en connait le terrible dénouement. Mais l'intérêt est ailleurs, il est dans le personnage de Médée, véritable héroïne maléfique, manipulatrice et passionnée, sans aucune limite et jusqu'au-boutiste, d'où son surnom parfois de Médée furieuse.

vendredi 27 octobre 2017

Un Homme qui savait, Emmanuel Bove

Ed. La Table Ronde, collection La Petite Vermillon, 224 pages, 7.10 €


Écrivain connu et reconnu avant la seconde guerre mondiale, Emmanuel Bove est depuis tombé dans l'oubli. Un Homme qui savait raconte l'itinéraire psychologique complexe d'un homme sans qualités.



Après ses études de médecine et un mariage avec la fille d'un professeur connu et reconnu, Maurice Lescat avait toutes les cartes en main pour entamer une brillante carrière qui aurait fait de lui un homme riche et adulé. Mais c'était sans compter sur son caractère complexe et sa nature hypocondriaque qui, invariablement, lui ont fait prendre des décisions regrettables.
"Un petit retraité ! Même pas. Il n'avait plus de retraite. Qui la lui verserait ? Il n'avait jamais été dans l'administration. Il n'avait été nulle part. Il n'était pas non plus un petit rentier. Il n'avait pas de rente. Pourtant tout le monde croyait qu'il était un petit rentier. Il y avait de quoi se mettre en colère. Avoir tellement l'air d'une chose et n'en avoir aucun des avantages".

Au moins Lescat est sûr d'une chose : sa supériorité par rapport aux autres. Parfois, cette certitude le rend dédaigneux voire même insupportable. Elle s'adresse à toutes et à tous, même sa sœur, contrainte de partager un appartement avec lui , subit quotidiennement son dédain. Ce comportement lui a valu de se défaire peu à peu de ses rares amis, de mépriser son beau-père et son épouse. Et puis, pourquoi pratiquer la médecine puisqu'il vaut tellement plus ?
"Maurice comprit qu'il ne ferait jamais rien dans ce milieu, qu'il ne serait jamais que le petit protégé d'une famille ambitieuse. Il n'eut plus qu'un désir : retrouver sa liberté (...) Alors commença pour Maurice cette vie médiocre d'homme qui a renoncé et qui, faute de pouvoir faire autre chose, continue dans la voie à laquelle, au fond de son cœur, il a renoncé".

Seulement, il faut vivre même lorsqu'on a décidé sciemment de ne rien faire. Alors, Lescat se fait entretenir, sachant frotter la manche dans le bon sens. Il sait flairer les bonnes affaires et les personnes crédules qui peuvent l'aider matériellement sans s'en rendre compte. Ainsi, il devient le bon ami de Madame Maze, une libraire, à qui il persuade de récupérer sa part de divorce autrefois laissée à son ex-mari. Il en sera l'intermédiaire auprès du notaire puisqu'il est un homme bien...

Ce qui est sidérant dans ce récit dont les dialogues ressemblent parfois à s'y méprendre à des répliques de théâtre, c'est que Lescat semble désemparé par son comportement. Pétri de contradictions, il en devient confus, touchant parfois, même si, très vite, lorsqu'il sent qu'il est acculé, il simule une de ses crises pour attirer l'empathie. Il pourrait devenir sympathique aux yeux du lecteur si tout cela n'était pas défini par un objectif clair : gagner de l'argent sans rien faire en profitant de la naïveté d'autrui.
Lescat est un homme pauvre comme il se plait à répéter, mais il entretient sa pauvreté. Elle est une vitrine qui lui permet d'entretenir son sentiment de supériorité et la certitude qu'il est et restera un homme incompris. Finalement, l'opportunisme a ses limites, et à force de circonvolutions et de retours en arrière, Maurice Lescat se perd et s'enfonce.
"Je suis prisonnier. Toute ma vie, j'ai été prisonnier. Je croyais être libre, mais j'étais prisonnier. Toujours quelqu'un ou quelque chose m'a empêché de faire ce que je voulais".

Un Homme qui savait est un roman posthume. Ecrit pourtant en 1942, il n'a pas été publié du vivant de l'auteur car ce dernier jugeait qu'il n'était pas un roman d'actualité. Le héros bovien de ce livre est un homme extrêmement complexe, à la fois conscient de la complexité de son caractère et pourtant persuadé que ses réactions sont sensées. Les personnages secondaires, en l'occurrence la sœur Emily et Madame Maze, sont les victimes désignées d'un être qui les méprise et les aime à la fois sans pour autant les épargner.
Un Homme qui savait pourrait être adapté au théâtre de par ses dialogues et l'action qui se joue souvent à huis clos.

mercredi 25 octobre 2017

Cette Lumière que je vois , Sofie Laguna

Ed. Actes Sud, octobre 2017, traduit de l'anglais (Australie) Par France Camus Pichon, 368 pages, 22.80€
Titre original : The Eye of The Sheep


A travers les yeux et le ressenti du petit Jimmy atteint de TED (Troubles Envahissants du Développement) c'est le récit d'une famille en souffrance.


Jimmy vit en symbiose avec sa mère Paula. Elle est son référent, son rempart. D'ailleurs n'a t-elle pas grossi jusqu'à ne plus pouvoir passer la porte depuis la naissance du petit ? Paula veille sur Jimmy, le comprend, et surtout garde patience quand les autres n'en ont plus. Car son petit garçon est différent : il est solitaire, répète les phrases, répond rarement aux questions qu'on lui pose, et adore tourner en rond dans le jardin en simulant une course. Le mot n'est jamais prononcé mais le lecteur comprend vite que le narrateur est atteint de TED. A défaut de vivre sa vie avec des émotions - il est incapable de pleurer - il enregistre ce qu'il vit à travers des connexions, des odeurs, des sensations. Ces interactions là lui permettent d'avancer et de grandir.
"Bêcher me calmait : comme les roues d'un vélo, mes cellules s'arrêtaient de tourner. J'entendais mon air entrer et sortir de mes poumons, chaque inspiration égale à chaque expiration".
Paula et son fil aîné Robby se protègent comme ils peuvent de Gavin le père. Ce dernier, perdu par le comportement étrange de son cadet, noie son désarroi et sa culpabilité dans l'alcool et se défoule sur Paula.
Nous sommes dans les années 80, et même si le médecin de famille tente de rendre la maman à l'évidence, Paula refuse tout placement de son garçon en institution et s'évertue à lui faire suivre une scolarité normale où il est mis systématiquement de côté. Parfois, Gavin tente bien d'être proche de son fils mais Jimmy n'est pas réceptif à ce genre de démarche....

