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Articles

Affichage des articles du novembre, 2017

Si un inconnu vous aborde, Laura Kasischke

Dans ce recueil de textes courts, Laura Kasischke déploie tout son talent déjà apprécié dans ses romans : celui de mettre en place le malaise, de suggérer l'indicible sans le confirmer, bref d'emballer notre imagination...
Méfions-nous ! Tout ce qui paraît à première vue normal ne l'est peut-être pas ! La normalité n'est qu'un miroir sans teint qui cache de douloureux secrets ou des comportements "border line".
Dans un Midwest englué de chaleur ou gelé, Laura Kasischke rentre dans l'intimité de personnes dont la vie va basculer. Ces gens pourraient être vous ou moi, et c'est ce qui rend ces nouvelles familières pour le lecteur.

« Ici, pas besoin de rappeler aux gens de s’occuper de leurs affaires. On pouvait bien agoniser sur la pelouse, ils étaient du genre à tirer poliment les rideaux pour ne pas nous offusquer en remarquant quoi que ce soit. C’était le genre de banlieue où, tous les dix ans environ, se produisait quelque chose d’abominable. Déco…

Au Paradis par la voie des eaux, Justin Cartwright

Nancy, la mère, incarnait l'équilibre. Elle était la confidente, le modèle, et le repère de la famille. Depuis qu'elle n'est plus là, elle laisse les siens désemparés, chacun vivant différemment leur deuil. Ancien présentateur du journal télévisé maintenant à la retraite, David affronte son veuvage au quotidien, tout en s'étonnant qu'il n'est pas aussi dévorant qu'il le pressentait. C'est vrai qu'il avait l'habitude de vivre loin de Nancy, parti aux quatre coins de la planètes pour ses reportages, mais maintenant qu'elle n'est plus là, le manque est certes présent mais il arrive à le canaliser. Il a décidé de vivre plus sainement, et se jette à corps perdu dans le sport. L'exercice lui permet de trouver la quiétude, de se sentir "flotter sur une mer de tranquillité" , "Au paradis par la voie des eaux, se murmure-t-il à lui-même". "Il lui est impossible d'avouer à Ed et à Lucy que leur père est à certains é…

FRAGMENTS DE BD (14) Le Lendemain du monde, Xavier Coste et Olivier Cotte

Et si le monde retournait à l'âge de pierre, enfin le monde sans électricité,  sans ordinateur, sans tout ce qui fait que nous sommes connectés ?
La civilisation se meurt ou plutôt se réorganise depuis que les IAs - entendez par là les Intelligences Artificielles - ont décidé d'être autonomes. Nous ne sommes pas dans un scénario type Terminator, car les recherches scientifiques pensent qu'une intelligence humaine est derrière ce processus, et que cet homme (ou cette femme) se cache au fin fond de l'Afrique.

James Graham Keran est un vétéran de l'armée. A cause d'une bourde des IAs utilisées sur le front, il a perdu ses hommes et un œil. Depuis, il préfère rester loin des ordinateurs et de la cybernétique, ce qui lui a valu sa rupture avec la femme de sa vie, une programmatrice. Contacté par les services secrets, il doit enquêter en solitaire sur le projet C.H.U.R.C.H responsable, selon les sources, de l'apocalypse en marche.

Pour rejoindre la source, James …

REGARDS CROISES (30) La Fonte des glaces, Joël Baqué

Ed. P.O.L, août 2017, 288 pages, 17€


Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini 
Quelle plume ! Joël Baqué nous livre le destin incroyable de Louis,  veuf et boucher à la retraite qui, un jour, se laisse tenter par un manchot empereur empaillé lui faisant de l’œil à une brocante.
"Ces évocations d’une terre lointaine ne furent sans
doute pas étrangères au fabuleux destin de Louis
que certains, après sa mort, n’hésitèrent pas à surnommer Saint-Louis, le représentant assis sous un
bananier, vieux sage au regard fatigué. Aujourd’hui
encore ses biographes se disputent sur l’importance
qu’il convient d’accorder à l’influence maternelle
dans l’extraordinaire destin qui fut le sien et auquel,
comme son père, il n’aurait jamais pu croire"
Depuis l'enfance, la vie de Louis est lisse, sans surprise ni accroc. Certes, il n'a pas eu la chance de connaître son père, piétiné par un éléphant en colère, mais sa mère a fait en sorte qu'il devienne un homme…

