Magie & Sorcellerie, Isabelle Ortega et Thomas Baas

Ed. Actes Sud Junior, septembre 2016, 72 pages, 14.90 euros.



Ce livre documentaire tord le cou aux idées reçues en proposant aux jeunes lecteurs une approche à la fois didactique et ludique d'un sujet qui engendre de nombreux fantasmes et mauvaises interprétations.
La magie et la sorcellerie sont "deux aspects d'un même savoir". Alors que le premier agit aux yeux de tous et a tendance à expliquer l'inexplicable, le second se veut être plus secret, plus noir aussi.
 Divisé en six parties, l'ouvrage retrace l'histoire de la magie à travers les siècles, présente quelques grandes figures de magiciens et de sorciers, établit les mesures prises à l'encontre des pratiques magiques, pour enfin conclure sur un état des lieux à partir du dix-neuvième siècle  à nos jours.

Chaque chapitre est accompagné d'une illustration sur le thème traité.  Au détour d'un article, quelques anecdotes font le point sur  les croyances et les superstitions souvent très anciennes, et qui subsistent encore de nos jours.
"Par exemple, la mandragore ne peut être cueillie que lorsqu'on a tracé à trois reprises un cercle autour d'elle avec une épée qui sert ensuite à la cueillette".

"L'extermination des chats, symboles de magie noire durant cette période (Moyen-Âge), a contribué à la diffusion de la peste (maladie mortelle très contagieuse), car les rats n'étaient plus chassés et ils ont proliféré".

Magie & sorcellerie est une mine d'informations sur les pratiques, les personnages célèbres, les périodes sombres de l'Histoire. Ainsi, toutes les confusions existantes sont mises à plat, et les pratiques expliquées sont mises en perspectives avec les pratiques médicales, le contexte géographique ou historique.

"A quoi reconnaît-on un sorcier au Moyen-Âge ? C'est, à l'époque, quelqu'un qui souffre d'un défaut. Comme le fait d'être roux ! Les roux étaient déjà des victimes désignées dans l'ancienne Egypte : ils étaient brûlés et leurs cendres étaient répandues pour fertiliser les champs".

Magiciens et sorciers ne sont pas une invention du Moyen-Âge. Déjà, dans l'Antiquité, les Haruspices  lisaient les entrailles des animaux sacrifiés, Homère avec Circé, puis Euripide et Sénèque avec Médée racontent l'histoires de magiciennes célèbres prêtes à tout par amour. A cette époque, magie et sorcellerie se confondent. Avec le temps, la magie va devenir la branche "autorisée" vouée à guérir des maladies, à fabriquer des filtres d'amour, à apaiser les âmes, tandis que la sorcellerie va prendre une orientation plus sombre dont les interprétations extrêmes sont le satanisme par exemple.
"Le satanisme, culte envers Satan, se crée sur l'héritage de la sorcellerie et il a toujours des adeptes aujourd'hui. Au cours du XXème siècle, plusieurs groupes se sont revendiqués du satanisme. Parfois ils ne reprennent que la messe noire, mais ils peuvent aller plus loin, jusqu'au meurtre. Ils fascinent les esprits fragiles et ressemblent à des sectes".

Isabelle Ortega (maître de conférences d'histoire médiévale à l'université de Nîmes) et Thomas Baas proposent un documentaire passionnant, sans fausse note, qui balaye toutes les questions que l'on peut se poser sur le sujet tout en évitant les écueils possibles vers le glauque ou le gore. Le pari est réussi : parler d'un sujet envoûtant rempli d'idées reçues, en s'adaptant au niveau du jeune lecteur.

A partir de 10 ans.

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