Vivant, où est ta victoire ? Steve Toltz

Ed. Belfond, février 2016, traduit de l'anglais (Australie) Par Jerôme Schmidt, 450 pages, 22.50 euros.
Titre Original : Quicksand 

Journal d'un looser


Liam et Aldo sont deux amis improbables. Alors que le premier est flic à défaut de pouvoir de son talent d'écrivain, l'autre est un looser patenté. Tout ce qu'il entreprend est forcément voué à l'échec, et au passage la certitude de se faire de nouveaux ennemis parmi ses anciens clients ou ses créanciers. Mais Aldo, même surendetté, continue de croire à sa bonne étoile, seulement il creuse sa tombe. A force d’écouter les déboires de son ami, Liam acquiert la conviction qu'il tient là tous les éléments pour écrire un roman :
"Pour le lecteur, ce sera un bon moment. Pour moi, un retour sur investissement. Pour toi, une catharsis. Ce sera plus simple qu'une confession. Je ferai ça pour toi".

Et voilà le lecteur soudain plongé dans les frasques et les combines d'Aldo, ses déboires sexuels aussi qui le mèneront à être accusé du meurtre de sa maîtresse. Il est le personnage de roman rêvé, amateur de la petite formule, ayant toujours une idée délirante en tête qu'il est incapable de garder pour lui, à l'affût de l'amitié utile qui pourra résoudre ses problèmes.
Or, Aldo est "une cause perdue" et Liam le sait bien puisque, au fur et à mesure du roman, il intervient de moins en moins. Les dialogues absurdes et l'humour du début tournent à vide au milieu. Quand Aldo décide d'assurer sa propre défense au tribunal, cela nous vaut un monologue interminable, une véritable logorrhée que même le lecteur a du mal à suivre. seulement le lecteur se dit qu'une telle abondance cache la partie immergée de l'iceberg Aldo. Et si on y regarde bien, ce perdant sur tous les fronts a développé au fil du temps une peur absolue de la vie, sans pour autant réussir à y mettre un terme, puisque là aussi, ses tentatives de suicide se soldent par des échecs.

Le début est tonitruant, drôle et prometteur. Puis, au fil des pages, le rythme s’essouffle, comme si l'écriture de Steve Toltz tournait à vide, un peu comme la vie de son anti-héros. A force de parler, Aldo s'enfonce ; sa plaidoirie lors de son procès pour le meurtre de sa maîtresse en est un exemple flagrant. Dès lors, le titre original, Quicksand (sable mouvant), prend tout son sens.
Et pourtant, malgré ce trop plein de paroles, de situations parfois abracadabrantes, on ne peut s'empêcher de s'attacher au personnage. L'auteur réussit le pari de le rendre attendrissant malgré son côté excessif. Aldo est un boulet magnifique, jusqu’au-boutiste dans sa chute et son isolement - son refuge sur un ilot rocheux en est la preuve - et qui exprime par l'excès qu'il est arrivé au bout de ce qu'il peut supporter.

Le côté "roman total" de Vivant, où est ta victoire peut déranger ; son côté bavard aussi. Mais Steve Toltz a écrit un roman cohérent, souvent drôle, qui raconte les idées farfelues et les déboires d'un homme abonné à l'échec. On n'aime ou on n'aime pas, mais on ne peut pas nier le talent de cet écrivain australien.