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Articles

Affichage des articles du octobre, 2017

L'obscure clarté de l'air, David Vann

Ed. Gallmeister, octobre 2017, traduit de l'anglais (USA) par Laura Derajinski, 261 pages, 23€
Titre original : Bright air Black

Médée sur la proue de l'Argo regarde au loin le navire de son père Eétès. Afin de le ralentir, elle jette à la mer des morceaux de son frère, car son père les récupérera pour lui offrir une sépulture décente. Elle n'a pas hésité au fratricide pour permettre à Jason de fuir avec la toison d'or.
"Le navire de son père dérive (...) Médée n'a plus de mots, plus de pensées. Elle a dénoué le monde, elle a tiré un fil vital, tout s'est détissé. (...) Sa tâche est de calculer prudemment, d'utiliser les morceaux de son frère avec parcimonie". Dès le début du roman, on sent que Médée est prête à tout par amour. Le pire ne lui fait pas peur, pourvu qu'elle arrive à ses fins.
"Tu es à moi, dit-elle dans une langue qu'ilne comprend pas. Par les étoiles d'antan tout là-haut et par les nouvelles étoiles d'en bas, je r…

Un Homme qui savait, Emmanuel Bove

Ed. La Table Ronde, collection La Petite Vermillon, 224 pages, 7.10 €


Écrivain connu et reconnu avant la seconde guerre mondiale, Emmanuel Bove est depuis tombé dans l'oubli. Un Homme qui savait raconte l'itinéraire psychologique complexe d'un homme sans qualités.

Après ses études de médecine et un mariage avec la fille d'un professeur connu et reconnu, Maurice Lescat avait toutes les cartes en main pour entamer une brillante carrière qui aurait fait de lui un homme riche et adulé. Mais c'était sans compter sur son caractère complexe et sa nature hypocondriaque qui, invariablement, lui ont fait prendre des décisions regrettables.
"Un petit retraité ! Même pas. Il n'avait plus de retraite. Qui la lui verserait ? Il n'avait jamais été dans l'administration. Il n'avait été nulle part. Il n'était pas non plus un petit rentier. Il n'avait pas de rente. Pourtant tout le monde croyait qu'il était un petit rentier. Il y avait de quoi se mettr…

Cette Lumière que je vois , Sofie Laguna

Ed. Actes Sud, octobre 2017, traduit de l'anglais (Australie) Par France Camus Pichon, 368 pages, 22.80€
Titre original : The Eye of The Sheep


A travers les yeux et le ressenti du petit Jimmy atteint de TED (Troubles Envahissants du Développement) c'est le récit d'une famille en souffrance.
Jimmy vit en symbiose avec sa mère Paula. Elle est son référent, son rempart. D'ailleurs n'a t-elle pas grossi jusqu'à ne plus pouvoir passer la porte depuis la naissance du petit ? Paula veille sur Jimmy, le comprend, et surtout garde patience quand les autres n'en ont plus. Car son petit garçon est différent : il est solitaire, répète les phrases, répond rarement aux questions qu'on lui pose, et adore tourner en rond dans le jardin en simulant une course. Le mot n'est jamais prononcé mais le lecteur comprend vite que le narrateur est atteint de TED. A défaut de vivre sa vie avec des émotions - il est incapable de pleurer - il enregistre ce qu'il vit à traver…

LE VILLAGE (6) Le Fléau

Depuis que la mairie a installé des caméras à des endroits stratégiques du Village, quelques uns se sentent pousser des ailes. La décision avait été prise en commission de sécurité pour endiguer le fléau de la jeunesse, car dans le Village chaque jeune est un délinquant potentiel. Grâce aux caméras, fini les rassemblements impromptus, fini les parties de foot improvisées, fini d’écouter de la musique sur le petit parking du cimetière ! Mais ce que le premier édile n’avait pas mesuré, c’est que certains de ses adjoints et de ses administrés prennent des initiatives. Donnez un peu de pouvoir à un imbécile et il se transforme en shérif. C’est ainsi que la voiture d’un des adjoints se transforma en voiture de police improvisée. A défaut du sigle Police Nationale, on trouve sur le pare- brise, bien en évidence, le macaron d’adjoint gros comme le poing. Impossible de dire à cette personne que ce signe extérieur de fonction ne sert à rien, elle vous répondra, « je suis adjoint, je suis la loi …

Ör, Audur Ava Olafsdottir

Ed. Zulma, octobre 2017, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, 240 pages, 19€


Dans la langue islandaise, ör est un mot neutre qui signifie cicatrice. Ce sont à la fois celles du corps, mais aussi celles faites à un pays ou un paysage modifié par la guerre ou les constructions. Depuis son divorce, Jonas a du mal a trouvé un sens à sa vie. Il a vendu son entreprise et rythme ses journées entre ses visites à sa mère et les conversations avec son voisin à qui il a demandé un fusil. Jonas a une fille, mais il ne veut pas l'inquiéter ; elle a vingt-six ans et elle a droit à une vie insouciante.
Jonas a tatoué un énorme nymphéa blanc sur son cœur - Nymphéa c'est le prénom de sa fille - ultime cicatrice qui vient accompagner les six autres de son corps. Il a un projet : comme il n'attend plus rien, il  veut en finir mais loin de chez lui, pour éviter aux siens de le retrouver mort.  "Je ne sais pas qui je suis. Je ne suis rien et je n'ai rien". Sans prév…

