la Ville : Les Ferrailleurs, 3, Edward Carey

Ed. Grasset, mars 2017, traduit de l'anglais (GB) par Alice Bellow, 576 pages, 23 euros.
Titre original : Iremonger, Lungdon


Point final d'une trilogie qualifiée de gothique, le tome 3 des Ferrailleurs reprend les ingrédients des deux précédents opus pour offrir une conclusion qui emmène le lecteur jusque Buckingham Palace.


Depuis que Fetidborough a disparu sous un océan de détritus, la famille Ferrayor se cache dans une villa londonienne, et ceux qui osent sortir doivent le faire le plus discrètement possible sous peine d'être reconnus et arrêtés par la police.
Dans la grande maison délabrée qui leur sert aujourd'hui de camp retranché, Clod est mis sous verrou par sa famille, soucieuse de garder auprès d'eux celui qui peut inverser la malédiction qui frappe les Ferrayor.
"Il étaient des centaines : des gens partout, tapis dans l'ombre, dressant le cou pour me voir, grinçant, se mouvant, se mouvant dans cette obscurité blafarde, se marchant les uns sur les autres telle une colonie de cafards, tous en vêtements sombres, huileux ou luisants de crasse, avec des têtes allongées ou aplaties, des faciès difformes, des yeux jaunes et terrifiés, des êtres qui, malgré leur aspect humain, semblaient factices".
Londres, qu'ils surnomment Londremor n'est pas bon pour les Ferrayor : les londoniens se transforment au fur et à mesure en objets isolés et inutiles. Seul Clod entend  leurs appels. Un Ferrayor sans son objet de naissance est un Ferrayor perdu...

Séparés dans le tome 2, Lucy Pennant, la petite amie de Clod a survécu au désastre de Fetidborough, et avec un groupe de survivants, tente de se trouver une place à l'abri dans la capitale. En fait, elle cherche surtout à rejoindre Clod qui, elle le sait bien, ne doit pas être bien entouré.

Commence alors dans les rues londoniennes une course contre la montre qui va emmener le lecteur jusqu'à la Reine Victoria herself...
"La mort nous attend si nous retournons sous terre, la mort également si nous restons ici dans les rues, et là-bas de l'autre côté du fleuve, la mort encore parmi les autres morts entassés dans la grande décharge en flammes. La mort partout donc"?
Edward Carey reprend ce qui a fait l'originalité du premier tome pour écrire La Ville et enfin conclure sa trilogie. Même s'il faut lire l'ensemble pour bien comprendre le fonctionnement de la famille Ferrayor, les tenant et les aboutissant, on a souvent l'impression de tourner en rond. Beaucoup de répétitions, d'apparitions de personnages fort intéressants (tel John Smith Inferrayor) qui disparaissent ensuite subitement sans aucune explication. le roman, lourd de ses 576 pages,  nous entraîne dans un labyrinthe urbain et narratif qui, plus d'une fois, embrouille le lecteur.
Il faut aborder la trilogie des Ferrailleurs comme l' ensemble artistique et littéraire d'une seule personne. On entre véritablement dans l'univers foisonnant de l'auteur et dans les méandres de son imagination.
" Imaginez ceci : il y a une rue dans Londres, Londres la plus grande ville du monde, cette métropole foisonnante, qui abrite plus d'âmes que n'importe quelle ville sur la planète, où tout le monde se pousse et se bouscule. Eh bien, dans cette ville surpeuplée il existe une rue vide, une rue morte, une rue déserte.
Comme si l'humanité s'achevait là.
Comme si Londres était devenu un musée, et qu'il n'y avait plus personne pour le visiter". 
Pour découvrir les deux premiers tomes  sur Fragments de lecture :

 Chronique du tome 1


Chronique du tome 2