REVIVAL, Stephen King

Ed. Albin Michel, traduit de l'anglais (USA) par Nadine Gassie et Océane Bies, octobre 2015, 448 pages, 23.49 euros.

A Harlow dans le Maine, l'arrivée du nouveau pasteur méthodiste Richard Jacobs est vécue comme un événement : sa jeunesse détonne, sa gentillesse rassure, et sa petite famille, son épouse Patsy et son fils Morrie, le rapproche de sa communauté. Lorsqu'il rencontre Jamie pour la première fois, ce dernier a six ans. Il joue dans le jardin, au soleil, quand il sent soudain une ombre l’envahir. C'est celle du pasteur, venu rencontrer ses parents. Jamie apprécie tout de suite cet homme qui, très vite, lui dévoile sa passion : l'électricité. Lorsqu'il ne prêche pas ou ne s'occupe pas du club des jeunes, Charles Jacobs mène des recherches sur l'électricité, et plus particulièrement sur l'électricité cachée. Découverte soi-disant par un romain, Scribonius, elle est ensuite le sujet principal d'un livre du quinzième siècle écrit par un certain Prinn, le De vermis Mysteriis. Comme ces deux auteurs, Jacobs est persuadé que ce courant électrique-là a des vertus curatives. Il suffit simplement de trouver comment l'exploiter sans danger.
Jamie est fasciné par les recherches du pasteur, et lorsqu'il s'agit de sauver la voix de son frère Conrad devenu muet après un accident de ski, il n'hésite pas lui demander de l'aide. Avec une ceinture rudimentaire qu'il installe autour du cou du gamin, le pasteur envoie des mini décharges au niveau de la gorge du petit qui le guérissent instantanément. Alors, foi en Dieu, prouesse de l’électricité ou simple choc psychosomatique? Le pasteur a sa petite idée là-dessus mais se garde bien de la révéler.

Or nous sommes dans un roman de Stephen King et forcément rien ne se passe paisiblement. Le pasteur Charles Jacobs va perdre sa femme et son fils dans un accident de voiture. Le "hurlement de damné" de Jacobs à l'annonce du décès des siens se transforme en terrible sermon prononcé dans l'église, un dimanche matin.  Bouleversé par le chagrin, il met publiquement en doute la religion en général et sa foi en particulier, ce qui nous vaut quelques pages savoureuses et enlevées sur l'influence de la religion. Jamie n'a que neuf ans mais comprend les paroles de son ami. Il accepte aussi son départ vers des lieux où aucun souvenir heureux ne viendra le hanter.

Les années passent. L'auteur fait une pause dans le récit en racontant la carrière prometteuse mais chaotique de Jamie, ses premières amours, son long vécu de toxicomane. A l'issue d'une journée particulièrement mouvementée, Jamie croise de nouveau le chemin du révérend dans une fête foraine. Son ombre vient se poser à nouveau sur lui.
"L'écriture est une chose merveilleuse et terrible. Elle ouvre de profonds puits de souvenirs jusque-là restés scellés."
Jacobs n'est plus pasteur, mais forain, et il utilise l’électricité pour son spectacle. Grâce à ses découvertes, il guérit Jamie de son addiction à l'héroïne, et devient un guérisseur connu et reconnu, au million de références sur Google. Celui qu'on appelle désormais pasteur Danny, dans ses Revivals Sous la Tente à l'Ancienne, exploite les soi - disant pouvoirs de guérison de l’évangile, alors qu'il ne croit plus en Dieu, le renie même. Son objectif est d'utiliser l'électricité cachée pour enfin découvrir le vrai monde dissimulée derrière le voile de la mort, et pourquoi pas, retrouver sa femme et son fils.

Le potestas magnum universum, la foudre, est l'obsession de Jacobs. Elle symbolise pour lui le pouvoir, comme Zeus représenté avec un éclair à la main, mais surtout la guérison et l'ouverture du passage vers l'Au-delà. Persuadé que "l'électricité est la base de toute vie", l'ancien pasteur consacre la sienne à maîtriser le pouvoir de l’électricité cachée. Il veut voir ; il veut savoir ce que sont devenus Patsy et Morrie, et tant pis s'il y a des dommages collatéraux. Jamie, contraint de rester à ses côtés parce que la pasteur l'a délivré de la drogue, l'aide à mettre en place l'expérience de toute une vie. C'est sans compter sur le fait que Jacobs capable de tout pour parvenir à ses fins.


Revival est une réussite, car il mélange avec brio  croyance et  doutes sur l'existence de Dieu sans pour autant mettre de côté que, avec ou sans lui, la mort n'est qu'une étape vers une autre forme d'existence. Et comment l'électricité devient un fil conducteur pour passer de l'autre côté.
Joyland et Mr Mercedes étaient finalement assez décevants, surtout après le formidable 22/11/63. Stephen King remonte le niveau d'un seul coup avec Revival en écrivant un véritable page - turner qui, une fois n'est pas coutume, offre une fin à la hauteur du contenu. L'auteur, au fil du récit, en guise de clins d’œil, fait référence aux auteurs qui l'ont inspiré. La vie après la mort est un thème qui fascine, aux multiples interprétations. Revival est un des romans de l'auteur qu'il faut apprécier, partager, et relire.

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