A part ça (20) Un Fils parfait, Mathieu Menegaux

Ed. Grasset, février 2017, 240 pages, 17.50 euros.

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...


Inspirée d'une histoire vraie, Mathieu Ménégaux raconte le calvaire d'une mère qui veut que justice soit faite.


Un Fils parfait est un roman raconté à la première personne. Daphné, désormais loin de tout, vivant en cachette avec ses deux filles, écrit une longue lettre à sa belle-mère Elise pour lui raconter SA vérité.
Tout de suite, on sent que le dénouement de l'histoire entre Maxime et Daphné a été terrible. Pourtant, tout avait bien commencé pour les deux tourtereaux issus de bonnes familles bourgeoises. Maxime avait les traits de l'amant et du futur époux idéal, puis a endossé avec brio celui de père attentif et disponible. Cela tombait bien car Daphné voulait de nouveau prendre soin de sa carrière, et quand on est mère de deux enfants en bas âge, tout est toujours plus compliqué.
Entre les lignes, on sent que la parité en entreprise n'est qu'un mot, et surtout un vaste sujet.
Une fois la culpabilité passée, Daphné a pris l'habitude de s'absenter de la maison du lundi matin au jeudi soir, laissant ainsi Maxime tout gérer.
La famille s'habitue, la routine prend le dessus jusqu'à un soir où, alors que Maxime est parti voir un match de foot, l’aînée des deux filles se confie à sa mère.

Pas de mots, un vertige immense, le gouffre...

"J'ai embrassé ma fille encore une fois, je lui ai mis son doudou dans les bras, et j'ai fermé la porte de la chambre en lui disant bonne nuit ma chérie et à jeudi prochain, travaille bien. Je me suis raccrochée au quotidien, ces mots que l'on prononce mécaniquement, sans y penser, certains que nous sommes de vivre dans un monde protégé où l'enfance est sacrée."

Sauf que Maxime a du répondant, prépare sa défense, s'organise, devant une Daphné qui réagit avec ses tripes et son instinct, à son détriment.

Un Fils parfait est un récit parfois clinique des faits, la preuve que les abus aussi arrivent dans les bonnes familles. La machine judiciaire ne fait pas d'état d'âme, Daphné l'apprend à ses dépens.
Pas de place au doute, et on le comprend, de l'amour on passe au conflit inévitable, à celui qui utilisera au mieux l'art de la manipulation.

Pourtant écrit par un homme, ce roman est raconté à travers la voix et le pathos d'une femme bafouée qui cherche à justifier son comportement auprès de ceux qui l'ont salie.Il décrit avec finesse les tourments de Daphné, sa position face au drame, son écœurement, et sa volonté farouche d'être le dernier rempart de protection pour ses filles. Seul bémol, l'issue un brin rocambolesque de cette sale histoire, mais qui se justifie par la fiction.


Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat