Dans les eaux troubles, Neil Jordan

Ed. Joëlle Losfeld, avril 2017, traduit de l'anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paolini, 288 pages, 22 euros.
Titre original :The Drowned detective

De Neil Jordan, on retient surtout la réalisation de Entretien avec un vampire (1994), le film -un peu sanguinolent- de vampires avec Brad Pitt et Tom Cruise, adapté du roman de Anne Rice paru en 1976. Dans ce texte, point de créatures des ténèbres, mais un homme perdu, en proie à la jalousie et à une énigme, dans une ville de l'ex-république soviétique.

Qu'est donc devenue Petra, jeune fille de la campagne, blonde  sur un vieux cliché gardé religieusement par sa mère depuis sa disparition douze ans plus tôt ? Aucune nouvelle, aucune piste, aucune trace. Évanouie dans la nature ; un jour elle était là, auprès de ses parents, et le lendemain, plus personne. En dernier recours, le couple a décidé de consulter Gertrude une voyante, une connaissance de Jonathan le détective privé.
Gertrude sent que la jeune fille est enfermée quelque part, sans possibilité de fuite, et à partir de cette intuition, Jonathan décide d'entamer ses recherches.
"Ses cheveux blonds et ses yeux pleins d'espoir. Cette fille dont je ne savais absolument rien.
Parce que ce visage va me hanter éternellement si je ne le fais pas". 

Cette nouvelle enquête lui permet de penser à autre chose qu'à son couple. Depuis quelques temps, rongé par la jalousie, il s'est figé dans une posture de défiance vis à vis de sa femme Sarah. Même la thérapie de couple entamée ne lui permet pas de retrouver la confiance et sa place dans le couple. Seule leur fille Jenny fait tampon entre les deux.

En proie au doute, aux angoisses, il erre dans les rues de la ville qui se remplit de violences. Des individus aux cagoules de couleurs sèment le trouble et des barricades se forment. En passant le pont, il croise une jeune femme sur le point de sauter, et qui tombe devant lui dans le fleuve. Sans réfléchir il la sauve de la noyade. Commence alors une relation trouble avec cette jeune violoncelliste à fleur de peau, détruite par sa relation amoureuse avec son professeur de musique. Jonathan est guidé par sa musique - les suites au violoncelle de Bach - qu'elle joue et rejoue et dont les notes emplissent les ruelles de la ville. Lui, le grand jaloux, adopte une attitude semblable à celle de son épouse et qu'il déteste tant ...

"Certaines choses sont simplement trop étranges. Il faut les laisser dans le domaine du possible ou de l'imagination".

Dans les eaux troubles  n'est pas un polar mais en possède l'ambiance. L'enquête de Jonathan prend une tournure inattendue au point de prendre un virage fantastique, si bien que Neil Jordan lui-même commence à douter de la raison de son héros. Dès lors, la seconde partie du roman devient un peu confuse et s'empêtre dans une explication floue où Jenny, la fille de Jonathan, possède une clé de compréhension.

"Je voulais n'importe quoi d'autre que la peau dans laquelle il me fallait suivre".
Écrit comme pour être adapté au cinéma, ce roman mélange états d'âme, déboires conjugaux, disparition inquiétante, et apparitions étranges que la raison ne peut expliquer. On passe un bon moment de lecture mais qui aurait mérité un peu plus de rigueur dans l'exploitation de la trame.