L'Eté de Katya, Trevanian

Récit d'un amour malheureux durant le dernier été avant la Grande Guerre, L'été de Katya est aussi un thriller psychologique qui amène inexorablement le lecteur vers un épilogue dramatique. Jean-Marc Montjean est revenu sur Salies, petit village du Pays Basque d'où il est originaire, après avoir fait ses armes à Paris en tant que médecin. Il assiste le docteur Gros, figure locale et coureur patenté. A Salies tout le monde se connaît, et les rumeurs vont toujours bon train. Depuis quelques temps, la famille Treville est venue emménager à Etcheverria, une propriété quasiment à l'abandon. On sait peu de choses d'eux sinon qu'ils sont très discrets.
"Ce premier coup d’œil, par-dessous mon canotier, fut distrait et rapide, et je replongeai dans mes pensées. Sauf que, presque immédiatement, mon regard fut de nouveau attiré."
Lors d'un après midi à révasser, Jean-Marc croise une ravissante jeune fille qui lui demande de l'aide : son frère est tombé en…

Birthday Girl, Haruki Murakami

La nouvelle, parue une première fois en 2008 dans le recueil Saules aveugles, femme endormie (Belfond, traduction Hélène Morita) raconte l'étrange anniversaire de la narratrice, le jour de ses vingt ans.

Vingt ans, c'est un cap, c'est le basculement vers l'âge adulte, la fin de l'adolescence. La narratrice l'a bien compris, et pour éviter de trop penser, elle a décidé de faire de son jour d'anniversaire un jour comme les autres. Au lieu de prendre une journée de congé, elle préfère effectuer son travail de serveuse, comme les autres jours de l'année.
Dans le restaurant italien où elle travaille, elle fait maintenant partie des murs, et elle sait comment faire pour ne pas attirer les foudres de son patron. L'ambiance n'est pas des plus géniales, mais au moins on la laisse tranquille ; n'empêche il y flotte comme une atmosphère empreinte d'étrangeté, symbolisée par celle qui trône à la caisse :
"On murmurait qu'elle siégeait là san…

Heather, par dessus-tout, Matthew Weiner

Ed. Gallimard, novembre 2017, collection Du Monde Entier,  traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 144 pages, 14.50 €
Titre original : Heather, the totality


Le créateur de la série culte Mad Men raconte dans ce premier roman toute la difficulté de la parentalité masculine dans une Amérique où les rapports de classes se creusent inexorablement.

Depuis la naissance de leur fille Heather, la vie de Mark est un long combat silencieux pour préserver sa place au sein de la famille qu'il a fondée avec Karen. Pour cette dernière, Heather est devenue le centre de tout, au point de mettre de côté sa vie d'épouse.
"En fait, à la seconde où sa fille était née, Karen avait su qu'elle lui consacrerait tout son temps et toute son attention, et ce aussi longtemps qu'elle le pourrait". Elle veut être une mère parfaite, et à défaut d'avoir des amies, veut que les autres femmes à la sortie de l'école la ressentent comme telle. Chacun de leur côté, leur existence …

Après et avant dieu, Octavio Escobar Giraldo

Ed. Actes Sud, novembre 2017, traduit de l'espagnol (Colombie) par Anne Proenza, 224 pages, 19.8 €
Titre original : Despuès et antes de Dios


A partir d'un fait divers réel, l'auteur invente la fuite de la narratrice matricide, pétrie de religion et remplie de désirs coupables.
La narratrice - jamais nommée- est la fille unique d'une grosse famille de la ville de Manizales située au cœur des Andes colombiennes. Avocate et propriétaire d'une agence immobilière, elle vient d'être la victime de l'escroquerie d'un de ses amis, prêtre de son état. Les pertes financières sont très grandes et elle ne peut compter que sur sa mère, figure locale de la bourgeoisie catholique.
Même si, comme sa famille, la narratrice est pétrie de religion, elle n'hésite pas à commettre un matricide pour pouvoir sortir la tête hors de l'eau. Mais Dieu lui pardonnera-t-il son geste criminel ?
"Nous priâmes des heures, murmurant à peine, les yeux fermés, pénétrées. L'e…

Il y avait des rivières infranchissables, Marc Villemain

Ed. Joelle Losfeld, octobre 2017, 152 pages, 14.50 €
Recueil de nouvelles

Premiers émois, premiers corps qui se cherchent, premières ruptures racontés à travers douze nouvelles au ton nostalgique et bienveillant, qui se recoupent en une treizième nouvelle en guise d'épilogue. Ils sont adolescents, jouent aux grandes personnes, arpentent les rues en bicyclette ou en mobylette, mais sont encore friands de la barre de chocolat coincée dans du pain frais, doux rappel de leur enfance pas si éloignée que ça. "Elle appelle tous les jours.A peine rentré du collège, tout juste le temps de fourrer une barre de chocolat dans un morceau de pain frais et la voilà qui appelle. C'est vraiment lui qu'elle veut, c'est vraiment à lui qu'elle veut parler. Elle dit que lui, il sait écouter, ajoute parfois qu'il n'est pas un garçon comme les autres." Marc Villemain nous raconte de douces histoires d'amour enfantines, si vraisemblables parfois qu'on pourrait croi…