Gavin quitte aussi la demeure familiale sans laisser d'adresse, après le départ de Robby, lassé de la violence de son père et de la soumission de sa mère. Paula et Jimmy entament ensemble une nouvelle vie, se coupant peu à peu des autres. La mère se réfugie dans les sucreries, sombre dans la dépression et ne soigne pas son asthme, tandis que Jimmy est livré à lui-même. Or, sans sa mère et le reste de sa famille, comment Jimmy peut-il continuer à grandir ?
"Comment Robby pouvait-il être si grand, tout en longueur, les yeux dans le vague, alors que moi j'en étais toujours au même point ? J'avais onze ans, et en même temps non. Comment des choses contradictoires pouvaient-elles être vraies".

Cette lumière que je vois est un roman troublant à plus d'un titre car il décrit les troubles autistiques de l'intérieur et les descriptions sont criantes de vraisemblance. Faire de Jimmy le narrateur est un tour de force car il porte le roman à bout de bras et donne une vision tout à fait unique et originale de ce qu'il vit, de ce qu'il ressent et perçoit. Plus largement, Sofie Laguna explique toute la détresse et l'incompréhension d'une famille confrontée à l'autisme et à sa gestion au quotidien. Ainsi, ce livre est aussi le récit de la rédemption d'un père abîmé et mal aimant en faveur d'un fils seul et ne possédant pas les armes pour exprimer son amour.
"Je regrettais de n'avoir pas de mode d'emploi pour les larmes ; je suivais attentivement les consignes, point par point, à la lettre, jusqu'à pleurer assez de larmes pour remplir le plateau d'un pick up".
Autour de Jimmy, le monde est rétréci mais il prend un aspect insoupçonné. Il est un vaste mode d'emploi dont il s'agit de décortiquer jour après jour chaque mécanisme afin de mieux l'appréhender. C'est la voie royale pour enfin ressentir des émotions.

Ainsi, de par sa profondeur, sa grande humanité et la lucidité des propos, Cette lumière que je vois est un roman unique, différent mais terriblement attachant, comme son petit héros.





lundi 23 octobre 2017

Ör, Audur Ava Olafsdottir

Dans la langue islandaise, ör est un mot neutre qui signifie cicatrice. Ce sont à la fois celles du corps, mais aussi celles faites à un pays ou un paysage modifié par la guerre ou les constructions.

Depuis son divorce, Jonas a du mal a trouvé un sens à sa vie. Il a vendu son entreprise et rythme ses journées entre ses visites à sa mère et les conversations avec son voisin à qui il a demandé un fusil. Jonas a une fille, mais il ne veut pas l'inquiéter ; elle a vingt-six ans et elle a droit à une vie insouciante.

Jonas a tatoué un énorme nymphéa blanc sur son cœur - Nymphéa c'est le prénom de sa fille - ultime cicatrice qui vient accompagner les six autres de son corps. Il a un projet : comme il n'attend plus rien, il  veut en finir mais loin de chez lui, pour éviter aux siens de le retrouver mort. 
"Je ne sais pas qui je suis. Je ne suis rien et je n'ai rien".
Sans prévenir personne, il quitte l'Islande pour un pays où l'ont vient de signer la trêve après une longue guerre civile. Bizarrement, il emporte sa perceuse avec lui et de quoi bricoler. Là-bas, pense-t-il, il pourra mourir tranquillement sans que personne ne s'inquiète de son sort.
"L'idée m'a traversé comme l'éclair : je vais disparaître. Ainsi n'aurais-je pas à craindre que Nymphéa trouve mon corps. Comme un oiseau qui descend en tourbillonnant, plane à l'horizontale sur quelques mètres, puis s'abat et périt. Un dernier battement d'ailes avant la faille béante, dernier point de mire, et les os blanchis serviront de repère au voyageur".

Dans cette contrée jamais nommée, les stigmates de la guerre sont partout : mines anti personnelles, impacts de balles, habitants estropiés, ruines. Pourtant, la vie a repris ses droits et les survivants s'organisent au mieux. Dans l'hôtel qu'il a choisi pour son nom et son histoire - il s'appelle l'hôtel Silence - Jonas prend un nouveau rythme. Même si le gérant et sa sœur en doutent, il annonce qu'il est venu pour des vacances.
Alors qu'il a programmé son suicide pour la semaine suivante, sa trousse à outils attire les convoitises. Jonas devient peu à peu l'homme à tout faire de l'hôtel et du restaurant à côté. Avec sa perceuse il créé de nouvelles cicatrices, bénéfiques celles-ci, et avec son scotch, il colmate les plaies laissées par la guerre. Lui qui voulait rester un inconnu pour tous, devient indispensable aux autres.
"Impossible d'expliquer à ces gens-là que je suis venu avec ma caisse à outils pour pouvoir fixer un solide crochet, et que c'est aussi naturel pour moi d'emporter ma perceuse que d'autres leur brosse à dents".

Durant son séjour, il aime beaucoup parler avec May, la gérante. Elle lui raconte la guerre, la volonté farouche de survivre, la difficulté d'élever son enfant traumatisé, mais elle veut aussi comprendre pourquoi il est venu jusqu'à eux. Jonas le taiseux devient volubile. Comme il a une conscience, il ne résout pas à mettre fin à ses jours, de peur que ce soit May qui découvre son corps.
"Mon malheur est, au mieux, dérisoire, quand tout ce qu'on voit par la fenêtre n'est que ruines et poussière".
Cette ville meurtrie qui renaît c'est l'image de son corps qui se réconcilie avec la vie. Les brèches se colmatent, ses cicatrices se ferment, et Jonas accepte son existence. Finalement, prendre sa caisse à outils et sa perceuse aura été une bonne idée.
"- Le chagrin est comme un éclat de verre dans la gorge, dit-elle.
  - Je n'ai pas l'intention de mourir. Pas tout de suite.
 (...) Je ne suis plus l'homme que j'étais il y a dix jours. Ou même hier. Je suis dans un état fluctuant".
Ör est un joyau littéraire, une parenthèse profonde et humaine sur le sens que nous donnons à notre vie. Jonas est l'homme qui s'en va pour en finir et qui finalement va "se réparer". Comme toujours, Audur Ava Olafsdottir utilise des mots simples et une trame minimaliste pour guider le lecteur vers une thématique complexe et qui nous touche tous. Et c'est dans un lieu jadis malmené par la violence des hommes et la barbarie que le héros va retrouver la paix. 
Finalement, Ör est l'histoire d'un homme qui apprend à ne plus regarder sa cicatrice originelle, le nombril, et se tourne vers les cicatrices des autres.

