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Affichage des articles du mai, 2016

La Compagnie des artistes, Chris Womersley

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Ed. Albin Michel, traduit de l’anglais (Australie) par Valérie Malfoy, 370 pages, 22.50 euros.


1986 Melbourne. Tom a dix-huit ans et veut prendre son indépendance. Ça tombe bien puisque son père a hérité d'un appartement dans la résidence d'Art Nouveau de la ville, Cairo. Il va pouvoir s'y installer, trouver un petit boulot et entamer ses études supérieures.
A Cairo, ses voisins sont de gentils excentriques qui refont le monde la nuit sur fond de drogue et d'alcool, et hibernent le jour. Parce qu'il a reçu par erreur une lettre, Tom fait la connaissance de Max Cheever, musicien fantasque, beau parleur aux opinions tranchées, et marié à la magnifique Sally. Très vite, Max prend le jeune homme sous son aile et le présente à ses amis. Les études s'éloignent car Tom veut prendre le temps de profiter des moments passés parmi eux. De toute façon, Tom veut devenir écrivain, et pour écrire, quoi de mieux que d'accumuler des expériences.
"Pour être honnête j'…

Call Boy, Ira Ishida

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Ed. Philippe Picquier, traduit du japonais par Rémi Buquet, mai 2016, 256 pages, 19.50 euros.

Initiation

Ryô a vingt ans et il est déjà désabusé. Les études l'ennuient, les filles aussi, et la routine n'en parlons pas. Seul le petit boulot de barman qui lui permet de subvenir à ses minces besoins lui suffit.
"Vingt ans. Existe-t-il un âge plus désastreux que celui-là ? Être jeune, c'est n'être encore rien et traîner l'amertume d'une existence encore désespérément vide. Je n'accorde aucune confiance aux types qui affirment être heureux de vivre à cet âge-là. Et je méprise ceux qui prétendent être prêts à tout donner pour revenir à cette période de leur vie".
Un soir, au bar, une de ses connaissances se vante d'être escort boy et s'épanche. Ryô est curieux car cet univers qu'on lui décrit lui est totalement inconnu. Vendre son corps contre de l'argent, pourquoi pas ? Autant en faire l'expérience pour mieux juger le procédé ensuite…

Et puis après, Kasumiko Murakami

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Ed. Actes Sud, traduit du japonais par Isabelle Sakaï, mai 2016, 112 pages, 13.80 euros.


Quand tout s'efface, que reste-t-il ?
Et puis après ?

Yasuo est un pêcheur heureux sur son bateau. Mari aimant, grand-père, dirigeant syndical, propriétaire de sa petite maison, il est un homme respecté et écouté. Seule ombre au tableau, le fait de ne pas avoir accueilli sa mère chez lui et l'avoir placée dans une maison de retraite...

Ce 11 mars 2011, au bord de l'eau, rien ne présage le drame. Seule ombre au tableau : le corps d'un chien jaune échoué sur la plage. Certes, le sol tremble, mais au pays, on ne se formalise plus de ce genre d'événements. Mais quand il voit la mer reculer, Yasuo comprend. Vite, il crie au pêcheur d'emmener les bateaux au large quand il est encore temps de passer au delà de la vague. A l'horizon, ils seront à l'abri...
"Jusqu'à ce qu'il se rende compte que la vague qui venait sur le rivage avec un grondement se retirait à un…

La Valse de Valeyri, Guomundur Andri Thorsson

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Ed. Gallimard, Collection Du Monde entier, traduit de l'Islandais par Eric Boury, mai 2016, 192 pages, 18 euros.

Jour de brume

A Valeyri, petit port de pêche islandais, tout le monde se connaît. En ce jour de brume, Kata, surnommée Kata la Chorale, traverse le village à vélo. Elle rejoint la salle où ce soir elle dirigera la chorale du village.

La silhouette de Kata qui passe devant les fenêtres des maisons est le fil conducteur de ces histoires enchevêtrées. Le personnage la voit et se souvient d'une anecdote, d'un épisode marquant de son existence, ou retourne à ses préoccupations du moment. Pourtant, tous veulent assister à la représentation du soir car les notes de musique les "transportent dans une étrange et blanche dimension".

