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A part ça (17) Le Bazar des mauvais rêves, Stephen King

Ed. Albin Michel, traduit de l'anglais (USA) par Océane Bies et Nadine Gassie, octobre 2016, 600 pages, 23.90 euros.

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...




Stephen King écrit tous les jours, ou presque. Il n'y a que le jour de Noël qui est un jour sans. D'où l'édition prolifique, d'où la question lancinante de ses sources d'inspiration. Depuis Ecriture, l'auteur n'avait pas évoqué le sujet, ou alors au détour d'un entretien. Dans Le Bazar des mauvais rêves, recueil de vingt nouvelles inédites ou publiées une première fois puis retravaillées, il explique à chaque fois la genèse du texte présenté. Cela peut être un souvenir, un article nécrologique ou de société, un écrivain apprécié, ou simplement une scène de la vie quotidienne qui se déroule devant ses yeux, puis l'imagination fait le reste.

Comme dans tout recueil, certains récits sont plus forts que d'autres, mais on retrouve des obsessions récurrentes ou des clins d’œil à des thématiques déjà abordées. Pourtant, aucune ne s'inscrit dans un procédé de répétition.
Personnellement, j'ai beaucoup aimé trois nouvelles situées au milieu du recueil : Ur, qui transforme une tablette Kindle en porte vers des mondes parallèles (avec l'évocation d'une certaine Tour),  Herman Wouk est toujours en vie, qui plonge le lecteur dans l'Amérique profonde des défavorisés dont les protagonistes sont à mille lieues de la vie littéraire, et A la dure, qui raconte un homme refusant d'admettre le décès de sa femme.

Au détour des nouvelles, on retrouve Ça incarné non plus en clown mais en sale gamin, ou le petit dieu vert de l'agonie dont l'extraction du corps du malade ressemble à certaines scènes de La Ligne Verte. Faire référence à des œuvres passées n'est pas signe d'un creux dans l'imaginaire de l'auteur. Dans Le Bazar des mauvais rêves, on sent un Stephen King vieillissant, au sens noble du terme, qui a pris un certain recul sur sa vie, son passé, et surtout sur l'acte d'écrire. Comme la superbe couverture du livre imaginée par Nicolas Obery, le cerveau de l'écrivain américain est un chantier permanent d'idées littéraires foisonnantes sur la mort, la maladie, le mal saupoudrés de surnaturel.

Pour celles et ceux habitués à lire les nouvelles de Stephen King, peut-être ressentirez-vous comme moi qu'elles sont davantage "apaisées". Elles sont moins sanglantes, moins "tordues", et invitent à une réflexion plus globale sur les thèmes mentionnés ci-dessus, sans pour autant oublier le petit plus qui fait que Stephen King écrit du Stephen King même s'il fait référence à d'autres auteurs salués.

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Extraits choisis :

"Et puis, j'avais peur. J'avais le sentiment, j'ai toujours le sentiment, que là-bas, sur cette île, une trappe est entrouverte. De ce côté-ci de la trappe, il y a ce que nous nous plaisons à appeler "le monde réel". Et de l'autre côté, il y a toute la machinerie de l'univers, tournant à plein régime. Seul un imbécile boudait passer la main dans un tel rouage pour tenter de le stopper". (La Dune)

"Aux emplacements où auraient dû se trouver les photos, il y avait des carrés vides, chacun marqué du message Image non disponible, mais le titre de la une annonçait en grands caractères noirs : C'Est son tour. Avec ce sous-titre : Hillary Clinton prête serment et devient le 44ème Président.
On dirait qu'elle y est arrivée finalement dit Wesley. Du moins dans l'Ur 1 000 000." (Ur)

"Et elle ne s'était pas vue, à l'instant, comme moi je l'avais vue : avec le soleil brillant sur ses joues d'hiver pâles, ses paupières bleuâtres et sa bouche béante. Mais moi, j'avais vu. Et ça m'était allé droit au cœur. Elle était mon cœur, et tout ce qu'il y a dans mon cœur, je le protège. Personne ne me l'enlève". (A la dure)

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