Ed. Zulma, octobre 2017, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, 240 pages, 19€


vendredi 20 octobre 2017

Frère et sœur, Esther Gerritsen

Ed. Albin Michel, collection Les Grandes Traductions, traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Emmanuèle Sandron, 169 pages, 15€
Titre original : Broer


Phénomène littéraire aux Pays-Bas, Frère et sœur décortique les relations entre un frère et une sœur quand le malheur de l'un vient perturber le confort de l'autre.

Depuis qu'ils sont adultes, Olivia et Marcus ne sont plus très proches. Ce dernier n'est plus le protecteur de sa sœur, celui qui lui accordait l'attention que ses parents n'avaient pas le temps de lui prodiguer. "Elle l'avait abandonné dès qu'elle avait été assez grande". Alors qu'Olivia a un bon métier et a fondé une famille, Marcus est dilettante, et cela s'en ressent même sur sa santé. Parce qu'il n'a pas pris au sérieux son diabète, le voilà sur le point de perdre sa jambe.

Le roman commence au moment où Marcus est en salle d'opération ; il appelle sa sœur dont il n'a pas de nouvelles depuis au moins une année. C'est l'appel désespéré d'un homme qui affronte un événement tragique et ne veut pas l'affronter seul. Ce coup de téléphone rappelle à Olivia qu'elle a un frère, et que le travail peut bien attendre - c'est une urgence familiale -. Ce coup du sort lui rappelle aussi que le temps a distendu leurs relations.
"Comment pouvait-elle souffrir de l'absence d'une jambe chez un homme dont la présence ne lui manquait jamais".
L'empathie mêlée au devoir familial l'oblige à s'occuper de Marcus, au détriment de son métier et de son mari. Quand elle accueille Marcus chez elle en convalescence, elle regrette de penser qu'elle le fait surtout par obligation, et croit que l'intrusion de son frère va être une source de conflit dans son couple. Or, c'est tout le contraire qui arrive, isolant peu à peu la jeune femme et la forçant à réfléchir sur ses propres contradictions.
"Dès qu'il s'était mis à pleurer, elle avait ressenti une grande sécheresse l'envahir. Elle regarda en direction de l'endroit où aurait dû se trouver la jambe de son frère, où le drap était si plat, si vide de sens, et elle ne ressentit plus rien du tout".
Olivia n'a jamais été celle qui a privilégiée la famille. Marcus, incidemment d'abord puis volontairement, va l'obliger à reconsidérer ses positions, surtout quand son mari Gérard pense que leur mariage est arrivé au terme d'un cycle.

Frère et sœur est un roman déroutant à plus d'un titre car il rentre non seulement dans l'intimité d'une famille structurée par le non-dit, mais aussi dans l'intimité psychologique d'une femme pétrie de certitudes qui ne supporte pas le chagrin, faiblesse qui pourrait la mener vers la perte. Lorsque ces dernières vacillent, que reste-t-il ?
"Cela faisait plus de  cinquante ans que son frère versait des larmes, et autant de temps qu'elle ne le prenait pas au sérieux. Comme si elle avait toujours cru jouer une comédie et qu'elle se rendait subitement compte que, en réalité, c'était une tragédie".
L'épreuve vécue par Marcus et sa réadaptation sont symboliques. C'est le chemin vers une autre perception de la vie et de ce qu'elle apporte.Une voie vers le lâcher prise.
"Tout ce qui ne tue pas rend plus fort" (Nietzsche) illustre à propos ce récit pétri d'humanité, de contradictions, de bouleversements.

mercredi 18 octobre 2017

Le Chat qui venait du ciel, Hiraide Takashi


A travers les liens qui se tissent entre un jeune couple et un chat c'est toute la beauté et la poésie de l'univers littéraire de l'auteur qui resplendissent.


Lorsqu'ils ont emménagé dans le pavillon d'une ancienne demeure entouré par un jardin luxuriant, le jeune couple a tout de suite décidé de prendre du temps afin de profiter au mieux de leur nouveau logis. C'est que cet écrin de verdure niché au cœur de la grande ville est une denrée rare, et même si le couple de vieux propriétaires ne veulent pas d'animaux domestiques, il n'a pas pu empêcher les chats du quartier de faire  du lieu un terrain de jeux.

Très vite, nos jeunes gens ont vu aller et venir un jeune chat au collier rouge et à la robe couleur de lune. La clochette qui y est suspendue annonce son arrivée. Il semble appartenir aux voisins de l'autre côté de l'allée, mais il prend très vite ses habitudes, si bien que la jeune femme lui donne un nom : Chibi.
"Je savais que les chats n'abandonnent leur cœur qu'à leur maître, révèlent leur splendeur qu'à lui seul".
Chibi est comme les pattes de chat ou le félin dessiné par Qu Lan dans le roman : il apparaît et disparaît quand bon lui semble, prend ses aises avec ses maîtres d'un moment, mais ne se laisse jamais vraiment approcher. Il se fond dans la végétation et l'observer dans ses pérégrinations dans les hautes herbes fait partie des loisirs du couple.
"Quand le portillon qui conduisait au jardinet n'était pas fermé, il avait pris l'habitude de jeter un coup d’œil dans la maison, à l'aller et au retour. Pas la moindre trace de contrainte à l'égard des êtres humains. Cependant, était-ce un trait de son caractère, une grande méfiance le faisait nous observer tranquillement, la queue bien droite, sans s'aventurer dans la maison. Dès qu'on tentait de le prendre dans ses bras, il fuyait avec la rapidité de l'éclair".
Chibi a très bien compris  que la paix et l'harmonie règnent dans la propriété, c'est pourquoi il devient très vite "le maître du jardin". Même les jeunes gens sentent un changement en eux.
"Loin de moi l'idée d'utiliser à dessein le mot de 'Fortune', mais à mesure que le petit chat des voisins nous rendait des visites de plus en plus régulières, j'ai compris qu'il y avait des choses qu'il était impossible d'exprimer d'une autre manière".

Or, un soir, il oublie de rendre visite au jeune couple.

