Branches obscures, Nikolaj Frobenius

Ed. Actes Sud, février 2016, traduit du norvégien par Céline Romand- Monnier, 288 pages, 22.50 euros.

Troublant


La couverture est inquiétante à souhait : la nuit, un arbre dont les branches touche le mur de la maison, et un corps de femme. Ce corps de femme, c'est celui de Katinka, la maîtresse de Jo Uddermann, et on ne le retrouve pas devant la maison mais dans une malle perdue dans un terrain vague proche de chez elle. Peu avant sa mort, elle avait eu la visite de son amant qui avait pris l'habitude de faire un détour pendant son footing.

Jo est forcément le coupable idéal. Lui-même ne sait pas pourquoi il couchait avec Katinka, puisqu'il vit heureux en couple avec Agnete et leur fille Emma. Est-ce une revanche sur son adolescence quand il était secrètement amoureux d'elle et qu'elle se moquait de son look improbable ? Dans tous les cas, quelque chose se fissure dans la vie bien réglé de cet écrivain à succès : SMS énigmatique venant d'un expéditeur inconnu, chien mort sur son perron, et son vieil ami Georg qui réapparaît alors qu'il le croyait mort lors de sa peine d'emprisonnement en Irlande.

Mais peut-on vraiment parler d'amitié entre Jo et Georg ? Surtout que ce dernier est le personnage principal du dernier roman de Uddermann, intitulé La Craie, référence à la couleur blanche de ses cheveux. Adolescent, il était instable, pervers et masochiste, capable d'exercer une influence réelle sur son copain. Amoureux lui aussi de Katinka, il était prêt à tout pour pouvoir la toucher...
Georg sait-il qu'il est un héros de roman malgré lui ? Plus l'enquête sur la mort de Katinka avance, plus Jo est destabilisé par des détails inquiétants et les apparitions furtives de son ancien ami. Devient-il fou ?

Branches obscures reprend les ingrédients du polar, fait monter le suspens avec une histoire de manuscrit caché et délétère sur son propre passé qui pourrait bien envoyer Jo en prison, pour finalement accoucher d'une souris. On est forcément déçu par la seconde partie un peu poussive, essentiellement tournée vers les états d'âme de l'écrivain . Les personnages secondaires, très présents dans la première partie du roman, disparaissent complètement. On s'attend à une confrontation entre Jo et Georg, symbole d'une lutte entre le bien et le mal, en vain.
Pourtant Frobenius réussit à distiller le trouble, en proposant une mise en abyme efficace avec le texte qui a rendu Jo célèbre. Où est la vérité ?
Enfin, l'auteur évite les poncifs du genre, laissant le privilège d'une lecture agréable grâce à une traduction fluide.

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