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La ferme de cousine Judith, Stella Gibbons

Ed. Belfond, collection Vintage, traduit de l'anglais par Marie-Thérèse Baudron et Iris Catella, juin 2016, 352 pages, 15 euros.

Bienvenue à la campagne !



Nous sommes au début du XXème siècle en Angleterre. Flora Poste vient de perdre ses parents dans un dramatique accident. Orpheline à vingt ans, les cent livres de rente annuelle constituent un maigre bagage pour rêver d'indépendance. C'est pourquoi, elle envisage de vivre quelques temps chez des cousins qui voudront bien l'accueillir.
 Après l'envoi de quelques lettres à la famille, la cousine Judith veut bien la loger dans sa ferme de Froid Accueil. Flora est une citadine, alors la vie à la campagne est une nouveauté pour elle. Elle espère y trouver l'inspiration et des matériaux qui lui permettront d'écrire un premier roman.

A son arrivée, Flora comprend que sa cousine la loge pour s'excuser d'un tort qu'elle aurait fait subir jadis à son père Robert Poste, sans pour autant le révéler. Son nouveau quotidien renferme tous les poncifs qu'elle redoutait. Ses cousins Seth et Ruben sont des primaires, le personnel est étrange, et tout le monde vit dans la peur des colères de tante Ada Doom,"cœur et axe de la maison", qui reste enfermée depuis trente ans dans sa chambre, 
"Abrutie de sommeil, elle [Flora] n'était plus en état de s'intéresser aux choses qui l'entouraient. Elle se demandait si elle avait bien fait de venir. Elle méditait sur la longueur, les détours, l'apparence négligée des couloirs par lesquels Judith l'avait conduite jusqu'à sa chambre. Elle en conclut que s'ils étaient un avant goût du reste de la maison et que si Judith et Adam représentaient le type de gens qui y vivaient, sa tâche serait vraiment longue et difficile".

Impossible pour Flora de rester sans rien faire. Elle décide donc de prendre en main les amours de sa jeune cousine Elfine, et de rendre un peu plus présentables Seth et Ruben. Mais dans une ferme où on nettoie les casseroles avec des branchages, et où on vit dans la certitude que l'existence est un pêché, pas facile de changer les habitudes ! Et puis, pas question de repartir sans avoir vu la fameuse tante Ada, et de connaître la vérité sur le secret familial.

Froid Accueil est une ferme qui porte bien son nom. Flora va y semer les graines de la discorde pour le plus grand plaisir du lecteur. Quelques scène cocasses ajoutent au piment d'un style souvent convenu, symbolique de la première parution du roman, en 1932. Finalement, La Ferme de cousine Judith est un roman dans le roman, intégrant tous les poncifs du récit de terroir.
"Mrs Stakadder (tante Ada) représentait la personnalité dominante de la grand-mère, qu'on trouvait dans tous les romans typiques de la vie à la campagne et quelquefois aussi dans les romans de la vie citadine".

On apprécie le style, on sourit souvent, et on se laisse emporter par la bonne humeur, la franchise, et le courage de Flora Poste.

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