Le Chat qui venait du ciel est une parenthèse poétique. L'auteur prend son temps, et à travers la narration du jeune homme, explique qu'il faut profiter pleinement de ce qui s'offre à nous. Chibi est celui qui apporte la sérénité au point que ceux qui le côtoient ne veulent plus le quitter. Le jardin de la propriété est une enclave enchantée et enchanteresse où les animaux et insectes qui y foisonnent n'ont pas peur de l'Homme.
"Chibi restait imperturbable. Sur son visage impassible, on lisait son désintérêt pour le monde des humains, seuls les étoiles et le monde animal et végétal pouvaient l'intéresser. Ses oreilles pointues semblaient écouter un courant qui s'infiltrait uniformément à travers un interstice qu'il ne nous était pas donné de voir".
Cependant, les parenthèses ne sont jamais éternelles et la vie avec ses soucis nous rattrapent. Alors, grâce à sa rencontre avec le chat, le couple appréhende plus sereinement l'avenir et les décisions délicates à prendre. Et de toute façon, on ne quitte pas vraiment un lieu où on y a trouvé la joie et l'amour ; il reste à jamais dans notre cœur.

Ed. Philippe Picquier, octobre 2017 (réédition), traduit du japonais par Elizabeth Suetsugu, 131 pages, 13€
Illustrations de QU Lan
Titre original : Neko no kyaku

lundi 16 octobre 2017

C'en est fini de moi, Alfred Hayes

Ed. Gallimard, octobre 2017, traduit de l’anglais (USA) par Agnès Desarthe, 208 pages, 17€
Titre original : The End of me

A travers les pérégrinations d'Asher dans un New-York qu'il redécouvre, Alfred Hayes sème le trouble en distillant le désir chez un homme à un tournant de sa vie.


L'homme qui rampe sous le buisson, loin de la fenêtre et qui se met à courir au début du roman, c'est Asher. Il fuit sa femme, l'amant de celle-ci, mais aussi sa vie.
"je n'ai rien détruit, alors que pendant que je faisais ma valise je sentais monter en moi une pulsion, étreinte par le sanglot, de tout saccager dans la maison (...) Après avoir terminé mes bagages, je n'ai rien fait de tout cela. A la place, j'ai parcouru la maison de fond en comble pour allumer toutes les lumières".
Cela fait longtemps que le téléphone ne sonne plus, alors il vit de ses rentes de scénariste à succès. Comme plus rien ne le retient - même plus le sourire pincé de son épouse - Asher retourne sur New-York, la ville où tout a commencé.

En rendant visite à sa vieille tante, il promet de donner des conseils à son neveu Michael, apprenti écrivain. Ce dernier est imbus de lui-même, prend les gens de haut, et a la certitude que Asher est un looser même s'il est riche. Si Asher ne lui dit pas tout de suite ce qu'il pense de sa poésie, c'est qu'il est attiré par Aurora d'Amore, la petite amie de Michael, étudiante en droit et carrément plus sociable. Aux yeux du cinquantenaire qui ne croit plus en l'amour, elle incarne le désir, la tentation. Pour elle, il décide d'embaucher son neveu : il le paye pour l'accompagner dans ses pérégrinations dans les rues de New-York. A lui de l'écouter et de retenir les souvenirs et les anecdotes de Asher.
"Peut-être voulais-je, sans vraiment me l'avouer, que ce garçon s'attache à moi d'une façon ou d'une autre. Que s'établisse entre nous une connexion d'un certain genre".
Michael accepte - il aime trop l'argent - mais dédaigne les conseils de son oncle. Le sachant attiré par Aurora, il demande à sa fiancée de profiter de lui pour mieux le rendre dépendant.
Or Asher n'est plus un homme dupe, et il sent d'emblée que ce couple mal assorti est toxique.
"Nous nous retrouvions, nous nous séparions, c'était tout. "
Néanmoins, ces deux jeunes gens lui permettent d'oublier un temps sa solitude et de se croire, pourquoi, pas, encore un homme attirant. Et puis New-York a tellement changé depuis sa jeunesse, au moins ils pourront le guider dans des lieux dont il ne soupçonne même pas l'existence.
"Je longeai ce qui avait été autrefois la Sixième Avenue et que l'on avait rebaptisé Avenue des Amériques. Je n'avais qu'à marcher lentement et, lentement, la ville viendrait à moi. Mais New-York ne vient jamais lentement à qui que ce soit. Ce n'est pas un paysage. Elle vient à vous simultanément. Elle existe continûment à la périphérie du regard.
Alfred Hayes a construit son roman autour d'un homme qui est à un tournant de sa vie. Sa femme le trompe, le monde dans lequel il évoluait n'a plus besoin de lui et lui tourne le dos, et la ville dans laquelle tout a commencé a changé. C'est l'histoire d'un homme qui a perdu ses illusions de jeunesse et revient sur les lieux où il les avait construites.
Michael et Aurora sont à la fois le couple providentiel et le duo incarnant tout ce qu'il exècre à présent : la superficialité, le mensonge, les certitudes. Pourtant, il se sent attiré par eux, imperceptiblement, tout en restant lucide sur cette attraction toxique mais si tentante.
Enfin que dire du quatrième personnage, la ville de New-York, avec ses quartiers laissés à l'abandon (Harlem), ses escaliers d'extérieurs, ses spectacles dans les caves, et sa population qui ne semble jamais dormir. Big Apple se renouvelle sans cesse et influe de l'espoir à un Asher vieillissant en proie au doute.

vendredi 13 octobre 2017

Un Été près du lac, Heather Young

Ed. Belfond, Collection Le Cercle, traduit de l'anglais (USA) par Carla Lavaste, 384 pages, 21.5 €
Titre original : The Lost girls



Premier roman qui ravira les amateurs(rices) d'histoire familiale entachée par un secret plombant et un drame non élucidé, sur plusieurs générations.

Quand Justine apprend par un avocat qu'elle vient d'hériter d'une maison au bord du lac et d'un compte en banque bien fourni, elle ne réfléchit  pas, fait ses bagages, et quitte avec ses deux filles la banlieue de Sans Diego pour sa nouvelle propriété dans le Minnesota. Qu'importe si le climat est radicalement différent et  qu'elle abandonne sans laisser d'adresse son nouveau petit ami, Patrick, un compagnon (trop) parfait à son goût.
Justine vient en fait d'hériter de Lucy, sa grand tante qui a toujours vécu au même endroit avec sa sœur Lilith et sa mère. D'elle, la jeune femme ne conserve qu'un souvenir d'enfance assez flou mais néanmoins heureux, c'est pourquoi elle désire que son nouveau logis soit le signe d'un nouveau départ avec Angela et Melanie ses deux filles pas toujours faciles avec elle. Fini les galères de fin de mois, le loyer à payer et attendre que Patrick veuille bien lui donner son argent de la semaine ! Elle veut profiter du dernier cadeau de Lucy pour enfin repartir du bon pied et oublier son ex-mari ainsi que son compagnon du moment.

