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Reconnaissance, Pierre Péju

Ed. Gallimard, collection Blanche, janvier 2017, 368 pages, 21 euros.

Reconnaissance est un kaléidoscope de souvenirs enfouis et les aventures d'un romancier en train d'écrire son prochain roman.

Lors d'une randonnée en montagne, le narrateur croise la route d'un étrange voyageur à la recherche d'un pont, qui lui confie une pierre au pouvoir surnaturel, un cristal du Temps : si on y plonge son regard, nos souvenirs les plus enfouis remontent à la surface.

Cela tombe bien car notre narrateur est un écrivain, et il cherche de la matière pour écrire son nouveau roman. La mémoire est un terrain hostile ; on croit pouvoir se souvenir au moment voulu d'un événement marquant, mais ce dernier nous échappe lorsque nous voulons le sortir des méandres de notre mémoire. 
Alors, l'écrivain se souvient.
"Toujours aussi limpides, les facettes de mon cristal ! Tantôt transparentes, tantôt seulement translucides, mais la lumière qu'elles laissent filtrer et celle des jours anciens qui s'arrachent d'eux-mêmes à leurs 'obscures retraites', chacun demandant si ce n'est pas lui que je cherchais. (...) Parfois l'éclat le plus vif provient de journées lointaines, pourtant d'une surprenante et définitive banalité. Le grand ordinaire, les lenteurs quotidiennes. Le courant faible de la vie. On se souvient de ça mieux que de tout le reste".
Sans fil conducteur apparent, Reconnaissance pourrait se comprendre comme un recueil de nouvelles, l'écriture disparate de souvenirs enfouis à travers le temps. Sauf qu'une lecture attentive met en avant des thèmes récurrents comme le plaisir d'écrire, la vieillesse ou la jeunesse, par exemple.
"Pourtant, c'est la possibilité de pareils instants qui augmente le plaisir de vivre. Encore faut-il savoir les accueillir, ces instants, les laisser s'approcher sur leurs pattes légères. Le bonheur ne consiste sans doute qu'en ce pur passage. Bonheur flotté sur la mer des jours".

Dès lors, se déploie devant les yeux du lecteur une grande variété de récits, tous mis en avant à travers le prisme du cristal du Temps, véritable pont entre le passé et le présent, le vécu et ce qu'il reste à vivre. Les souvenirs d'enfance, de jeune père, de professeur, et même des souvenirs pas si lointains que cela, comme celui de la découverte de la Jungle de Calais, traversent l'esprit du narrateur. Ce dernier redécouvre des personnes et des moments au départ anodins, mais qui s'avèrent finalement importants : la rencontre avec Gaby, l'ancien voisin devenu amnésique, le séjour en Allemagne dans un centre de prothèses, la bonne élève obligée de se prostituer, le cycliste croisé par hasard et qui s'avère être un prêtre...
"Mes souvenirs sont en moi, et le monde n'en finit pas. Je dis mes souvenirs mais je crois qu'au fond toutes les mémoires communiquent (...) La jungle mnésique. La forêt de l'âme. C'est là que je voudrais m'enfoncer, me perdre, m'oublier".
Tous ces fragments de vie révèlent à quel point le monde est varié, complexe, interminable. L'écrivain est un homme reconnaissant. Il éprouve de la gratitude envers la vie qui lui a apportée tant d'expériences vécues.
" Marges romanesques. Chutes narratives".
Finalement, rien n'est jamais oublié complètement. Le cristal du Temps pourrait être le carnet que celui qui écrit porte toujours avec lui. Il est le pont qui emmène vers un autre monde oublié et pourtant bien présent.
"Je le cherche. Tant qu'un pont me manque, tous les chemins ne mènent nulle part".



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