"Tous les secrets d'un petit village - ils ne sont pas certes très importants en tout cas, tous ne le sont pas, et pas toujours. Pourtant, avec la brume, nous sommes là, à cette fenêtre, tel un dieu curieux et bicéphale qui n…

A part ça (12) La mort avec précision, Isaka Kotarô

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Ed. Philippe Picquier, traduit du japonais par Corinne Atlan, mai 2015, 288 pages, 22.50 euros.

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane..."La mort, ça n'a aucun sens, et aucune valeur non plus. Autrement dit, si on inverse le raisonnement, toutes les morts se valent. Donc, en ce qui me concerne, qui meurt et à quel moment, ce n'est pas mon rayon".

Assez étonnante que cette conception de la mort véhiculée par ce roman. Les futurs candidats au trépas sont désignés par un chef de bureau qui commande à un dieu de la Mort de faire un bilan sur le personnage, et de décider si oui ou non il doit disparaître. Sauf cas contraire, le candidat bien malgré lui est déclaré apte et meurt au bout du huitième jour d'enquête. Parfois, il arrive qu'il soit "repêché" ; alors un sursis lui est octroyé.

Six enquêtes sont présentées. Le narrateur est toujours le même - un dieu de la Mort - même si à chaque fois il prend une apparence différent…

La Tentation du vide, Christos Chryssopoulos

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Ed. Actes Sud, mai 2016, traduit du grec par Anne-Laure Brisac, 160 pages, 18 euros.

Mourir

Ce court roman débute par un fait divers insolite. dans la nuit du 21 mars 1951, à Williamstown (Etats-Unis), quatorze adolescents sans histoire se sont suicidés. Tout de suite, à cause du suicide collectif, le lecteur pense à une secte, mais aucun signe extérieur laisse envisager une telle hypothèse. L'auteur égrène les modes opératoires, les profils de chaque victime, à l'affût du détail, du point commun qui pourrait devenir le fil rouge de l'enquête, mais rien de bien probant n'apparaît.

Alors, le récit se penche sur le cas de Betty Carter, retrouvée morte cette fameuse nuit, dans son lit. A défaut d'autopsie du corps, nous assistons à une autopsie de son âme. Choquée toute petite par la perte de sa grande sœur, devant ses yeux, Betty est devenue une jeune fille spéciale dont la particularité est de pouvoir converser avec les âmes des défunts. Au fur et à mesure, Betty es…

Treize façons de voir, Colum McCann

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Ed. Belfond, mai 2016, traduit de l'anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, 320 pages, 20.50 euros

Avancer

Selon Colum McCann la tâche de l'écrivain est de plonger dans le cœur humain, d'écrire en fonction aussi de ses obsessions personnelles. Parce qu'il a été victime d'une agression en juin 2014, l'auteur a composé ces cinq nouvelles en suivant le fil rouge de la violence. Violence aléatoire, forcément incomprise, car peut-on comprendre la violence, mais violence parfois salutaire pour que la victime puisse renaître et poursuivre son chemin.
Treize façons de voir nous parle d'empathie, en tentant de percevoir ce que ressent l'agresseur parfois, la victime souvent.

Comment croire en des lendemains meilleurs lorsqu'on a été meurtri dans sa chair, quand la vie tout à coup a été arrêtée ? Dans Le Traité, lorsque la sœur religieuse, au plus profond de la nuit, reconnaît son agresseur dans une émission télévisée, le poids des années n'a plus court. …

Le Faubourg : Les Ferrailleurs,2, Edward Carey

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Ed. Grasset, avril 2016, traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow, 384 pages, 20.90 euros.
Illustrations de l'auteur.

Innovant


Clod Ferrayor et Lucy Pennant ont quitté le Château des Ferrayor et se retrouvent bien malgré eux dans le dédale des rues de Fillisham surnommé Fetidborough par ses habitants, tellement l'odeur des détritus y est prégnante et insupportable.
"Cette zone est dangereuse et délabrée, pleine de maux et de cruauté. Les gens du commun ne l'appellent plus aujourd'hui Filching, mais Fetidborough, autrement dit la cité immonde, parce que c'est un lieu nauséabond, un bourbier plein de miasmes et de corruption".

Ce quartier londonien est séparé de l'océan de déchets des Ferrayor par un gigantesque mur qui menace à tout instant de s'écrouler à cause de la pression exercée. Car, chez Edward Carey, il ne faut pas oublier que les objets ont une âme. Avant d'être ce qu'ils sont, ils étaient des personnes, et scandent leurs no…

Point d'autre livre que le monde, Leah Hager Cohen

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Ed. Christian Bourgois, avril 2016, traduit de l’anglais (USA) par Laurence Kieffé, 393 pages, 25 euros.