Retour aux années 30 ; la maison près du lac était alors une maison de vacances pour la famille bourgeoise de Lucy . avec ses deux sœurs, Lilith et la petite dernière Emily, elles profitent des jours d'été, de leur mère, et des jeux avec les gamins qui habitent le lodge voisin, Abe et Arthur Miller. Leur père est souvent absent pour raisons professionnelles, mais quand il revient, on sent tout de suite qui dirige la maison ; les filles le craignent mais quand Lilith décide de lui tenir tête, il y a comme un vent de révolte qui se lève au dessus du chalet...
Soixante ans après, Lucy décide de raconter sous la forme d'un journal ce qui s'est passé ce dernier été au bord du lac, car un drame s'est joué qui depuis, n'a toujours pas été résolu. Coucher sur le papier ses souvenirs, c'est aussi une forme de confession car la vieille dame ne veut pas disparaître sans avoir tout révéler. Elle désire seulement que sa petite nièce Justine trouvera les notes lorsqu'elle sera dans la maison.
"Mais ce n'est pas aussi simple. J'ai des dettes. Des promesses à honorer. Et puis ces morts sans défense, aimés ou non, ne sont pas tous vertueux. Si je n'avais pas trouvé ce carnet, j'aurais sans aucun doute gardé le silence et laissé ma mort régler cette affaire. Ses pages blanches m'offrent un compromis que j'accepte avec soulagement, moi qui ai  si rarement eu le courage de faire des choix irrévocables".

Heather Young a visiblement mélangé les genres pour offrir un premier roman dont les actions se déroulent à soixante ans d'écart. Le polar flirte avec le drame familial avec une description en arrière plan du fonctionnement des familles bourgeoises américaines dans les années 30 : religion, poncifs sur la société, culture du secret ont permis à un drame de rester non résolu, alors que tous les éléments portaient à une résolution rapide de l'énigme. C'est pourquoi l'auteur a privilégié une ambiance lourde, très lourde, avec une exposition lente jusqu'à la catastrophe. Dès lors, le lecteur d'Un Eté au bord du lac sent tout de suite que les apparences sont trompeuses et que le vernis de la famille parfaite va vite s'écailler. Quant aux aventures de Justine, elles servent de prétexte à une narration voulue entre deux époques ; c'est ce qui est sûrement la faiblesse de ce roman qui se lit finalement très facilement.

mercredi 11 octobre 2017

Le Passé, Tessa Hadley

Ed. Bourgois, septembre 2017, traduit de l'anglais par Aurélie Tronchet, 420 pages, 22 €
Titre original : The Past


Chez Tessa Hadley, les petites histoires du passé ont une incidence sur le présent et n'ont pas fini d'influencer les personnages.


Dès le début du roman, on pourrait se croire dans un roman britannique du dix-neuvième siècle : dans la chaleur de l'été, une fratrie se retrouve dans la vieille demeure familiale pour décider ou non de sa vente. Trois sœurs et un frère, des enfants, des adolescents, une nouvelle épouse réapprennent à se connaître, se découvrent, et tentent d'apprivoiser les petites manies de l'autre. Harriet est la seule célibataire, mais elle se plaît à passer des moments seule avec Pilar, la nouvelle épouse de son frère Roland, pour nager dans la piscine, en rivière, ou en bord de mer.
"Harriet hésita sur le bord avant de la rejoindre. Quand Pilar tituba dans le courant, qui était assez fort bien que l'eau ne leur montât qu'aux mollets, elle saisit le bras d'Harriet et s'y accrocha en riant ; Harriet tint bon, rassemblant ses forces pour soutenir Pilar. Le vacarme de la rivière les isolait de Roland".

Fran surveille de loin ses deux enfants Ivy  et Arthur qui explorent les alentours, notamment une vieille maison abandonnée où ils trouvent quelque chose d'effrayant. Roland tente d'avoir encore de l'influence sur sa fille Molly qui flirte avec le beau-fils de sa sœur Alice, Kasim, même s'il est bien trop occupé par sa nouvelle épouse la jeune argentine épousée en troisième noce.
Les micro scènes s’enchaînent, le temps semble s'écouler au ralenti pourtant, on se croirait dans une bulle temporelle, mais en filigrane on sent la tension croissante entre la fratrie.
"Mais c'est précisément ce qui est si précieux ici, protesta Alice. On est déconnectés de l'extérieur. C'est un sanctuaire".
Ils se sont réuni pour prendre une décision mais chacun  ne prend pas le courage d'en parler. La demeure tombe en ruine, l'argent récupéré de la vente ne serait pas de trop, mais cette demeure contient tellement de souvenirs...

C'est pourquoi Tessa Hadley  consacre la seconde partie au passé en général, et au destin de Jill, la maman des quatre enfants, fille de pasteur (le propriétaire de la maison) et morte trop tôt. Femme à la personnalité complexe, elle incarne la vieille Angleterre qui regarde avec naïveté l'évolution de la société durant les années soixante. Alors que rien ne changeait chez elle, la vie londonienne n'est qu'une constante transformation pour cette jeune femme élevée en milieu rural. Et puis, comment protéger ses enfants quand on se sent seule à les éduquer à cause d'un mari (trop) volage ?
Ainsi le passé explique mieux le présent, notamment certains traits de caractères de Fran, Alice, Harriet et Roland. Les voiles se lèvent...
"Je trouve la vie assez terrifiante, pas toi ? Et je suis une telle froussarde. C'est sûr, je ne sais rien de tout ce que cela veut dire. C'est vrai, même les choses les plus banales me fichent la trouille : la tristesse du changement, vieillir, les opportunités ratées. Sans compter la façon horrible dont les choses évoluent - ce qui se passe avec l'environnement par exemple. Je sais que je te barbe quand j'ai la nostalgie d'avant, comme si tout était mieux par le passé. Ce n'était peut-être pas le cas".

Le Passé mêlent avec brio passé et présent, décortique les retrouvailles familiales à partir de petits riens qui, au bout du compte, ont leur importance. Rien n'est laissé au hasard.
On retrouve dans le style de l'auteur et le rythme de la narration ce qui a fait le succès des romans anglais dits "classiques" : le babillage continuel, les postures physiques qui expliquent tant, les regards, le tout dans un décor campagnard quasi intemporel. Cependant, l'ironie n'est jamais loin et le ressort de l'humour est souvent utilisé pour insister sur un trait de caractère.
Finalement, les fantaisies et les caprices de chacun ont un cheminement lourd de sens, le tout sous les yeux faussement désintéressés des enfants, et sous l'ombre tutélaire de la vieille maison du pasteur.

lundi 9 octobre 2017

Hillbilly Elegie, J.D. Vance

Ed. Globe (Ecole des Loisirs), septembre 2017, traduit de l'anglais (USA) par Vincent Raynaud, 488 pages, 22€

On pourrait dire que J.D Vance est un survivant, pourtant il n'a jamais été sur le front, et sa vie n'a jamais été vraiment en danger ; mais, il a grandi au sein d'une famille de Hillbilies, haute en couleurs.


