RUE DES ALBUMS (127) D'entre les ogres, Gilles Baum et Thierry Dedieu

Ed. Seuil Jeunesse, janvier 2017, 40 pages, 15 euros.

Etre père c'est avoir une étincelle dans les yeux, et peu importe si celui qui vous a élevé est différent.

" Dans une chaumière loin de tout, l'ogre rejoint son ogresse.
  Grands sourires et dents dehors, c'est le plus beau jour de leur vie".

L'Ogre a ramené à la maison un couffin où pleurait un bébé tout blanc. Quelqu'un qui n'en voulait pas l'a abandonné au milieu de la forêt. Son arrivée est une aubaine car cela faisait deux cents ans que le couple essayait d'être parents.

"Ainsi commence l'histoire de Blanche, petite fille d'entre les ogres".
Blanche est élevée comme une princesse : elle ne mange pas comme ses parents, elle est habillée de soie, elle est reine chez elle. En grandissant, vient le tour des questions et surtout le Pourquoi ?
Mais les réponses ne viennent pas. Ce sont des ogres, elle est humaine, et ils ont pris soin de ne pas l'élever comme un monstre.

"Alors l'ogre et l'ogresse prennent une terrible décision. La seule possible (...)La mort dans l'âme l'ogre rend l'enfant. Aux siens, à ses semblables."

Ils adorent Blanche mais ne veulent pas que cette dernière continue de grandir sans réponses à ses questions. Peut-être qu'en la ramenant aux siens, elle trouvera ce qu'elle cherche. L'ogresse pleure beaucoup, l'ogre est incapable de se séparer de sa petite, même lorsque les hommes du village s'approchent et l'encerclent.
Maintenant l'ogre est ficelé, humilié. Seule Blanche peut encore sauver son père...


Cet album est un coup de poing et un coup de cœur. Certes, la couverture est froide, limite terrifiante, mais le contenu est d'une justesse et d'une beauté !
D'entre les ogres pose la question de "qu'est-ce être un père ?" En cela, se démarque le géniteur du père adoptif qui aime et qui protège. Peu importe s'il est laid, s'il est un monstre, s'il est différent, il est celui qui porte l'étincelle dans ses yeux quand il couve Blanche du regard.
L'épilogue est profondément intelligent, il amène le jeune lecteur à la réflexion, et pose les questions de tolérance et de bienveillance.
Les illustrations privilégient les couleurs sombres, le fusain, le trait rapide, comme un décalage voulu entre ce que les ogres symbolisent et ce qu'ils vivent. Avec leurs grandes dents qui ébauchent un sourire, leur grands yeux remplis d'amour, le couple en devient beau.

Pour bien comprendre la portée de cette histoire, mieux vaut l'aborder la première fois avec un adulte.

A partir de 6 ans.


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