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Imaginer la pluie, Santiago Pajares

Ed. Actes Sud, avril 2017, traduit de l'espagnol par Claude Bleton, 304 pages, 21 euros.
Titre original : La lluvia de Ionah

Ionah ne connaît que le modeste puits, le petit jardin, l'appentis qui l'abrite du soleil avec sa mère, et les milliers de dunes à l'horizon. Elle lui raconte parfois un autre monde, bien consciente qu'un jour il lui faudra le rejoindre.
"Désert, c'est ainsi qu'on l'appelait, m'avait dit ma mère (...) Car lui donner un nom revient à le circonscrire. Comme si certaines choses n'étaient pas le désert. J'essaie d'imaginer d'autres lieux, mais c'est impossible. Parfois les mots de mère n'ont pas de sens pour moi".

Quand Ionah a besoin de s'isoler, il s'assoit sur le toit de l'appentis et regarde les dunes. Ce n'est jamais le même paysage. Ces collines de sable sont mouvantes, changeantes, et empêchent de voir ce qu'il y a derrière. Car le petit garçon ne connait que cela. Quand il interroge sa mère sur le sujet, elle reste silencieuse ou répond de façon sibylline avec des mots qu'il ne comprend pas, car hormis ce qu'il entoure, il ne connaît pas les choses.
En grandissant Ionah est devenu un jeune homme qui a appris à chasser le lézard, économiser l'eau, devenir fort. A défaut de câlins et de douceur, sa mère lui a appris à se battre. Parce qu'elle sait qu'elle va mourir bientôt, elle décide de lui raconter le monde d'avant, celui qui a disparu à cause de la folie des hommes et dont elle a fui les vestiges en se réfugiant dans le désert. Ionah absorbe Ses confidences, bien conscient que lorsqu'elle va disparaître il lui faudra un jour quitter l'appentis.
"Elle me décrivit des choses étonnantes. Des instruments avec lesquels on pouvait créer des musiques, si belles qu'elles nous transportaient ailleurs sans changer de place. Des gens qui écrivaient sur du papier des histoires qui n'étaient arrivées que dans leur tête, un moyen pour eux de les partager (...) d'appareils qui pouvaient sillonner le ciel, bien au-dessus des bâtiments et des vols de tous les oiseaux, si bien qu'on voyait l'éternel désert comme une chose minuscule. Elle me parla si longtemps que parfois j'avais envie de lui crier de se taire, parce que j'avais du mal à supporter une telle beauté".

Cela fait des années maintenant qu'il vit dans le silence. Les dunes ont emporté le corps de celle qui lui a donné le jour. Ionah se sent prêt à affronter le sable, la chaleur, la soif. Or, sur le chemin, il sauve un homme à moitié mort et décide de l'emmener chez lui. Cette rencontre lui sera salutaire. Son nouvel ami, Chui, va lui transmettre les connaissances pour affronter le nouveau monde qui se trouve au-delà des dunes. Quand Chui disparaît, Ionah est prêt. Il part à l'aventure, traverse le désert, abandonne son appentis et son puits. Que va-t-il trouver au delà de la ligne d'horizon ?
"Je dépasse encore une dune, et la voilà. Tant d'eau. Tant de bleu. Tant de beauté que je peux à peine penser, noyé par ces dunes d'eau qui se poursuivent avant de mourir dans le sable".

Ionah a grandi dans la précarité où le superflu n'existe pas. Survivre est le maître mot. Mais au fil des chapitres qui n'excèdent jamais cinq pages, on peut se demander à quoi Ionah et sa mère veulent survivre. Elle est la survivante d'un monde qui n'existe plus, il est le dépositaire de souvenirs de ce monde ancien. Le jeune homme désire transformer certains de ces souvenirs en expériences personnelles : la pluie qui tombe, la mer à perte de vue, les avions dans le ciel, les arbres... Cependant, découvrir ces choses c'est aussi s'arracher à ce qui constitue son univers et accepter l'inconnu et le danger.
Imaginer la pluie est construit comme une fable. Santiago Pajares prend le temps de la narration. Chaque petite chose devient un événement. Chaque son inconnu se transforme en symphonie. Le récit est constamment dans la retenue, l'attente d'un événement qui fera basculer Ionah. La survie, il connaît ; il s'agit maintenant de vivre et tracer son destin.


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