Le Meilleur des amis, Sean Rose

Ed. Actes Sud, domaine français, janvier 2017, 160 pages, 16.9 euros.


Le Meilleur des amis c'est celui avec lequel on partage tout y compris la petite amie de l'un au détriment de l'autre...


Le narrateur, originaire du royaume de K, petit pays du sud de l'Asie, cultive, depuis son arrivée en France avec sa mère, un goût certain pour la solitude et la nostalgie.
A Paris, en classe prépa, il rencontre celui qui va devenir son meilleur ami, Thibaut.
"Un matin qu'il était en retard, il s'installa à une place libre à côté de la mienne, nous ne nous sommes plus quittés depuis ce jour (...) La joie procédait d'un choix, il appliquait la maxime de La Bruyère exhortant au rire dans l'attente d'un bonheur improbable".
Ce dernier est issu d'une grande famille de viticulteurs qui se transmettent la propriété de père en fils. A chaque fois qu'il en a l'occasion il retourne à la campagne pour se ressourcer. C'est d'ailleurs là qu'il a commencé une liaison amoureuse avec Camille, la fille du notaire de la famille, et meilleure amie de sa sœur. Camille le rejoint sur Paris pour y terminer sa thèse et profiter de la vie artistique prolifique proposée par la capitale.
Thibaut et le narrateur partagent tout. Leur relation est si fusionnelle qu'elle pourrait en être fraternelle. L'un est le complément de l'autre. Comme Thibaut n'est pas friand d'art, il demande naturellement à son ami d'accompagner Camille aux vernissages, expositions et autres manifestations qu'elle veut découvrir. Jamais Thibaut ne s'inquiète, tant il est sûr de l'amour de Camille et de son amitié pour le narrateur.

Sauf que.... Aimer Camille était une évidence. Thibaut l'aime donc son ami l'aime aussi.  Pour Camille, il incarne la nouveauté, le piquant qu'elle n'a plus auprès de Thibaut. D'abord platonique, leur relation devient vite passionnelle et passionnée.
"On aurait pu la taxer de bovarysme mais contrairement à l'héroïne de Flaubert elle était bien trop fine pour ne pas faire la différence entre le réel et le roman. Et puis elle ne cherchait pas le prince charmant puisqu'elle avait Thibaut. Ce qui était clair c'est qu'elle refusait cette redite de vie à l'ombre du conjoint et dont les seuls rayons de joie auraient été le rire des enfants".
Que faire ? Tout avouer à Thibaut, quitter Camille ou fuir avec elle ?
"Étais-je personne, rien sinon cette personne pour qui on ne quittait pas quelqu'un ? Nous nous désirions toujours mais l'accord des peaux n'empêcha pas les disputes, cette seule et même dispute, larvée, mimant nos gestes et nos silences".

Une vingtaine d'années ont passé et le narrateur est de retour en France après une double décennie vécue en Asie. Il contacte Thibaut qu'il n'a pas revu depuis ses années étudiantes, et ne sait pas s'il a fait sa vie avec Camille. C'est donc un homme vieilli, en proie aux souvenirs, aux regrets aussi, qui s'apprête à retrouver celui qu'il considérait comme son propre frère.

Sean Rose propose un roman basé sur le triangle amoureux. Rien de bien original, mais ce roman tire son charme de son art consommé de l'ellipse narrative et de la description d'instants fugaces qui restent ancrés dans la mémoire. Le narrateur est finalement un homme qui a vécu toute sa vie dans l'attente, sublimée par la nostalgie d'un premier amour. Mais c'est aussi un être meurtri, rongé par le remords d'avoir trahi son meilleur ami et qui tente, malgré les années passées, d'être en paix avec soi-même.


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