Billet d'humeur (15) Trop c'est trop

Agécanonix par Uderzo


Photo John Foley (Next Libération)
En ce mois de janvier 2016, il y a un nom qui revient souvent, et il est bien vivant : Eddy Bellegeule, euh pardon Edouard Louis ! Comme la dernière fois, lors de la sortie de En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil 2014), il fait les gorges chaudes des médias, et deux clans s'affrontent parmi les journalistes littéraires : ceux qui le classent déjà parmi les grands écrivains, et ceux qui font de lui un usurpateur à l'écriture alambiquée et indigeste. Toujours est-il qu'il ne laisse personne indifférent puisqu'on parle de lui ... Trop.
Car Histoire de la violence (Seuil,2016) fait de l'ombre médiatique aux autres livres de la rentrée littéraire de janvier.
De mémoire, en une quinzaine, j'ai lu l'article de Raphaëlle Leyris dans Le Monde des livres, celui de Laurent Nunez dans Marianne, celui d'Aude Ancelin dans Le Nouvel Observateur et enfin le succulent billet de Beigbeder dans Le Figaro. Et finalement, me revient ce sentiment que j'avais déjà eu en lisant les articles à propos de son premier roman : Edouard Louis se positionne en victime, et encore une fois, tacle au passage le milieu d'où il vient.

Mon opinion est loin d'être impartiale car je n'ai lu aucune de ses deux œuvres. L'écrivain me gêne énormément car j'ai l'impression qu'il se sert de son intimité pour être au devant de la scène. Ainsi, en deux années, Edouard Louis nous a appris tous les détails croustillants et honteux de sa famille, et un épisode glauque de ses rencontres sexuelles fortuites. De loin, sans aborder le texte, on a l'impression de se trouver au cœur d'un récit d'un magazine people. La preuve est que, dans la petite ville du Pas de Calais où je vis, la pile de romans mise dans le rayon livres du supermarché a disparu en moins d'une semaine !
Le glauque attire, ce n'est pas nouveau. Mais ce qui est plus paradoxal c'est que l'écrivain, dont la fragilité transpire dans chacun des articles écrits à son sujet, puise dans sa vie personnelle pour donner matière à ses romans. D'ailleurs, doit-on parler de roman, d'autofiction ou de biographie ?
Lors du battage médiatique à propos de En finir avec Eddy Bellegueule, il avait décidé de ne plus répondre aux médias, blessé par ce qu'il avait pu y lire. Va-t-il  se passer la même chose pour Histoire de la violence ? L'épisode fâcheux dont il a été victime et qu'il relate, lui a désormais échappé. Son histoire ne lui appartient plus. Edouard Louis est devenu celui dont on parle non pas pour ses qualités littéraires (car les lecteurs laissent cela aux spécialistes) mais pour les détails croustillants et les attaques en règle contenus dans les pages. Et là, le dérapage n'est jamais bien loin.

Sous couvert d'ironie, Beigbeder a raison : Edouard Louis est une personnalité fascinante, une sorte de Caliméro littéraire qui s'ignore (quoique). Ouf pour lui, il n'est pas le seul dans ce cas.
Alors, le peu de fois où je parlerai livres autour de moi, on me dira comme la dernière fois : "Comment ? tu n'as pas lu Edouard Louis ? mais c'est magnifique, super bien écrit !"
Je n'en doute pas, mais ce n'est pas ma came, désolé.

Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat