Il y avait des rivières infranchissables, Marc Villemain

Ed. Joelle Losfeld, octobre 2017, 152 pages, 14.50 €
Recueil de nouvelles

Premiers émois, premiers corps qui se cherchent, premières ruptures racontés à travers douze nouvelles au ton nostalgique et bienveillant, qui se recoupent en une treizième nouvelle en guise d'épilogue.

Ils sont adolescents, jouent aux grandes personnes, arpentent les rues en bicyclette ou en mobylette, mais sont encore friands de la barre de chocolat coincée dans du pain frais, doux rappel de leur enfance pas si éloignée que ça.
"Elle appelle tous les jours.
A peine rentré du collège, tout juste le temps de fourrer une barre de chocolat dans un morceau de pain frais et la voilà qui appelle. C'est vraiment lui qu'elle veut, c'est vraiment à lui qu'elle veut parler. Elle dit que lui, il sait écouter, ajoute parfois qu'il n'est pas un garçon comme les autres." 
Marc Villemain nous raconte de douces histoires d'amour enfantines, si vraisemblables parfois qu'on pourrait croire qu'elles ont été vécues, si bien que le lecteur se sent en territoire familier. 
"Il finit pas s'endormir entre les bras, les seins rêvés d'une fille à peau de cuivre rose et au cheveu sauvage et fauve - et c'est plus doux que mordre la chair blanche d'une pêche gorgée de jus."
Paysage urbain ou campagnard, vacances au bord de la rivière trop fraîche ou à la mer, chaque lieu est finalement propice aux premiers regards, aux premières paroles échangées, aux premiers baisers. De temps en temps, la violence n'est pas si éloignée ; elle prend l'apparence de frères brutaux ou d'un malaise qui tourne en drame. Chaque histoire permet aux deux protagonistes de grandir et de garder l'autre au fond de son cœur, même si le sentiment amoureux ne perdure pas.

Car il est question essentiellement d'amour ou plus précisément de la naissance du sentiment amoureux. La chaleur qui irradie le corps de celui ou celle qui observe l'autre illumine les pages. l'auteur use sans abuser d'un vocabulaire précis dans la description des premiers émois. Le lecteur a l'impression de lire des scènes de cinéma, des plans arrêtés qui se mettent en mouvement au rythme de la musique d'un bal, d'une promenade à deux ou d'une virée en mobylette.
Les dialogues sont succincts car les dialogues sont rares : on aime avec les yeux et le corps ...
" - On se retrouve dehors ?
  Le canal passe juste devant le lycée, longe la route en ligne droite sur quelques kilomètres. Assez large à cet endroit, impassible, presque austère, il est comme ces rivières du Sud que l'on croit infranchissables parce que quelque chose en elles, quelque chose d'un peu étrange ou inquiétant nous en fait deviner les fonds imprévisibles".
Marc Villemain, avec ce recueil de nouvelles, nous donne "la preuve qu'une passerelle est tendue au-dessus de la vie et qu'aucune rivière n'est jamais infranchissable." Ainsi, il faut oser aimer et se sentir aimé pour grandir et se sentir un homme.
"Il pouvait bien lorgner sur telle ou telle, la vérité est que son désir n'allait jamais vers aucune en particulier. Il les voulait toutes, n'en voulait aucune. Parfois, il se disait qu'il aimerait la première qui saurait l'aimer. Mais il n'aimait pas le penser, il trouvait ça déloyal, inélégant".

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