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Billet d'humeur (16) Avant, il y avait Geneviève Brisac, mais ça c'était avant !



Par ce billet d'humeur, je témoigne mon soutien aux auteurs et aux salariés de cette maison d'édition qui souffrent de la mise à l'écart de Geneviève Brisac.

Il y a quelques temps, l'éditrice historique de l'Ecole des Loisirs, Geneviève Brisac a été remerciée. A sa place, un certain Arthur Hubschmid est venu la remplacer. De lui, on ne sait rien, ou très peu. Lorsque Claire Castillon s'est retrouvée dans son bureau, elle lui a même demandé "Mais vous êtes qui ?", alors qu'il critiquait le travail fait avant lui.

Cette anecdote, je ne l'ai pas inventée, je l'ai lu sur un blog qui a été créé il y a peu,  La Ficelle, qui collecte les témoignages d'auteurs de l'Ecole des Loisirs. Tous sont unanimes quant à la gentillesse, le professionnalisme et l'exemplarité de Geneviève Brisac. Tous ont bien compris que sa mise à l'écart est due davantage à un choix comptable qu'à un choix éditorial. Pourquoi ? Parce qu'il faut vendre, et beaucoup c'est encore mieux, et tant pis si la qualité est mise de côté. Si le manuscrit est jugé trop... ou pas assez... par Mr Hubschmid, il est jeté aux orties, sans d'ailleurs prendre la peine de prévenir l'auteur (c'est arrivé à Fanny Chiarello).
Et le savoir vivre dans tout ça ? Quand un éditeur demande à un des ses auteurs phares " Vous avez déjà publié ici avant ?" (Claire Castillon), il est légitime de se demander quels ont été les critères de recrutement de ce monsieur. Je crains de comprendre qu' être un lecteur de littérature jeunesse ou un amoureux des livres n'en fait pas partie...

"Travailler avec l'auteur, pas contre lui", demande Coline Pierré qui raconte simplement ce que Geneviève Brisac lui a apporté, et qui s'inquiète de la confiance brisée entre l'Ecole des loisirs et ses auteurs. Un échange de 11 minutes a mis un terme à une relation vieille de 15 ans entre Alice de Poncheville et la maison d'édition ; extrait :
"Les auteurs ont eu connaissance de ce bouleversement au coup par coup, individuellement. Livres déprogrammés, refus brutaux de manuscrits, manque de dialogue avec la direction éditoriale représentée par M. Hubschmid. Nous n’avions plus accès à notre éditrice historique, Geneviève Brisac. Alors, ce fut la navigation à vue. Égratignures, incompréhension, brutalité, déception, chagrin… C’était inévitable dans le silence."

Incompréhension et effarement sont les seuls mots qui nous viennent lorsqu'on lit les billets du blog. On pourrait ajouter aussi dignité.
Pour conclure, un extrait de la lettre ouverte d'Isabelle Rossignol qui met en lumière la nouvelle politique éditoriale de L'Ecole des Loisirs (au secours !)
Aux auteurs concernés, j’ai donc décidé de m’unir pour dénoncer ces pratiques, que j’estime pour le moins abusives. Ou faudrait-il dire « modernes » ? Tant il est vrai que l’École des loisirs, avec ce virage, semble être entrée dans l’ère de l’économie de marché, cherchant des textes vendeurs et estimant visiblement qu’Arthur Hubschmid est le seul à détenir la clé de ce qui se vend. Et quelle clé lorsqu’on sait que cet homme ne lit pas de romans ! « Je crois, déclare-t-il sans scrupule, que la littérature est arrivée à la fin d’un cycle. C’est devenu répétitif. Parce que la condition humaine, la vie des uns avec les autres était un sujet énorme au XIXe siècle, que des auteurs comme Stendhal, Flaubert, Balzac ont très bien traité. Mais aujourd’hui c’est devenu indigeste. L’intérêt des auteurs de ce que les anglo-saxons appellent la « non-fiction » c’est qu’ils ne parlent pas d’eux-mêmes, pas directement en tout cas. »



N.B : toutes les citations sont extraites des textes publiés sur le blog La Ficelle.

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