Leur séparation, Sophie Lemp

Allary Editions, septembre 2017, 96 pages, 14,90 €



Sophie Lemp, auteure du très remarqué Le Fil (De Fallois, 2015), reste dans le registre intime en évoquant son vécu, et plus particulièrement le divorce de ses parents.

"Avant leur séparation, mes parents étaient simplement mes parents".

Sophie a  longtemps eu la certitude que le couple formé par ses parents était un roc et qu'elle ne ferait pas partie de ces enfants qu'on montre du doigt à l'école parce que leurs parents sont séparés. C'est quand elle voit le camion de déménagements devant chez elle que le mot séparation n'est plus simplement un mot mais aussi un fait ; désormais, elle se partagera entre deux êtres qu'il  faudra à nouveau  apprendre à connaître.
"Près de vingt-huit ans ont passé depuis ce samedi de janvier. Je me souviens de la silhouette de mères sur le trottoir, de son regard posé sur moi. Les sorties d'école étaient toujours très gaies, les enfants s'amusaient, les adultes bavardaient. Cette fois, il n'y a que ma mère et moi, je ne me souviens pas des autres".

Comment s'approprier un nouveau lieu, en l’occurrence sa chambre chez son père, un nouveau rythme, de nouvelles habitudes quand on a dix ans ? Fille unique, Sophie est seule pour appréhender son nouveau statut de fille de divorcés, et elle sent qu'elle n'a pas encore tous les mots pour exprimer ce qu'elle ressent.
Pourtant, chacun de leur côté, le père et la mère font de leur mieux pour que leur fille se sente bien, mais avec le temps et l'adolescence, Sophie exprime sa rage, sa colère d'avoir été, juge-t-elle, laissée de côté. Seul point positif de ce gâchis : les deux familles s'entendent et se côtoient encore, laissant à Sophie des moments de paix.
Quelques portes ont claqué certes, mais ce fut longtemps après la séparation ; Sophie est toujours restée soumise, emmagasinant comme elle peut les souvenirs et gardant pour elle les blessures de l'enfance. Sa grand-mère maternelle a bien ressenti son mal-être mais ne lui en a jamais parlé, préférant exprimer ses craintes dans ses carnets.
" [Ma grande-mère] est mon point d'ancrage, celle qui me rassemble".

C'est une femme adulte et mère de famille qui se souvient. Un passage devant l'ancien appartement familial, un séjour dans le studio-cabine à la mer, une conversation oubliée, ravivent des blessures encore mal cicatrisées. De toute façon, il n'y a que des adultes qui peuvent croire qu'un enfant vit bien la séparation de ses parents. C'est surtout un choc qui va mettre en place le manque de façon permanente et dans certains cas, peut aboutir à une forme de culpabilité.
Avec le recul, Sophie se souvient de la déliquescence du couple formé par ses parents. Silences, disputes, joues qui se dérobent au baiser, corps qui se dérobent, autant de signes que l'amour et la complicité se sont envolés.

Les mots et les phrases sont simples, sans fioritures. L'auteure exprime sans fard ses souvenirs et ses émotions ressenties alors, si bien que le lecteur ne peut être que touché par la justesse et l'honnêteté du récit.
Sophie Lemp ne parle pas au nom de tous les enfants de divorcés, mais raconte son vécu, une manière pour elle de mettre du baume à ses cicatrices et de dire à ses frères et sœurs de misère : je vous comprends tellement. En filigrane, elle raconte aussi que, malgré tout, on peut grandir et construire une famille.

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