Hillbilly Elégie est un témoignage essentiel sur la société contemporaine américaine. Pour nous, lecteurs français, sa lecture ressemble à celle d'un roman de science-fiction tant nos références sociétales et nos systèmes de valeurs diffèrent. Sur bien des exemples cités, on se croirait dans La Vie est un long fleuve tranquille, le film d'Etienne Chatiliez (1988), tant l'enfance et l'adolescence de l'auteur ressemble à une comédie de moeurs.
"Voilà la véritable histoire de ma vie et la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre. (...) Je veux qu'on sache quelle vie mène les plus pauvres et qu'on mesure l'impact de cette pauvreté, matérielle et spirituelle, sur leurs enfants. Je veux qu'on prenne conscience de ce que représente le rêve américain pour ma famille et moi. Qu'on se fasse une idée de l'ascension sociale et de ses effets".

On ne peut pas à proprement parler de roman, car Vance écrit bien sur sa vie, met en scène les membres de sa famille, et met en perspective ses souvenirs avec des études sociales sérieuses et des extraits d'essais politiques sur le sujet.
Car qui aurait pu croire que le petit garçon né des amours chaotiques d'une mère célibataire irresponsable, fille de hillbillies au verbe haut et à la vie rude, serait un jour diplômé de la Yale Law School ?
Tout ce qu'il est devenu, il le doit à ses grands-parents, surnommés affectueusement Papaw et Mamaw, "petits blancs" du Kentucky qui n'ont pas hésité à migrer dans les années cinquante vers l'Ohio et la Rust belt pour trouver du travail, s'isolant ainsi de leur famille et s'adaptant à une nouvelle vie totalement inconnue pour eux. Papaw et Mamaw ont des valeurs et les transmettent à leurs petits enfants même si les procédés laissent parfois à désirer. car J.D Vance a passé plus de temps chez eux que chez sa mère, grande instable et toxicomane à ses heures.
"Le spectacle de maman qui s'agitait et hurlait dans la rue fut le point culminant de toutes les choses que je n'avais pas vues venir".
Certes, il connaît son père, mais ce dernier s'est réfugié avec sa nouvelle famille dans la religion, et a fait désormais de sa vie un acte permanent de contrition.
Avec sa mère, le quotidien est fait de bagarres, de disputes, d'absentéisme scolaire. Avec sa sœur Lindsay, il apprend très vite à être autonome ; le refuge maternel n'est qu'une chimère qui n'hésite pas à l'abandonner sur le bord de la route quand la pression est trop forte.
"Je continuais à croire que [Lindsay]n'avait rien d'un enfant. Elle était au-dessus de ça, la 'seule vraie adulte de la maison', comme disait Papaw, et ma première protection, avant même Mamaw (...) Je dépendais si complètement d'elle que je voyais pas Lindsay telle qu'elle était : une jeune fille, pas encore assez grande pour conduire une voiture, mais qui devait déjà se battre, à la fois pour son petit frère et pour elle".
Alors quand il retrouve ses grands-parents, c'est le paradis. Cela lui permet aussi de rester en contact avec les autres membres de sa famille. sa jeunesse est forgée par les récits des uns et des autres, les vieilles histoires qu'on se transmet oralement et qu'on raconte aux plus jeunes même si elles sont remplies de violence. Pourtant, tous ces hommes et ces femmes connaissent la pauvreté au quotidien, mais ils  ont de l'amour à partager. Simplement, par moment, ils ont des réactions violentes, sursaut peut-être pour monter à ceux qui les entourent qu'ils sont là, qu'ils existent, qu'ils ne sont pas une quantité négligeable de l'Amérique.
"Des parents normaux de la classe moyenne ne saccagent pas un magasin parce qu'un vendeur s'est montré quelque peu malpoli avec leur fils. Mais sans doute n'est-ce pas le bon critère de comparaison à utiliser. Détruire des marchandise dans un magasin et menacer un vendeur étaient un comportement normal pour Mamaw et Papaw : c'est ce que font les Appalachien irlando-écossais quand les gens s'en prennent à leurs gosses".

Tout au long de son récit l'auteur tente de démontrer qu'on peut grandir dans une famille qui " grimpe vite dans les tours, prête à tuer le temps d'un putain battement de cœur", et aussi avoir des valeurs et un regard acéré sur la société. Car c'est cette dernière qui modèle sa population : chômage, toxicomanie, pauvreté, ne sont que des résultantes de l'évolution de la société et de la consommation. Avant, les centres-ville avaient fière allure, les magasins étaient florissants ; maintenant les volets fermés et les grilles pour empêcher les vols sont monnaie courante, témoignage de la désertification du travail et de la pauvreté, "un pâle reflet de l'âge d'or de l'Amérique industrielle".

J.D Vance est très lucide, parfaitement conscient qu'il a grandi dans une famille tumultueuse :
"Tel était le monde dans lequel je vivais : un monde de comportements parfaitement irrationnels".
Mais c'était le seul repère dans ses yeux d'enfant. Le lycée puis les Marine plus tard et l'université lui ont permis de forger ce qu'il est devenu aujourd'hui. Les graines plantées par ses grands-parents ont germé favorablement et ont construit l'homme qu'il est. Ils ont senti qu'il pouvait devenir "le transfuge", celui qui réussit sans être issu de la classe moyenne ou favorisé, et ce livre est un hommage qui leur est rendu, avant d'être une étude sociétale de l'Amérique.

vendredi 6 octobre 2017

La Passerelle, Lorrie Moore

Ed. Points Seuil, avril 2011, traduit de l'anglais (USA) par Laetitia Devaux, 416 pages, 7.60€
Titre original : A Gate at the Stairs

Quand Tassie décroche le job de nounou chez Sarah et Ed, elle croit avoir décroché le travail idéal d'étudiante : bien payé, famille modèle, et la petite Mary-Emma très facile à gérer. Sauf que...

... Au fil du temps, le tableau idyllique vieillit mal, se fissure même.

Tassie a gardé sa naïveté provinciale. Issue d'une famille d'agriculteurs du Midwest, elle est arrivée sur le campus de Troie avec euphorie  car elle découvrait les attraits de la ville dont elle ne soupçonnait même pas l'existence.
"Je venais du lycée de Dellacrosse ainsi que d'une petite ferme sur l'ancienne route de Perryville, et m'étais retrouvée dans la ville universitaire de Troie, l'Athènes du Midwest. J'étais comme sortie d'une grotte, telle l'enfant prêtre d'une tribu colombienne, celle que j'avais étudiée en anthropologie culturelle, un enfant devenu mystique après une enfance passée dans le noir et des récits pour seule expérience du monde extérieur".
Chez Ed et Sarah, ce sentiment de découverte a perduré longtemps. Bien que presque quinquagénaires, ils ont adopté une petite métisse et ont décidé de jongler entre leurs professions respectives - restauratrice et universitaire - et leur nouveau statut de parents. Assez ouverts, ils ont vite mis Tassie à l'aise et lui ont permis de prendre de l'assurance.
Les journées passées entre les cours et la petite Mary-Emma s'écoulent sans anicroche. Le bébé est d'un naturel facile à vivre, et a vite adopté la jeune femme. Pourtant, il n'est pas facile tous les jours d'arpenter les rues, victimes parfois de réactions bêtes et inappropriées des gens lorsqu'ils se rendent compte de la couleur de peau de Mary. Tassie affronte ces moment de racisme ordinaire avec aplomb, qu'elle associe parfois aux réunions des parents de métisses qui ont lieu chez ses patrons chaque mercredi.

Pourtant, peu à peu, le bas blesse. Tassie remarque des incohérences de propos et de comportements chez ces parents idéaux. Sa relation amoureuse avec un étudiant étranger lui donne un nouveau point de vue sur ce qui se passe autour d'elle. Et puis son frère qui veut soudain s'engager dans l'armée lui vaut une forme de stress qu'elle tente de juguler. Et puis un jour, Sarah se confie...

La Passerelle combine à la fois une histoire familiale douloureuse et les névroses de l'Amérique : la peur des djihadistes cachés, le racisme larvé ou ordinaire, le culte des apparences, la volonté parfois un peu précipitée de vouloir servir son pays dans l'armée
On est dans un roman post 11 septembre, les données ont changé, et au fin fond de l'Amérique, même si tout est identique en apparence, une fois qu'on gratte un peu, le vernis disparaît. Avec la fraîcheur de sa jeunesse, Tassie affronte tous ces changements. Elle y perdra sa naïveté et ses idées pré-conçues, mais y gagnera en maturité et en perspectives.
La Passerelle est une photographie du pays en un instant T sous couvert d'une intrigue familiale qui, au fil des pages, perd de son intérêt.

mercredi 4 octobre 2017

Le cœur battant de nos mères, Britt Bennett

Ed. Autrement, août 2017, traduit de l'anglais par Jean Esch, 370 pages, 20.90 €
Titre original : The Mothers


Autour du personnage central de Nadia et pendant une décennie entière, l'influence des mères : celles qui le sont, celles qui veulent le devenir, celles qui ne le sont plus, et celles qui ne le seront jamais.



A dix-sept ans, Nadia a fait de la fugue un art de la survie. Elle fuit un père rempli de chagrin depuis le suicide de son épouse, elle fuit l'incompréhension du geste de sa mère, elle fuit le Cénacle, église protestante fréquentée par les siens.
"Son père déposait sa tristesse sur un banc d'église, Nadia emportait la sienne dans des endroits où nul ne pouvait la voir".
Parmi ses refuges, les bras du fils du pasteur, Luke, dont la future brillante carrière de footballeur a été réduite à néant après une blessure grave au genou.
Depuis qu'elle a été acceptée à l'université du Michigan, Nadia sait que ses jours d'errance à Oceanside, petite ville de la banlieue de San Diego, sont comptés. Elle espère que les milliers de kilomètres entre les deux lieux tairont sa culpabilité lancinante au sujet du geste de sa mère. Pourquoi cette dernière a abandonné une fille unique et un mari aimant en se mettant une balle dans la tête ? Nadia se persuade que si elle n'avait pas existé, sa mère aurait eu une autre vie et aurait pu entreprendre les études dont elle rêvait. Elle EST l'erreur de sa mère, croit-elle.
« Si ma mère s’était débarrassée de moi, est-ce qu’elle serait toujours en vie ? Peut-être qu’elle aurait été plus heureuse. Peut-être qu’elle aurait pu avoir une vraie vie".

Pour compliquer le tout, Nadia se rend compte qu'elle est enceinte de Luke. Ce dernier participe financièrement à l'avortement mais est aux abonnés absents quand il s'agit d'épauler la jeune fille. Au-delà de l'opération douloureuse, Nadia souffre : sera-t-elle mère un jour ? A-t-elle mis fin à une histoire possible à trois avec Luke et le Bébé ? N'est-elle qu'une égoïste ?
"Elle était censée savoir qu’une seule erreur suffirait à la priver d’avenir. Elle avait connu des filles enceintes. Elle les avait vues se dandiner au lycée, vêtues de débardeurs moulants et de sweat-shirts tendus par leur ventre. Elle ne voyait jamais les garçons qui les avaient mises dans cet état – leurs noms étaient enveloppés de mystère, aussi nébuleux que la rumeur elle-même –, mais elle ne pouvait ignorer ces filles, énormes et rayonnantes devant elle. Plus que n’importe qui, elle aurait dû savoir à quoi s’en tenir. Elle-même avait été l’erreur de sa mère".
De toute façon, elle sent qu'elle n'a pas plus sa place au sein de la communauté religieuse ; les mères du Cénacle l'observent d'un sale œil, quant aux parents de Luke, ils balancent entre l'intérêt forcé et un rejet à son égard. Robert Turner, son père, s'accroche à la religion. A défaut de trouver les mots pour dialoguer avec sa fille, il se refuge dans la prière et la certitude que Nadia prendra de toute façon les bonnes décisions concernant son avenir.
"[Son père] pleurait de manière virile, mais il pleurait, et pour la première fois de sa vie Nadia s’était demandé si elle n’était pas plus forte que lui.Une blessure intérieure devait rester à l’intérieur".
Forcément, il ne sait rien à propos de l'avortement.

