Un Mirage finlandais, Kjell Westö

Ed. Autrement, janvier 2016, traduit du suédois (Finlande) par Jean-Baptiste Coursaud, 528 pages, 23 euros.

Vengeance



Claes Thune, avocat finnois, croit avoir décroché la perle rare en la personne de sa nouvelle secrétaire, Mme Miik. Discrète, efficace, bienveillante, agréable à regarder sans être provocante, elle est devenue très vite un atout essentiel. De plus, Thune est en instance de divorce, car son épouse est partie vivre avec l'un de ses meilleurs amis membre aussi de son Club du mercredi, où, avec d'autres il discute politique, sport ou économie.

Thune est loin de soupçonner la vie solitaire de sa nouvelle recrue. Mme Miik n'a plus que son frère Konni, un saltimbanque qui lui demande régulièrement de l'argent pour satisfaire ses lubies artistiques. Elle a bien été mariée, mais un jour son mari a fait ses valises et l'a quittée sans la moindre explication. Désormais, sa vie est partagée entre son travail et la routine de son quotidien. Chez elle, elle n'est plus Mme Miik, mais Matilda ou Milja, son véritable prénom. Tout dépend où en est son état d'esprit. Alors que sa vie est un désert, ses pensées intimes foisonnent.

Au fil des années, Matilda a su faire de son corps un rempart infranchissable à celui qui voudrait découvrir ce qui se cache à l'intérieur.
Au fur et à mesure, le lecteur découvre que cette attitude a une origine, un choc psychologique et une souffrance physique subis lorsqu'elle n'avait que 17 ans. Vingt années ont passé depuis, et Matilda s'est reconstruite.
Pourtant, une voix va la bouleverser. Cette voix va la catapulter dans le passé, plus précisément dans le camp d'internement aux souvenirs si difficilement refoulés. Cette voix appartient à celui qu'elle appelle Le Capitaine, mais c'est aussi celle d'un des membres du Club du mercredi, le groupe d'amis de son patron Claes Thune. L'homme la regarde sans ciller,  il ne la reconnaît pas. Et si pour Mme Miik c'était l'occasion de se venger ?
" Le désir disparut aussi vite qu'il avait surgi.
Heureusement.
Car après leur rendez-vous, après avoir fait face au Capitaine, après l'avoir regardé dans les yeux et entendu parler, elle avait su. Elle continuerait, elle irait plus loin, elle jouerait le jeu jusqu'au bout : que la volonté du hasard soit faite, en enfer, comme sur terre".

Un Mirage finlandais n'est pas un roman de genre. Il n'est ni  roman historique, ni polar, mais un peu des deux à la fois. L'action se situe à une période charnière de l'histoire de l'Europe, qui aura des conséquences dramatiques sur le monde. En 1938, Hitler annexe l'Autriche à l'Allemagne nazie, c'est l'Anschluss, qui récolte autant d'échos bienveillants qu'inquiets parmi les têtes pensantes de Finlande. Et alors que l'entourage professionnel de Mme Miik tente de comprendre et de prévoir l'avenir politique, elle tend un piège discret a celui qui l'a traumatisée, confirmant ainsi la pensée de Jary, ami juif de Thune, qui anticipe la persécution des siens :
"Un homme peut être ravagé par bien des fléaux et des calamités. Mais tant qu'il n'est pas brisé, l'échec n'est pas définitif. C'est le fait d'être brisé qui est la mesure de tout.. Quand tu es brisé, tu n'appartiens plus qu'à la mort".

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