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Billet d'humeur (16) Carnets noirs, Stephen King

Ed. Albin Michel, mars 2016, traduit de l'anglais (USA) par Oceane Bies et Nadine Gassie, 427 pages, 22.50 euros.

Accident


Avec Carnets Noirs, Stephen King continue sa réflexion sur le pouvoir de la fiction et le métier d'écrivain, entrepris déjà avec Misery et La Part des ténèbres. Il raconte comment un homme, Morris Bellamy, obnubilé par un héros de papier, un certain Jimmy Gold, inventé par l'écrivain John Rothstein, devient un meurtrier sans foi ni loi pourvu que son modèle "reprenne vie" et ait le droit à un meilleur traitement fictionnel.

Or, même si la réflexion faite sur l'écriture est intéressante, elle ne sauve pas une intrigue poussive, redondante, et qui prend l'eau une fois arrivée aux trois quarts du roman.
Certes, le jeune héros, Pete Saubers, celui qui a trouvé les fameux carnets noirs de moleskine contenant au moins deux romans inédits de la série Jimmy Gold, est un personnage attachant, réfléchi, et qui garde une certaine distanciation avec l’œuvre littéraire, mais il n'a pas la carrure pour incarner le héros de ce roman de plus de 400 pages.

Il est difficile de se prendre au jeu du face à face. Utiliser des personnages de Mr Mercedes n'arrange pas les choses. Bill Hodges, l'ancien flic devenu enquêteur privé, semble lui-même incapable de croire au récit dont il fait partie.

"Cette connerie c'est des conneries" ne cesse de répéter Morris Bellamy, sorte de mantra personnel pour avancer et se persuader que rien n'a d'importance si ce n'est ce qu'il s'est fixé, à savoir récupérer les carnets de moleskine volés jadis à Rothstein
Cependant, malheureusement, cette réflexion incarne très bien l'ensemble du roman, texte insignifiant et accident littéraire dans la très grande œuvre du maître.

 S'il ne fallait retenir  qu'un passage de ces 427 pages d'ennui profond :

« C’est là que tu te trompes. Un bon romancier guide pas ses personnages, il les suit. Un bon romancier ne crée pas les événements de son histoire, il les regarde se dérouler et ensuite il les écrit. Un bon romancier finit par réaliser qu’il est secrétaire, et non pas Dieu ».

Cette fois, le secrétaire a échoué, mais quel grand écrivain ne s'est jamais loupé ? Alors, on pardonne, et on attend avec impatience le prochain livre.


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