Les Inséparables, Stuart Nadler

Ed. Albin Michel, collection Les Grandes Traduction, mai 2017, traduit de l'anglais (USA) par Hélène Fournier, 416 pages, 22.50 euros.
Titre original : The Inseparables


Alors même que Henrietta Olyphant a autorisé la réédition des Inséparables, son roman érotique dont la première publication avait suscité engouement et débat, sa fille et sa petite-fille vivent des moments douloureux qui vont les rapprocher toutes les trois.


La vie d'Henrietta s'est arrêtée après la chute mortelle et stupide de son mari sur une des dalles de la propriété.
"Elle avait cru qu'il se relèverait. Tout simplement. J'ai cru qu'il se relèverait.
Après son décès, pendant des semaines, Henrietta s'était tenue devant la porte, matin et soir. L'immense champ, vide, blanc en hiver, du jaune de la gerbe d'or au printemps".
Depuis, elle se débat dans des ennuis d'argent qui ne pourront être résolus que si elle vend ses terres et se résout enfin à la republication de son unique roman, paru une première fois dans les années 60, et jugé sulfureux à l'époque. Les Inséparables doit sa gloire aux schémas dessinés par l'auteur et par la description des scènes érotiques. Cependant, Henrietta n'a jamais supporté cet engouement, et bien qu'elle soit une féministe convaincue et a enseigné pendant des années l'émancipation de la femme, elle n'arrive toujours pas à assumer la maternité de son livre.
Pourtant, sa fille et sa petite fille ne sont pas de cet avis. Oona, chirurgien orthopédiste, a rejoint sa mère au domicile depuis qu'elle a quitté enfin son mari Spencer. dont le principal défaut est d'être stone la plupart du temps et incapable de reprendre sa vie professionnelle en main. De plus, le couple doit faire face à un incident fâcheux : leur fille unique Lydia, interne au collège Hartwell, fait l'objet de harcèlements sur les réseaux sociaux depuis qu'une photo dénudée a été postée par son ex petit ami.

C'est ainsi que les trois femmes se retrouvent réunies à un moment charnière de leur existence. Et alors que les circonstances inviteraient les protagonistes à se renfermer sur leurs problèmes, Henrietta, Oona et Lydia vont apprendre à s'ouvrir à l'autre. Les tabous familiaux, leurs désirs, leurs contradictions vont ressortir ; et au milieu, l'ombre du défunt Harold, et du malheureux Spencer qui tente de maintenir sa place au sein de cette famille.

Le tour de force de ce roman psychologique vient du fait qu'il a été écrit par un homme, et qu'il est éminemment féminin dans sa dissection des émotions, dans sa psychologie des personnages et dans son rapport à l'autre, à savoir le partenaire masculin. Et ces derniers aimés ou détestés,  sont la ligne de crête, le fil ténu qui maintient le trio générationnel hors de l'eau.
De fait le rythme de la  narration est lent souvent concentrique car on en revient toujours aux mêmes problèmes. Malgré tout, chacun avance à petit pas, mûrit ou prend du recul, se redresse même pour enfin avoir le courage de s'autoriser un avenir.
Lydia qui jette son téléphone portable dans les toilettes, Oona qui s'aperçoit qu'avoir une aventure avec son thérapeute n'est pas une bonne chose, ou Henrietta qui accepte enfin d'incarner l'auteur sulfureuse des années 60, sont autant de tremplins vers une révolution interne qui leur permettront de passer à "autre chose".

Les Inséparables décrivent alors trois femmes qui sont à l'image de l'héroïne éponyme du roman : libérées, en accord avec elles-mêmes, et surtout indépendantes.


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