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Affichage des articles du juin, 2017

Le garçon incassable, Florence Seyvos

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Ed. Points Seuil, août 2014, 192 pages, 6.3 euros

Henri et Buster
Merci à Hélène Fournier, traductrice littéraire, de m'avoir conseillé la lecture de ce livre.
Roman ? Récit de vie? Là n'est pas l'important. On entre dans la lecture du Garçon incassable comme si on entendait la narration  de Florence Seyvos chuchotée derrière notre oreille, cet enchevêtrement de sa mémoire, de ses expériences.
Parce qu'elle désire écrire sur l'acteur Buster Keaton, "l'homme qui ne rit jamais", la narratrice se perd dans les rues d'un quartier huppé de Los Angeles. De cet homme en noir et blanc, on retient souvent le masque sérieux alors qu'il est un homme-projectile, désarticulé et pourtant incassable. Mais qui était-il vraiment? Perdue dans les méandres de sa mémoire, elle se souvient d'un autre homme incassable, son oncle Henri, "une vie pour rien" comme le disait sa grand-mère, parce qu'il n'était pas devenu comme les autres suite à un…

Trois frères, Peter Ackroyd

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Ed. Philippe Rey, traduit de l'anglais (GB) par Bernard Turle, janvier 2015, 288 pages, 19 euros.

"Enfin ma vie commence."
Un soir, au retour de l'école, Harry, Daniel et Sam ont vainement attendu le retour de leur mère Sally, en goûtant à la table de cuisine. Leur père, Philip Hanway, était déjà parti au travail comme gardien de nuit. Jamais ce dernier leur expliqua ce départ inattendu. C'était arrivé, voilà tout.
La fratrie, née le même jour à un an d'intervalle, grandit dans une maison triste et fit de l'absence maternelle, une force, une arrogance pour s'en sortir et quitter enfin le quartier de Crystal Street à Camden Town. Seul le petit dernier, Sam, sembla souffrir plus que les autres. D'un naturel doux et rêveur, l'école ne devint pas pour lui un tremplin vers la réussite, mais plutôt une obligation, considérant que la vie pouvait s'accomplir autrement que par la voie professionnelle.

La majorité et les études ont vite eu raison des…

Exergue (13)

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Décalé ou prophétique, l'exergue est la citation qui annonce le roman que vous allez lire.Et souvent, ce fragment littéraire est un petit bijou en soi...
Une promesse, Sorj Chalandon (Grasset/Livre de Poche)
Prix Médicis

Hippolyte Violeau était un homme de lettres d'origine bretonne.

Les Inséparables, Stuart Nadler

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Ed. Albin Michel, collection Les Grandes Traduction, mai 2017, traduit de l'anglais (USA) par Hélène Fournier, 416 pages, 22.50 euros.
Titre original : The Inseparables


Alors même que Henrietta Olyphant a autorisé la réédition des Inséparables, son roman érotique dont la première publication avait suscité engouement et débat, sa fille et sa petite-fille vivent des moments douloureux qui vont les rapprocher toutes les trois.
La vie d'Henrietta s'est arrêtée après la chute mortelle et stupide de son mari sur une des dalles de la propriété.
"Elle avait cru qu'il se relèverait. Tout simplement. J'ai cru qu'il se relèverait.Après son décès, pendant des semaines, Henrietta s'était tenue devant la porte, matin et soir. L'immense champ, vide, blanc en hiver, du jaune de la gerbe d'or au printemps". Depuis, elle se débat dans des ennuis d'argent qui ne pourront être résolus que si elle vend ses terres et se résout enfin à la republication de son …

La Fin de la guerre froide, Juan Trejo

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Ed. Actes Sud, traduit de l'espagnol par Amandine Py, mai 2017, 333 pages, 22.50 euros.


Des catastrophes sont venues jalonner notre monde, un instant T dans notre poursuite effrénée du bonheur dans une société de surconsommation et de plus en plus amnésique. Juan Trejo raconte l'histoire de trois personnages très différents mais qu'un de ces instants va rapprocher.

Dona, Tomas et Zheng ne se connaissent pas mais ce jour-là ils sont tous les trois à Barcelone.  L'américaine Dona est hôtesse de l'air en escale, et a rejoint un de ces amants réguliers. Zheng est chinoise et participe à un voyage d'agrément avec son mari organisé par la compagnie de ce dernier. Quant à Tomas il vit à cet endroit depuis toujours, et cette ville a permis à sa famille d'accéder à la grosse bourgeoisie.
En avril 1986, chacun a vécu différemment l'annonce de la catastrophe de Tchernobyl, et plus ou moins inconsciemment, celle-ci a eu des conséquences sur leur manière d'appréh…

Le Tour du monde du roi Zibeline, Jean-Christophe Rufin

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Ed. Gallimard, avril 2017, 384 pages, 20 euros.


Conteur hors pair, Jean-Christophe Rufin emmène son lecteur dans des lieux inconnus et incertains à la veille de la Révolution Française, avec une facilité déconcertante.
Encore un Rufin ! pourriez-vous vous étonner, tant l'auteur est prolifique même s'il n'en est pas au rythme légendaire de Joyce Carol Oates ! Cette fois-ci, Il revient à ses premiers amours, à savoir le roman à caractère historique, après avoir goûté à l'essai, et même au roman d'anticipation.
Le titre lui-même est une invitation au voyage puisqu'il nous parle de tour du monde et d'un personnage que le grand public ne connaît pas. Dès lors, va-t-on rentrer dans de la fiction pur ou dans la biographie romancée ? Les notes en fin de page et la quatrième de couverture précisent que l'histoire est authentique ; Rufin l'a romancée pour en faire un texte à deux voix (les deux protagonistes, en l'occurrence un couple) aux tons et aux sens…

Billet d'humeur (22) De la solitude du lecteur

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Si je devais résumer mon attitude face à la lecture, ce serait un tableau de Hopper de 1932, Room in New York, même si le sujet central de l'oeuvre semble être d'abord la solitude du couple. Je choisis de l’interpréter à ma façon en ne me focalisant que sur le personnage féminin. Sans prétention aucune, je me reconnais dans l'attitude de cette femme en robe rouge, qui tourne le dos à son époux en train de lire le journal, simplement pour pouvoir poser son livre (roman ?) et le lire en paix. Tourner le dos à l'autre est-ce aussi tourner le dos à la vie, au réel ? Car je reste intimement convaincue que la lecture est un acte profondément intime, un moment de communion entre le lecteur, le livre, et par extension l'écrivain. Et rien n'est plus difficile pour le lecteur que d'expliquer son plaisir de lire, et encore moins pour quelle raison telle ou telle oeuvre l'a chavirée. On sait mais on ne l'explique pas et parfois on ne se l'explique pas. Je …

Père inconnu, Patrick Denys

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Ed. Grasset, avril 2017, 240 pages, 19 euros.

Bâtard, mot trop fort, trop lourd, abject, pour désigner celle ou celui qui est né de père inconnu. Paul tente de comprendre l'origine de sa naissance, et à partir des maigres documents et de témoignages, il reconstitue peu à peu l'histoire d'amour entre sa mère Dorine et Ludovic, un capitaine. Nous sommes en Bretagne entre 1940 et 1943. D'autres mœurs, d'autres temps, mais surtout le temps de la guerre en général et de l'exode en particulier. Dorine ne souffre pas encore trop de la guerre, mais depuis que la Kommandantur s'est appropriée son bateau, elle se rend enfin compte que l'ennemi est là, que le pays est occupé. Pourtant son second mari est parti au combat, mais elle n'est pas pressée de le voir revenir. Car Dorine n'est pas une amoureuse : deux mariages de raison et trois filles, mais le cœur n'a pas encore chaviré.
Dorine veille sur son indépendance, sa liberté, ce qui lui vaut les foudr…

Un Dernier verre au bar sans nom, Don Carpenter

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Ed. 10/18, traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 480 pages, 8.40 euros.
Titre original : Fridays at Enrico's

Dans un entretien sur France Info,  l'auteur martiniquais Patrick Chamoiseau expliquait que l'écrivain était en lutte contre l'écriture. Justement, dans ce roman, Don Carpenter raconte ces écrivains qui ont mis l'écriture au centre de leur existence au point d'en devenir parfois l'esclave. Charlie est un écrivain en devenir, entendez par là qu'il travaille déjà un manuscrit et s'est fait remarqué pour sa finesse littéraire. Vétéran de la Guerre de Corée, il a pour projet d'écrire pas moins que le Moby Dick de la guerre, même s'il sait que le thème est éculé en littérature.
Jaime est une étudiante modèle, fille unique de parents qui l'ont élevée dans la petite bourgeoisie. Quand son père rentre un soir saoûl (encore une fois) et annonce qu'il a été viré de son emploi de journaliste, Jaime sent que sa petite vie bien t…

Des Vampires dans la citronneraie

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Ed. Albin Michel, mars 2017, traduit de l'anglais (USA) par Valérie Malfoy, 303 pages, 22 euros.
Titre original : Vampires in the lemon grove

De Karen Russel, je ne connaissais que son roman Swamplandia (Albin Michel, 2012) finaliste du Prix Pulitzer. Je découvre la nouvelliste avec une certaine délectation.

A travers huit nouvelles d'époques et de thèmes variés, l'auteur nous présente un univers littéraire où parfois le fantastique flirte avec le quotidien, et le fantasme avec la réalité.
Chez Karen Russel, les personnages sont à la fois atypiques et terriblement communs de par les travers qu'ils symbolisent. Un couple de vampires qui se nourrit de citrons à la place du sang se heurte à la routine de leur couple et la patine de leur amour.
"Nous avons eu soif à chaque endroit du globe avant de trouver notre oasis ici, dans la botte italienne, devant ce stand de citronnade. Seuls ces citrons nous apportent un soulagement". (Des Vampires dans la citronneraie) U…