Frère et sœur, Esther Gerritsen

Ed. Albin Michel, collection Les Grandes Traductions, traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Emmanuèle Sandron, 169 pages, 15€
Titre original : Broer


Phénomène littéraire aux Pays-Bas, Frère et sœur décortique les relations entre un frère et une sœur quand le malheur de l'un vient perturber le confort de l'autre. Depuis qu'ils sont adultes, Olivia et Marcus ne sont plus très proches. Ce dernier n'est plus le protecteur de sa sœur, celui qui lui accordait l'attention que ses parents n'avaient pas le temps de lui prodiguer. "Elle l'avait abandonné dès qu'elle avait été assez grande". Alors qu'Olivia a un bon métier et a fondé une famille, Marcus est dilettante, et cela s'en ressent même sur sa santé. Parce qu'il n'a pas pris au sérieux son diabète, le voilà sur le point de perdre sa jambe.
Le roman commence au moment où Marcus est en salle d'opération ; il appelle sa sœur dont il n'a pas de nouvelles depuis au moins une ann…

Le Chat qui venait du ciel, Hiraide Takashi

Ed. Philippe Picquier, octobre 2017 (réédition), traduit du japonais par Elizabeth Suetsugu, 131 pages, 13€
Illustrations de QU Lan
Titre original : Neko no kyaku

A travers les liens qui se tissent entre un jeune couple et un chat c'est toute la beauté et la poésie de l'univers littéraire de l'auteur qui resplendissent.
Lorsqu'ils ont emménagé dans le pavillon d'une ancienne demeure entouré par un jardin luxuriant, le jeune couple a tout de suite décidé de prendre du temps afin de profiter au mieux de leur nouveau logis. C'est que cet écrin de verdure niché au cœur de la grande ville est une denrée rare, et même si le couple de vieux propriétaires ne veulent pas d'animaux domestiques, il n'a pas pu empêcher les chats du quartier de faire  du lieu un terrain de jeux.

Très vite, nos jeunes gens ont vu aller et venir un jeune chat au collier rouge et à la robe couleur de lune. La clochette qui y est suspendue annonce son arrivée. Il semble appartenir aux vo…

C'en est fini de moi, Alfred Hayes

Ed. Gallimard, octobre 2017, traduit de l’anglais (USA) par Agnès Desarthe, 208 pages, 17€
Titre original : The End of me

A travers les pérégrinations d'Asher dans un New-York qu'il redécouvre, Alfred Hayes sème le trouble en distillant le désir chez un homme à un tournant de sa vie.
L'homme qui rampe sous le buisson, loin de la fenêtre et qui se met à courir au début du roman, c'est Asher. Il fuit sa femme, l'amant de celle-ci, mais aussi sa vie.
"je n'ai rien détruit, alors que pendant que je faisais ma valise je sentais monter en moi une pulsion, étreinte par le sanglot, de tout saccager dans la maison (...) Après avoir terminé mes bagages, je n'ai rien fait de tout cela. A la place, j'ai parcouru la maison de fond en comble pour allumer toutes les lumières". Cela fait longtemps que le téléphone ne sonne plus, alors il vit de ses rentes de scénariste à succès. Comme plus rien ne le retient - même plus le sourire pincé de son épouse - Asher re…

Un Été près du lac, Heather Young

Ed. Belfond, Collection Le Cercle, traduit de l'anglais (USA) par Carla Lavaste, 384 pages, 21.5 €
Titre original : The Lost girls



Premier roman qui ravira les amateurs(rices) d'histoire familiale entachée par un secret plombant et un drame non élucidé, sur plusieurs générations. Quand Justine apprend par un avocat qu'elle vient d'hériter d'une maison au bord du lac et d'un compte en banque bien fourni, elle ne réfléchit  pas, fait ses bagages, et quitte avec ses deux filles la banlieue de Sans Diego pour sa nouvelle propriété dans le Minnesota. Qu'importe si le climat est radicalement différent et  qu'elle abandonne sans laisser d'adresse son nouveau petit ami, Patrick, un compagnon (trop) parfait à son goût. Justine vient en fait d'hériter de Lucy, sa grand tante qui a toujours vécu au même endroit avec sa sœur Lilith et sa mère. D'elle, la jeune femme ne conserve qu'un souvenir d'enfance assez flou mais néanmoins heureux, c'est…

Le Passé, Tessa Hadley

Ed. Bourgois, septembre 2017, traduit de l'anglais par Aurélie Tronchet, 420 pages, 22 €
Titre original : The Past