Ava et son frère Fred ont eu une enfance heureuse, en marge des autres enfants. Leur père Neel, admirait profondément Rousseau et avait décidé d'éduquer ses enfants comme ce dernier le prônait dans de l'Emile ou De l'Education. C'est ainsi qu'Ava et Fred ont rempli leurs journées d'aventures passionnantes dans le bois, de lectures, de jeux de rôles, sans contraintes, et en toute liberté.
En grandissant, Ava a voulu réintégrer le système scolaire classique, tandis que Fred n'a pas pu la suivre à cause de ses troubles du comportement. Ses parents avaient refusé que le corps médical pose un diagnostique sur ses troubles.
" Freddy dont le regard était éternellement à la dérive, éternellement au bord de chavirer. L'observer, c'était comme regarder un navire affronter l'eau".
Avec le temps, Ava et son entourage pensent que Fred souffre d&#…

Les Invisibles, Hugh Sheehy

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Ed, Albin Miche, collection Terres d'Amérique, traduit de l'anglais (USA) par Marilou Pierrat, avril 2016, 290 pages, 23.20 euros.

Exister

Dans ces onze nouvelles, Hugh Sheehy donne de la dimension à ceux qu'il appelle les Invisibles, ces gens qui existent, que nous croisons, mais sur lesquels nous ne nous retournons pas ou rarement, comme l'explique l'une d'entre elles, Cynthia, dans Les Invisibles, récit éponyme du recueil :
"Je n'établis pas de connexion avec autrui. Il y a des gens qui disparaissent soudainement comme s'ils tombaient dans une faille, c'est tout. Mais la plupart d'entre nous veulent être vus, alors on fait un effort. Je suis la fille de quelqu'un et encore plus récemment, j'étais l'amie de quelqu'un (...)
- Qu'est-ce que ça a à voir avec les meurtriers ?
- Je crois que certaines personnes se vengent pour se faire remarquer et cesse d'être invisibles".

Donc ces personnes sont des marginaux, des p…

RUE DES ALBUMS (119) La Nuit d'anniversaire, Claire Lebourg

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Ed. L' Ecole des Loisirs, mars 2016, 60 pages, 12.70 euros.

Trois histoires en une

Olive est une chauve-souris pressée car demain, elle a six ans. Il faut encore qu'elle passe une nuit d'école avant de pouvoir fêter son anniversaire. Chez les chauve-souris, on fait classe "à l'envers" : le repas se fait à minuit, la sieste accrochée au plafond, et les cours se terminent au lever du soleil ; forcément, puisqu'elles dorment la journée !

Pour sa nuit d'anniversaire, Olive doit se rendre chez son Papi car ses parents travaillent. Pour s'y rendre, elle doit prendre le bus. A six ans, elle peut faire des choses de grande maintenant ! Elle observe le monde autour d'elle, et tout lui semble à l'envers :
"D'en haut, Olive adore observer ce que font les gens. A cette heure-ci, il y a surtout des animaux diurnes qui rentrent chez eux après une journée de travail ou d'école : ils font tout à l'inverse des chauves-souris".
Olive pe…

Rien que des mots, Adeline Fleury

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Ed. Françoise Bourin, janvier 2016, 184 pages, 20 euros.


L'Enfant Mots

L'idée de départ est bonne : une mère, Adèle, décide d'élever son enfant, Nino, dans l'ignorance des livres. Seulement, Adeline Fleury se perd dans les digressions, les changements brusques de narrateur, pour au final proposer un récit cousu de fil blanc sur fond de société futuriste peu amène.

Adèle, journaliste, et les livres, c'est une grande histoire d'amour commencée depuis l'enfance. De par son métier et le milieu dans lequel elle a grandi, elle a appris la valeur des mots et l'impact des phrases. D'ailleurs, le père de son futur enfant, Hugo, est lui-même écrivain. Il est décrit comme un Chatterton moderne n'accordant d'intérêt qu'à l'écriture. Or, sa grossesse change tout. "Je porte en moi un être et je suis le néant" pense-t-elle. Parce qu'elle a souffert d'un père écrivain avare en tendresse "qui lui a injecté le venin des mots dan…