Nadia est l'antithèse d'Aubrey, la protégée de l'épouse du pasteur. Aubrey a frappé à la porte du Cénacle pour y trouver le salut et oublier une enfance douloureuse avec une mère effacé et un beau-père incestueux. Réfugiée chez sa sœur Mo, elle se reconstruit et paraît aux yeux de tous comme la jeune femme idéale à marier. Aux yeux de Nadia, Aubrey incarne celle qui est partie, et malgré leurs différences, elles entament une amitié profonde que même la distance ne réussira pas à mettre un terme.
"Elle comprenait encore moins Aubrey. Qu’est-ce que ça faisait, se demandait-elle, d’être celle qui était partie" ? 

Dans le Michigan, Nadia apprend à vivre loin de Oceanside et apprivoise sa culpabilité et ses rancœurs passés.
"L’avortement prenait peut-être un autre aspect quand c’était juste un sujet intéressant pour un article ou un débat autour d’un verre, quand vous n’imaginiez pas que cela pouvait vous atteindre".
Elle évolue différemment, protège son indépendance acquise depuis le décès de sa mère, et observe de loin les rumeurs qui secouent la communauté noire de la petite ville, jusqu'à son retour obligé .
"Nadia sentait que les strates du passé se décollaient ; elle retournait lentement dans son ancienne vie".
Nadia est un personnage fort, blessé, qui avance malgré les malheurs de sa vie. Au fil du temps, elle tente d'accepter le geste désespéré de sa mère, et le prend comme un dernier "cadeau" de sa part : le malheur lui a appris à être forte. Cette force arrachée du chagrin et de la stupeur existe-t-elle différemment chez Luke, élevé par une mère limite castratrice et obnubilée par l'image, ou chez Aubrey, abandonnée par sa mère qui lui a préféré un homme incestueux ?
Quand Aubrey essaiera désespérément d'avoir un enfant, Nadia se demandera si elle aurait été une bonne mère avec Bébé si elle l'avait gardé. Ainsi, le poids de la culpabilité est protéiforme, ancré en elle.
Britt Bennett a écrit un roman brillant sur l'être et le paraître. Le cœur battant de nos mères, symbolisé par le chœur des vieilles femmes du Cénacle qui prend la parole en début de nombreux chapitres, rappelle à quel point la condition de femme n'est pas facile quant il s'agit de défendre farouchement son indépendance. Il faut sacrifier une partie de soi pour exister et avancer dans la vie.
Le Cœur battant de nos mères fait battre le cœur de ses lecteurs grâce à des personnages secondaires forts obligés de se reconstruire trop tôt en tentant malgré tout d'être des gens de bien.

lundi 2 octobre 2017

A Malin malin et demi, Richard Russo

Ed. La Tbale Ronde, collection Quai Voltaire, traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, août 2017, 624 pages, 24 €
Titre original : Everybody's Fool

Les personnages de Richard Russo sont humains, trop humains peut-être et sont intimement persuadés qu'ils sont la risée de tous (d'où le titre anglais) puisqu'ils se croient transparents...


A Malin malin et demi pourrait être un roman plombant sur la vieillesse, les si j'avais su ou j'aurais dû, mais en bon pathologiste du cœur, Richard Russo rend ses personnages attachants et vraisemblables. Au cœur de ce cortège, on retrouve Sully, l'(anti) héros de Un homme presque parfait (2002,10/18 pour l'édition poche). L'ancien type le plus malchanceux de North Bath est devenu l'homme le plus riche depuis qu'il a hérité de sa propriétaire qui le considérait comme son fils. A maintenant soixante-dix ans, Sully n'a pas changé d'un poil ses habitudes. Il traîne toujours dans les mêmes Diner, asticote gentiment les mêmes personnes, et traîne avec son ami Rub qui lui voue une amitié passionnée. Mais Sully est un homme malade qui sait qu'il n'en a plus pour longtemps. Alors, ces pages pourraient être son baroud d'honneur, mais l'auteur a préféré construire son roman en une suite de chapitres qui auraient très bien pu être le corps d'un recueil de nouvelles.
Dans ce contexte, on découvre d'autres "figures" locales tel le shérif Mayner dont l'épouse est morte d'un accident d'escalier alors qu'elle venait de lui annoncer son intention de le quitter, Jérôme, un flic monomaniaque et dépressif, Charice, une secrétaire grande gueule, ainsi que d'autres déjà rencontrés car ils gravitent dans le petit monde de Sully : son ex-maîtresse Ruth, son ami bègue Rub, son ex-patron obsédé Carl....

Le temps a passé. Chacun se demande s'il n'est pas trop tard de faire enfin le bon choix et changer de vie. Et tout bien considéré, ce n'est pas en restant dans la ville de North Bath que les choses changeront. De près comme de loin, c'est une bourgade sinistrée qui maintenant vit dans l'ombre de sa voisine bien plus attrayante et rayonnante. Au fil des pages, le lecteur a l'impression que North Bath rassemble tous les cas de la terre. Même le shérif  Raymer semble à l'image de sa ville : en perdition. Depuis que son épouse Becka "a dévalé l'escalier comme un slinky", ce quinquagénaire se déteste de plus en plus. Certes, elle ne l'aimait plus, mais il s'est persuadé qu'elle le quittait pour un autre. Car, comment un type comme lui avait pu de toute façon épouser une femme aussi sexy que Becka ?  Pour se punir, il a décidé de vivre dans un taudis et de vivre au jour le jour...

"Non. Elle avait trouvé un autre horizon, et maintenant, je ne saurai jamais qui c'était (...) Si je savais qui était cet horizon, peut-être que je saurais ce qui clochait chez moi, question horizon. Supposons que je rencontre quelqu'un d'autre. Comment éviter de refaire la même chose et de la perdre elle aussi ? "
Chez Richard Russo, le contexte et les lieux expliquent en partie les histoires des personnages. Et comme ces derniers sont incapables de faire une "auto-thérapie", alors c'est nous, en tant que lecteurs, de comprendre pourquoi ils agissent et résonnent de cette façon. Et l'intelligence de ce livre est que jamais le récit ne sombre dans le poncif ou le caricatural.

La seule faiblesse de A Malin malin et demi peut venir finalement de sa construction. Chaque chapitre peut se lire comme une anecdote (d'ailleurs le titre anticipe le contenu). Le roman est une suite de petites histoires qui, au cumul, permet d'appréhender le mieux possible chaque personnage. Et Sully est le centre de ce petit univers. Alors, comme le livre est imposant (plus de 600 pages) le procédé peut lasser, c'est pourquoi Richard Russo n'hésite pas à utiliser les ressorts de l'humour ; on sourit beaucoup en lisant chaque tranche de vie et on se dit que l'auteur a réussi son pari : parler de la vieillesse, des regrets et de la mort avec humour et bonne humeur.