Chez Tessa Hadley, les petites histoires du passé ont une incidence sur le présent et n'ont pas fini d'influencer les personnages.
Dès le début du roman, on pourrait se croire dans un roman britannique du dix-neuvième siècle : dans la chaleur de l'été, une fratrie se retrouve dans la vieille demeure familiale pour décider ou non de sa vente. Trois sœurs et un frère, des enfants, des adolescents, une nouvelle épouse réapprennent à se connaître, se découvrent, et tentent d'apprivoiser les petites manies de l'autre. Harriet est la seule célibataire, mais elle se plaît à passer des moments seule avec Pilar, la nouvelle épouse de son frère Roland, pour nager dans la piscine, en rivière, ou en bord de mer.
"Harriet hésita sur le bord avant de la rejoindre. Quand Pilar tituba dans le courant, qui était assez fort bien que l'eau ne leur montât qu…

Hillbilly Elegie, J.D. Vance

Ed. Globe (Ecole des Loisirs), septembre 2017, traduit de l'anglais (USA) par Vincent Raynaud, 488 pages, 22€

On pourrait dire que J.D Vance est un survivant, pourtant il n'a jamais été sur le front, et sa vie n'a jamais été vraiment en danger ; mais, il a grandi au sein d'une famille de Hillbilies, haute en couleurs.
Hillbilly Elégie est un témoignage essentiel sur la société contemporaine américaine. Pour nous, lecteurs français, sa lecture ressemble à celle d'un roman de science-fiction tant nos références sociétales et nos systèmes de valeurs diffèrent. Sur bien des exemples cités, on se croirait dans La Vie est un long fleuve tranquille, le film d'Etienne Chatiliez (1988), tant l'enfance et l'adolescence de l'auteur ressemble à une comédie de moeurs.
"Voilà la véritable histoire de ma vie et la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre. (...) Je veux qu'on sache quelle vie mène les plus pauvres et qu'on mesure l'impact de cette…

La Passerelle, Lorrie Moore

Ed. Points Seuil, avril 2011, traduit de l'anglais (USA) par Laetitia Devaux, 416 pages, 7.60€
Titre original : A Gate at the Stairs

Quand Tassie décroche le job de nounou chez Sarah et Ed, elle croit avoir décroché le travail idéal d'étudiante : bien payé, famille modèle, et la petite Mary-Emma très facile à gérer. Sauf que...

... Au fil du temps, le tableau idyllique vieillit mal, se fissure même.

Tassie a gardé sa naïveté provinciale. Issue d'une famille d'agriculteurs du Midwest, elle est arrivée sur le campus de Troie avec euphorie  car elle découvrait les attraits de la ville dont elle ne soupçonnait même pas l'existence.
"Je venais du lycée de Dellacrosse ainsi que d'une petite ferme sur l'ancienne route de Perryville, et m'étais retrouvée dans la ville universitaire de Troie, l'Athènes du Midwest. J'étais comme sortie d'une grotte, telle l'enfant prêtre d'une tribu colombienne, celle que j'avais étudiée en anthropologie…

Le cœur battant de nos mères, Britt Bennett

Ed. Autrement, août 2017, traduit de l'anglais par Jean Esch, 370 pages, 20.90 €
Titre original : The Mothers


Autour du personnage central de Nadia et pendant une décennie entière, l'influence des mères : celles qui le sont, celles qui veulent le devenir, celles qui ne le sont plus, et celles qui ne le seront jamais.

A dix-sept ans, Nadia a fait de la fugue un art de la survie. Elle fuit un père rempli de chagrin depuis le suicide de son épouse, elle fuit l'incompréhension du geste de sa mère, elle fuit le Cénacle, église protestante fréquentée par les siens.
"Son père déposait sa tristesse sur un banc d'église, Nadia emportait la sienne dans des endroits où nul ne pouvait la voir". Parmi ses refuges, les bras du fils du pasteur, Luke, dont la future brillante carrière de footballeur a été réduite à néant après une blessure grave au genou.
Depuis qu'elle a été acceptée à l'université du Michigan, Nadia sait que ses jours d'errance à Oceanside, peti…

A Malin malin et demi, Richard Russo

Ed. La Tbale Ronde, collection Quai Voltaire, traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, août 2017, 624 pages, 24 €
Titre original : Everybody's Fool
Les personnages de Richard Russo sont humains, trop humains peut-être et sont intimement persuadés qu'ils sont la risée de tous (d'où le titre anglais) puisqu'ils se croient transparents...
A Malin malin et demi pourrait être un roman plombant sur la vieillesse, les si j'avais su ou j'aurais dû, mais en bon pathologiste du cœur, Richard Russo rend ses personnages attachants et vraisemblables. Au cœur de ce cortège, on retrouve Sully, l'(anti) héros de Un homme presque parfait (2002,10/18 pour l'édition poche). L'ancien type le plus malchanceux de North Bath est devenu l'homme le plus riche depuis qu'il a hérité de sa propriétaire qui le considérait comme son fils. A maintenant soixante-dix ans, Sully n'a pas changé d'un poil ses habitudes. Il traîne toujours dans les mêmes Diner, astic…