La Carrière du Mal, Robert Galbraight

Ed. Grasset, avril 2016, traduit de l'anglais (GB) par Florianne Vidal, 608 pages, 21.50 euros.
( Titre original : Career of Evil )*

Et plus si affinités


Cormoran Strike et sa secrétaire Robin Ellacott n'ont pas à se plaindre : après avoir résolu deux enquêtes particulièrement pénibles (Lire L'Appel du coucou et  Le Ver à soie ) leur agence de détective a acquis une réputation sérieuse. Cependant, il suffit d'un faux pas ou d'une rumeur pour que tout s'écroule...
Un matin, au bureau, Robin ouvre un colis qui lui est destiné. Il n'y a pas de stress particulier de sa part puisqu'elle est dans les préparatifs de son mariage avec Matthew et attend des commandes. Sauf que le contenu est loin d'être agréable : il s'agit d'une jambe tranchée.

C'est le début d'une enquête dans le monde mal connu des acrotomophiles (sexuellement attirés par les parties amputées) et les apotemnophiles (trouble neurologique; la personne qui en souffre rêve d'être amputée), mais surtout le prétexte pour une plongée dans les passé douloureux de Robin et Cormoran. Ce sont deux êtres abîmés par la vie qui se cachent sous une carapace, mais les événements raniment les souvenirs :
"C'était comme si sa faculté d'aimer s'était émoussée, comme si on l'avait privé d'une partie de sa sensibilité (...). Et pourtant, il ne ressentait plus vraiment la douleur d'autrui".
Pour couronner le tout, Strike est unijambiste et son handicap lui vaut parfois de bien étranges courriers. Et si le colis avait un lien avec son passé ?

Non seulement Strike doit jouer avec les humeurs de la police chargée de l'enquête, mais il doit aussi "gérer" les prises de risque de Robin. Assistante ? Secrétaire ? Amitié et plus si affinités ? Il voit d'un mauvais œil le futur mariage ; il ne porte pas Matthew dans son cœur et ce dernier prend, semble-t-il, un malin plaisir à rabaisser sa fiancée. Mais à y regarder de plus près, il n'est pas  un modèle de stabilité affective : une relation amoureuse houleuse avec Charlotte, puis une histoire, ou plutôt une suite de rendez-vous avec la très riche Elin. Et même s'il s'ennuie, et même si Elin ne lui manque pas, il ne rompt pas.

La Carrière du Mal reste un polar de bonne facture, et pour ce troisième tome, Robert Galbraith (J.K. Rowling) s'offre même le plaisir de plonger dans les pensées de son assassin. N'empêche, on a l'impression constante que l'essentiel n'est pas là. L'enquête est un prétexte. Strike et Robin sont "à la croisée des chemins". L'heure de faire des choix (et les bons) a sonné. L'auteur  fissure les armures de ses personnages et raconte leur passé, tout en ne mettant jamais de côté les priorités de l'enquête, car il met en perspective leurs comportements, leurs doutes, leurs fuites. Ces deux-là ne peuvent pas faire l'un sans l'autre mais restent flous quant à leurs véritables intentions.
En tout cas, ce dernier roman confirme les talents de l'écrivain : le suspens est au rendez-vous, les héros sont tourmentés et l'intrigue captivante.

* Career of Evil est une chanson du groupe Blue Oyster Cult, dont les titres des chansons ou paroles sont en épigraphe de chaque chapitre. Patti Smith a écrit quelques chansons pour ce groupe.

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