Kafka à Paris, Xavier Mauméjean

Alma Editeur, août 2015, 268 pages, 18 euros.

Tourbillon touristique.


Septembre 1911, Franz Kafka et Max Bord se réjouissent de partir ensemble pour quelques jours à Paris. La première tentative s'était plutôt mal passée, mais cette fois-ci, ils comptent bien profiter de leur périple, d'autant plus qu'un éditeur, Wolff, leur a demandé d'en écrire un petit guide touristique destiné à la classe moyenne, et pour les aider, leur donne l'adresse d'un ami sûr vivant sur place, un certain Kremp.

Pour Kafka, quitter Prague, c'est aussi se sentir libre, sans à devoir subir "la légère hostilité théorique familiale", et les réflexions de son père.
"Franz n'admettait pas que, par décret paternel, il puisse être estimé heureux. Et pourtant il s'est senti pris au piège. "Pourquoi t'es-tu laissé faire?" lui avait demandé Max. Parce que toute l'existence de son père tenait jusqu'alors entre son appartement et le magasin. En créant l'entreprise, il lui avait semblé découvrir un nouveau continent. La fabrique était son Amérique, Franz n'avait pas eu le cœur de ternir sa joie."

De ce voyage qui a vraiment eu lieu, nous ne savons rien. De ce fait,  Xavier Mauméjean utilise la puissance de la fiction pour entraîner le lecteur aux côtés des deux touristes écrivains. Alors qu'on pourrait croire que leur excursion aurait des allures conventionnelles et finalement très touristiques, Kafka et Brod vont être entraînés dans le Paris interlope du début du vingtième siècle. Le dénommé Kremp va leur faire découvrir ce qui lui semble incarner le vrai Paris à ses yeux: les coulisses du Bon Marché, les cabarets glauques (à la limite du freak show), les maisons closes, et même le ratodrome de Neuilly! Entre situations loufoques et échanges intimistes, ils croisent le chemin d'Apollinaire qui vient d'être innocenté par la police suite au vol de la Joconde...

Les chapitres courts désignent à chaque fois un lieu différent, donnant dès lors une impression de mouvement. Pas de temps à perdre, car les jours de Franz et Max à Paris sont comptés. Seulement au fur et à mesure de leurs aventures, leurs visites sont-elles susceptibles d'êtres signalées dans un guide touristique? Et puis ce Kemp est vraiment très étrange....
Quand on entend le nom de Kafka, on pense fortement à La Métamorphose, à Amérika, ou Le Procès. Le titre Kafka à Paris peut donc repousser certains lecteurs réticents à l'idée de lire un livre sur cet auteur réputé pour beaucoup difficile. Pourtant , il n'en est rien. Il y aurait amalgame. Le titre est trompeur. Mauméjean fait de ses personnages un duo complice, curieux et affable. On prend plaisir à suivre les deux amis bien réels dans cette fiction entraînante et bien écrite.

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