RUE DES ALBUMS (133) A Pas de loup, Christine Schneider et Hervé Pinel

Ed. Seuil Jeunesse, septembre 2017, 48 pages, 13.50 €

La nuit, dans la maison des grands-parents, deux enfants décident de se lever pour se rendre jusqu'à la cuisine...
Ce qui frappe tout de suite dans cet album ce sont les illustrations, remplies de détails trompeurs, le tout dans une tonalité sombre. Elles m'ont fait tout de suite penser à celles de Chris Van Allsburg car les traits sont doux et tendres alors qu'elles dégagent une atmosphère inquiétante.

Justement, la maison des grands-parents semble être un labyrinthe immense que les enfants empruntent pour enfin parvenir à la cuisine afin de combler une petite faim. Claire et Louis tentent d'être le plus discret possible, mais la nuit le simple bruit résonne...
Alors Mamie Hortense qui lit dans son lit ne s'inquiète pas outre mesure, ni Papi Hector d'ailleurs, simplement parce que dans la maison vit aussi une véritable ménagerie qui prend ses aises à la nuit tombée. Entre Grangrogris l'éléphant qui se re…

Au Soleil couchant, Hwang Sok-Yong,

Ed. Philippe Picquier, octobre 2017, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, 168 pages, 17.50 €
Titre original : Haejip muryeop

Au soleil couchant de sa vie, un homme qui a réussi, prend enfin le temps de revenir sur son passé grâce aux messages que lui envoient une femme qui l'a jadis aimé.
Park Minwoo est l'incarnation même de la réussite. Directeur d'une grande agence d'architecture, il a participé aux grands projets de constructions sur Séoul tout en se préservant de la corruption qui règne dans ce milieu. Côté vie personnelle, il est divorcé et sa fille est partie vivre en Amérique, mais il garde des contacts avec les deux femmes de sa vie.
"Avec le temps, on filtre les choses, on les déforme, on les rejette. Et même la petite quantité qu'on garde finit par rester enfermée dans le grenier de la mémoire, comme autant d'objets vétustes et sans utilité". Un jour, alors qu'il se rend au chevet d'un ami d'enfance dans le coma…

Alma, J.M.G. Le Clézio

Ed. Gallimard, collection La Blanche, octobre 2017, 352 pages, 21€

A travers les voix de deux personnages unis sans le savoir par un lien commun, Le Clézio conclut sa trilogie sur l'île Maurice, paradis terrestre pour les uns, territoire abîmé pour les autres. Pour Jérémie Felsen, se rendre à Maurice était une évidence, puisque son père, originaire de l'île, n'en parlait jamais et n'a jamais vraiment répondu aux questions que son fils se posait. C'est l'occasion aussi de terminer sa thèse en allant sur les traces de l'animal emblématique de l'île, le Raphus Cucullatus, le dodo mauricien, dont l'extinction fut programmée dès l'arrivée des premiers marins sur les plages mauriciennes.
A Maurice, il y a Dodo, bien vivant lui, que tout le monde connaît et reconnaît avec sa gueule rongée et dévorée par la lèpre. En réalité, il s'appelle Dominique et il est le dernier descendant d'une grande famille qui a jadis donné naissance au domaine de l…

Billet d'humeur (23) Le jour où j'ai lu 100 pages de La Vérité sur l'Affaire Harry Québert de Joël Dicker

Cinq ans après la parution de ce roman d'un écrivain inconnu qui a raflé le Grand Prix de l'Académie Française et le Prix Goncourt des Lycéens, je profite d'un peu de temps pour enfin lire ce livre qui a tant marqué la rentrée littéraire de septembre 2012. Etant donné le pavé - plus de 700 pages - je m'étais donnée comme objectif d'en lire au moins 100 pour décider si oui ou non je continuais. Cette décision n'est pas anodine, car je me souviens de certains papiers plus que circonspects quant à la qualité du roman. Passons...
Au moins la quatrième de couverture est déjà réussie ; l'accroche aussi : elle promet thriller et étude sociétale le tout dans un milieu littéraire. Mais bon, moi quand je lis ça j'ai l'impression de lire une quatrième de couverture d'un roman de Dan Brown. Ce qui m'a agacée d'emblée c'est la suffisance du personnage principal, alias Marcus Goldman (un prénom romain + un nom qui signifie 'homme en or" q…